Histoire de l’Observatoire de la Laïcité

Article publié en 2013

L’observatoire de la laïcité est longtemps resté une coquille vide. Annoncé en 2003 par  Jacques Chirac, président de la république, il faudra attendre quatre ans et la fin de son mandat pour en voir publier le décret d’application. Si la HALDE avait pour fonction de lutter contre les discriminations, l’Observatoire de la Laïcité permettra enfin de donner un cadre juridique à cette lutte.

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Délaissant cet encombrant outil, le président Sarkozy trouvera à la fois plus simple de dissoudre la HALDE.

C’est donc le président Hollande qui fera renaître de ses cendres le phénix de la laïcité; six ans plus tard, il en nommera les membres.

Ces derniers viennent de remettre au Premier Ministre un premier rapport liminaire.

A peine publiées, les conclusions de ce rapport sont déjà contestées. Et par au moins l’un des membres de l’Observatoire. Mais contrairement à son présidentiel ami avec sa ministre récalcitrante, Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire en question n’a pas jugé bon de «démissionner»  Patrick Kessel.  Si, comme chacun sait, en terre laïque, une femme ne peut contester son mâle supérieur,  un homme peut le faire sans craindre les fourches caudines de celui-ci.

Il n’est pas ici question d’entrer dans le détail de ce rapport, d’autres l’on déjà fait et plutôt bien fait, notamment Jean Baubérot sur ce site.

L’Observatoire de la Laïcité a donc déjà connu trois présidents. Arretons-nous un instant sur l’évolution de ces présidences laïques.

A tout seigneur tout honneur, Jacques Chirac est le  premier président à avoir pressenti le besoin pour la France de se doter d’un Observatoire de la Laïcité. Jacques Chirac avait effectivement des qualités olfactives très développées qui lui permettaient de sentir de loin les immigrés, surtout quand ils étaient musulmans et d’origine africaine. 

© Alexis Tjamag

Evidemment ses propos n’étaient pas racistes. D'ailleurs, en toute indépendance, le Tribunal de Grande Instance de Paris déboutera le MRAP le 26 Février 1992.

Ce qui est intéressant ici, c’est  le fait qu’à aucun moment Jacques Chirac ne fait appel à la laïcité pour justifier ses propos. Pourtant, il reproche bien à ces immigrés d’être polygame. C’est que l’arme de la laïcité pour justifier le racisme ordinaire n’apparaitra qu’au cours des années 2000. 

Jacques Chirac aura donc l’idée de l'Observatoire de la Laïcité en 2003 et décrètera sa création en 2007.

Entre-temps, en 2004, une loi jugera un simple foulard ostentatoirement  incompatible avec l’Education Nationale. L’ironie de l'histoire apparaitra en 2013 lorsque le lycée musulman de Lille, lycée AVERROES, obtiendra la première place dans le classement des meilleurs lycées de France par ses résultats.

La présidence sarkozyenne se révèlera plus ambivalente. Si le ministre Sarkozy n’était pas favorable à l'interdiction, le président Sarkozy ne reviendra pas sur cette loi. Par contre, il ignorera superbement l’idée d’un Observatoire de la Laïcité. Certainement, ses qualités olfactives ne lui permettaient pas d’entrevoir la nécessité  pour la France de posséder un tel Observatoire. 

Sarkozy compensera ce déficit olfactif par une logorrhée verbale qui  n’aura de cesse, dans des discours finement inspirés par la pensée profonde de Buisson et la plume affutée de Guaino, de fustiger cette « racaille » venue faire la loi dans nos foyers. Tout comme Jacques Chirac, il confirmera qu’il ne s’agissait là que de reprendre des propos qu’on lui rapportait.  Loin de lui donc toute idée raciste. Et son quinquennat verra poindre, lui aussi, une loi toute laïque pour interdire sur la voie publique une tenue traditionnelle islamique, forcément incompatible avec la laïcité à la française

Si dans son discours Sarkozy se voudra islamophobe, la présidence Sarkozy verra en moyenne  s’établir en France une mosquée par semaine, parfois avec des fonds publics.

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Il serait péremptoire de juger la présidence Hollande qui débute seulement. Néanmoins c’est le nouveau chanoine de Saint Jean de Latran qui a donné forme et vie à l’Observatoire de la laïcité.

Il s’agit aujourd’hui de remettre en cause l’autorité de la chose jugée. La Cour de Cassation a jugé contraire au droit français le fait de licencier une employée sous prétexte qu’elle s’affirme musulmane.

Comment le président peut-il bien contester ce droit d’être musulman en France ?

Puisque les musulmans respectent les lois en France, il faut donc changer la loi pour que l’on puisse affirmer que les citoyens français de confession musulmane en France ne respectent pas les lois chez nous. 

C’est là tout le rôle de l’Observatoire de la Laïcité : légitimer une position discriminatoire.

En ce sens, l’Observatoire de la Laïcité s'est vu attribué le même rôle piège que celui qui fut dévolu à la Commission Stasi, il y a 10 ans : celui de l'idiot utile. Ainsi, Jean-Louis Bianco a d'abord remis un rapport qui illustre le bon sens et la sagesse. Mais il est fort probable qu’il soit obligé de revoir sa copie et de faire moult propositions dont on ne retiendra que la plus restrictive à l’encontre des citoyens français de confession musulmane, et particulièrement de leurs femmes.

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