Une France bourrée de complexes

Le paysage politique français, issu des urnes après l’élection européenne, n’est pas nouveau. Il est juste décomplexé. La social-démocratie du PS, de Jospin à Hollande, a décomplexé le libéralisme assumé de La République en Marche. Les discours ethnicistes des RPR-UMP-LR ont décomplexé la xénophobie assumée du Rassemblement National.

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La France reste un pays de non-dits

Les aspirations de la majorité des français ne sont pas exprimées politiquement. Et parmi, les partis politiques :

  • LR n'assume ni sa xénophobie latente ni son amour de l'argent
  • le PS n'assume pas avoir été socialiste
  • LFI, Debout la France et Les Patriotes n'assument pas n'être qu'un one-man show
  • Génération S n'assume pas être le vrai Parti Socialiste
  • l'UDI n'assume pas n'avoir aucune différence avec LREM
  • le PC n'assume pas être communiste
  • l'UPR n'assume pas son nationalisme
  • Lutte Ouvrière n'assume pas de n'être pas ouvrière

Il n'est donc pas étonnant de voir qu'aujourd'hui les grands vainqueurs de l'élection soient des partis qui s'assument :

  • le Rassemblement National assume être un parti au service des plus français, plus blancs, plus chrétiens
  • La République En Marche assume être au service des plus riches. 
  • Europe Ecologie les Verts assument être un parti au service de l'écologie

Le parti majoritaire en France n’enverra aucun député au Parlement Européen. Aux 49,27% abstentionnistes s’ajoutent les 4,45% votes blancs et nuls et surtout les 19,9% des voix de celles et ceux qui ont voté pour des partis et des idées qui ne seront pas discutées au parlement européen. Il est malheureux que les propositions de 73,62% des français ne soient pas représentées au Parlement Européen.

Chaque parti est tellement obnubilé par sa stratégie individualiste qu'il en oublie l'intérêt général : la représentation démocatique des idées de chacun, même celles des autres.

On le savait, la circonscription unique avantage la concentration des partis. 34 listes étaient certes proposées mais seuls 6 partis étaient en capacité de rassembler 5% des suffrages exprimés. Et le résultat n’a donc rien eu de surprenant : les 79 députés européens de la France ne représenteront que 6 partis sur 34, soit 17,64% des idées politiques exprimées par les français. 6 partis, c’est d’ailleurs un de moins que lors des trois dernières élections européennes précédentes et 3 de moins que celles des élections de 1999.

Deux anecdotes arrivées dans un même bureau de vote sont assez révélatrices de l’illusion démocratique :

Les bulletins de vote de certains partis n’étaient pas disponibles dans le bureau de vote.

  • Un électeur avait voté pour le Parti Communiste Révolutionnaires. Son vote a été annulé parce que ce parti n’avait pas envoyé de modèle de bulletin de vote. Il était donc impossible de vérifier si son bulletin de vote était conforme.
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  • Un autre électeur d'un autre parti avait imprimé lui-même son bulletin de vote. Son vote a failli être annulé parce que le papier de son bulletin de vote ne correspondait pas au grammage du papier du modèle envoyé par le parti.

Le principal non-dit de la politique en France est l’argent.

Les anecdotes évoquées plus haut s'expliquent par l'absence de moyens mis à la disposition des partis sans représentation politique à l'Assemblée Nationale. Or, sans argent, il ne sera pas possible d’assurer la représentation politique de la pluralité des idées politiques françaises. Il est temps de braver le tabou si l’on veut continuer à prétendre à la démocratie dans notre pays. Julia Cagé propose une excellente réflexion sur le sujet, notamment dans son livre Le Prix de la démocratie. Là encore, ses idées ne seront ni représentées ni discutées au Parlement.

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Mais l’illusion démocratique ne s’arrête pas là.

La concentration des médias est certainement l’une des raisons essentielles de la concentration des idées politiques en France. « En France, un petit groupe de personnes contrôle donc l’essentiel des moyens privés de production de l’information télévisuelle et radiophonique (ainsi que leurs sites internet). » pouvait-on lire sur le site d’ACRIMED. Or, ce sont ces mêmes médias qui imposent les thèmes propres à l’extrême-droite : Immigration, Identité et Sécurité. Lors du dernier débat télévisé des candidats aux élections européennes, ce fut les sujets qui ont occupé l’essentiel du débat, respectivement 31.29, 24  et 20.40 minutes sur 3 heures de débat.

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Il n’est donc pas étonnant face à ce matraquage médiatique que le parti de Marine Le Pen soit arrivé en tête lors des dernières élections.

Et les médias vont nous imposer l’idée que ce parti serait le premier parti d’opposition. Pour comprendre la couverture médiatique que l’on va subir ces prochains jours, il suffit d’imaginer que, lors des dernières élections législatives, les médias ne se soient intéressés qu’aux résultats dans les Bouches-du-Rhône...sans comprendre qu'il s'agit d'une élection nationale.

Les 23 députés européens nouvellement élus du Rassemblement National n’auront aucun poids au Parlement Européen, faute de ne pouvoir joindre un des groupes politiques qui comptent. Le groupe Europe des Nations et Libertés, auquel appartient le RN, ne représentait que 36 députés sur 751 membres lors de la dernière législature.

A titre de comparaison, le Parti Socialiste, annoncé comme le grand perdant de l’élection, rejoindra le Parti Socialiste Européen, seul groupe politique susceptible d’envoyer un candidat concurrent à la présidence de la Commission; Or, seule la Commission a l’initiative des lois débattues et votées par le Parlement. Et, ces lois européennes s’imposent au Droit Français en vertu des Traités internationaux signés par la France.

Donc, à l’échelle européenne, le premier parti d’opposition français reste le PS.

Il s’agira d’être attentif au vote de chaque député français pour l’élection du président de la commission pour savoir qui est vraiment dans l’opposition et qui vote avec la majorité présidentielle du groupe politique européen de la République en Marche.

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