Emmanuel Macron, Président du Liban

Emmanuel Macron peut-il échouer là où Donald Trump a réussi ? De toutes évidences, il en prend le chemin. Créer un succès diplomatique au Moyen-Orient  pour asseoir sa réélection est un pari risqué. Il suppose d’avoir des qualités de président. Or ce sont justement celles qui manquent au locataire de l’Elysée.

Emmanuel Macron est une excellente secrétaire de direction

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Excellent en communication, Emmanuel Macron possède une très bonne capacité d’écoute, de compréhension et de réaction. Sa première qualité réside dans sa grande connaissance des dossiers.

Excellent dans la gestion des distractions qui minent la vie politique française, Emmanuel Macron sait rester concentré pour décider quand il est temps de passer d’une tâche à l’autre. Au cœur de toutes les conversations, transactions et autres communications politiques, Emmanuel Macron est en fait, depuis 2017, le maître du temps politique en France. Il est toujours à l’initiative des sujets qui font le débat politique dans le pays.

Investi personnellement, Emmanuel Macron sait orienter la clientèle, les citoyens, pour garantir une réelle satisfaction à ses employeurs.

Beaucoup d’entreprises ne doivent leur succès qu’à la qualité de leur secrétaire de direction. Mais quelque soit le niveau d’excellence d’une secrétaire de direction, elle n’est pas en charge de la direction et de l’orientation de l’entreprise.

Que manque-t-il donc à Emmanuel Macron pour être un président ?

La qualité première d’un dirigeant est sa capacité à nommer aux postes à responsabilité les personnes compétentes nécessaires à la mise en place de sa vision.

Or, de toutes évidence, Emmanuel Macron ne sait pas s’entourer.

L’exemple le plus frappant fut la nomination du ministre de la santé

La gestion calamiteuse de la crise sanitaire a révélé les carences managériales d’Emmanuel Macon.

Tous les français ont pu mesurer l’incompétence d’Agnès Buzyn. 

Son audition à l’Assemblée Nationale, comme celle au Sénat, était pénible à entendre. Les parlementaires étaient embarrassés à poser des questions, dont ils comprenaient qu’elles étaient bien au-delà de la compétence de la ministre choisie par Emmanuel Macron.

La lie du calice fut toute bue lors de l’audition des ministres de la santé choisis par François Hollande, Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac. Entendre Marisol Touraine ou Roselyne Bachot parler sans notes de dossiers qu’elles semblaient connaître et comprendre parfaitement ont provoqué l’incompréhension des français face au choix d’Agnès Buzyn.

Comment Emmanuel Macron n’a pas vu ce que chaque français a pu constater immédiatement lors de cette audition à l’Assemblée ?

Le ministère de la santé avait besoin d’un dirigeant. Nommer une secrétaire, et qui plus est, une secrétaire incompétente à la tête de ce ministère régalien est une erreur de management. La crise sanitaire en a fait une erreur historique.

Heureusement pour la France, la santé publique bénéficie d’une excellente administration.

On se souvient de la surenchère de suppression de postes de fonctionnaires lors des primaires de droite. Aujourd’hui, aucun homme politique de droite n’oserait demander de supprimer des postes de fonctionnaires de la fonction publique hospitalière. 

  • L’Institut  National de veille sanitaire,
  • l’Agence Nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux,
  • la Haute Autorité de Santé,
  • l'Inspection générale des Affaires Sociales,
  • les agences régionales de santé,
  • l’Agence de biomédecine,
  • l’Etablissement français du sang
  • voire le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale

peuvent très bien s’accommoder d’un mauvais ministre … en temps de paix.

Malgré cette organisation exhaustive, Emmanuel Macron a senti le besoin de créer un Conseil Scientifique pour légitimer ses décisions. Manquant lui-même de la légitimité du leader, il a eu besoin d'inventer une légitimité externe. Cette légitimité n'a pas fonctionné. Pourquoi ? Parcequ'il manque à Emmanuel Macron une autre qualité managériale : La capacité à nommer des personnes compétentes aux postes à responsabilité.

En temps de paix, les administrations en charge de la santé publique en France peuvent très bien s'accommoder d'un ministère incompétent.

En temps de crise sanitaire, c'est différent.

En temps de crise, un leader compétent est une absolue nécessité :

  • Charisme et savoir-faire sont des qualités indispensables.
  • Ce leader doit être capable d'affronter l'incertitude.
  • Il doit faire preuve d'écoute et de flexibilité intellectuelle.
  • Il doit être capable de communiquer l'évolution de la situation à ses collaborateurs.
  • Il doit expliquer le pourquoi de ses décisions pour que ses collaborateurs puisse eux-mêmes transmettre ce message. 
  • Le leader doit savoir convaincre du bien-fondé de ses décisions.
  • Il doit aussi entretenir l'esprit d'équipe et donc autoriser la liberté de parole au sein de l'équipe.
  • Empathie, disponibilité deviennent le mode opératoire du leader.
  • Il doit aussi faire preuve de reconnaissance devant l'effort.
  • De même, il doit être capable de motiver les troupes en cas de découragement.
  • Last but not least, il doit être capable de mettre sur pied une stratégie efficace et compréhensible par tous.

Emmanuel Macron s'est révélé absolument incapable de nommer un tel leader à la tête du Ministère de la Santé.

Pire, Emmanuel Macron s’est révélé incapable de déceler l’incompétence d'Agnès Buzyn. Il va même la charger de mener la campagne de son parti dans la capitale française pour les élections municipales. C'était la promesse d'une défaite certaine. Déjà, la nomination de Benjamin Griveaux était un choix douteux.

Un fait étrange a eu lieu aussi, au moment de remplacer Agnès Buzyn. Emmanuel Macron a alors à sa disposition des personnes compétentes et disponibles immédiatement. Pourtant, il ne les choisit pas.

Ce sont par exemple :

  • Yves Levy

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Président de l’INSERM jusqu’en octobre 2018

A ce titre, Yves Levy connaît parfaitement le laboratoire P4 de Wuhan dont le laboratoire INSERM de Lyon a assuré la formation des chercheurs chinois.

Bernard Cazeneuve, alors premier ministre, avait d’ailleurs lancé un programme de coopération piloté par l’INSERM, d’un budget annuel de 1 million d’euros pendant 5 ans.

Mari d’Agnès Buzyn, Yves Lévy démissionne de ses fonctions en Octobre 2018 pour éviter des conflits d'intérêts.

Il était tellement disponible que pour l’occuper, le ministre de la justice l'avait nommé au Conseil d’état bien qu’il n’ait aucune compétence juridique. Il démissionnera d’ailleurs de son poste quelques mois plus tard.

 

  • Frédérique Vidal

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Ministre de l’enseignement Supérieur, Frédérique Vidal est donc déjà au gouvernement lors de la démission d’Agnès Buzyn

Titulaire d’un DEA en virologie fondamentale de l’Institut Pasteur, Frédérique Vidal a donc une parfaite connaissance  des risques pandémiques d’un virus.

Docteure en Sciences de la Vie, Frédérique Vidal enseignera la biochimie et la biologie à l’Université de Nice-Sofia-Antipolis avant de devenir membre du Conseil Scientifique de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale.

Et elle a été membre du jury du master de virologie de l'UPMC-Paris 7-Institut Pasteur,

Deux personnes disponibles, deux personnes compétentes, pourtant, Emmanuel Macron  va orienter ses recherches ailleurs. 

Faisant fi de la séparation des pouvoirs, il se tourne vers l’Assemblée Nationale pour choisir le remplaçant d’Agnes Buzyn. Et en pleine pandémie, Emmanuel Macron choisit de récompenser un député qui avait préféré défendre à l’Assemblée l’intérêt du gouvernement plutôt que celles des français dans le scandale du paiement de la CSG-CRDS des français non résidents en Europe.

Le choix du premier ministre en est un autre exemple.

Les revenus fiscaux de la France la positionne dans le top 10 des multinationales en chiffres d’affaires, au niveau de Volkswagen ou Amazon.

Et le nombre des fonctionnaires situe la France au niveau de la première entreprise mondiale, Walmart et ses 2,2 millions d’employés.

Imagine-t-on l’une de ces entreprises dirigée par un hobereau de sous-préfecture ?

Ce fut pourtant le choix d’Emmanuel Macron pour remplacer Edouard Philippe. 

Est-ce trop demander que d’exiger d’un futur Premier Ministre de la France d’avoir passé une partie de sa carrière à l’étranger ?

Est-ce trop demander d’un futur Premier ministre de la France de parler les langues de nos principaux partenaires, et au minimum l’anglais ?

Ce qui est fascinant chez Emanuel Macron, c’est sa croyance en l’excellence de l’ENA.

Que l’ENA forme d’excellents sous-préfets, c'est évident. Mais au XXIème siècle, dans ce monde globalisé, nous avons besoin de compétences internationales, d’une connaissance du monde de l’entreprise.

En fait, nous avons besoin de dirigeants avec une vision du monde et une vision de la France dans ce monde.

Il suffit de comparer Carlos Ghosn et Jean Castex pour comprendre le fossé qui existe entre la société civile et le monde politique.

Le premier parle français, arabe, portugais, espagnol, anglais et peut-être japonais. Le second parle avec un petit accent charmant.

La comparaison avec Angela Merkel, docteur en chimie quantique, parlant parfaitement l’anglais et le russe ou encore Boris Johnson, parlant parfaitement au moins le français est tout aussi accablante pour les collaborateurs d'Emmanuel Macron.

Une grande partie des français établis hors de France est au moins trilingue. Et si Emmanuel Macron n'imagine pas autre chose qu'un fonctionnaire, alors pourquoi ne choisit-il pas ses collaborateurs parmi les ambassadeurs ?

A la recherche d’un président 

A la décharge d’Emmanuel Macron, la France n’a plus de président depuis l’avènement du quinquennat. 

Depuis 2000, la France n’est plus dirigée que par des employés, de Nicolas Sarkozy, employé d’ACCOR à Edouard Philippe aujourd’hui employé d’Atos.

Homme de cultures, (toujours au pluriel chez lui), Jacques Chirac a été notre dernier président.  

Certainement pas le plus honnête, mais le dernier président qui possédait une vision du monde et une vision de la France dans ce monde.

A l’instar d’un René Cassin, Jacques Chirac avait une vision des relations internationales basée sur la connaissance de la culture de l’autre. 

Du Vietnam au Japon en passant par la Chine et la Russie, Jacques Chirac a su se familiariser avec la culture de nos principaux partenaires. 

Il nous a laissé d’ailleurs un musée des Arts Premiers, quai Branly à Paris, aujourd'hui parmi les plus visités au monde. 

Que nous ont laissé Sarkozy et Hollande ?

Aujourd’hui, la vision des relations internationales est basée sur « l’art » de la guerre, l’intelligence économique et l’exhibitionnisme militaire. 

Si vis Pacem, para bellum. Mais pour faire la guerre, l’intelligence n’est pas requise.

Alors pourquoi Donald Trump a réussi ?

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Aujourd’hui il est de bon ton de se moquer de Donald Trump. Nous serions tous bien plus intelligents et bien plus compétents que lui.

Pourtant Donald Trump parle la langue des affaires, celles des multinationales, celle des financiers actionnaires, éventuellement celles des banquiers.

Il connaît le monde de ses partenaires financiers. Il le connaît bien. 

Au delà des Etats-Unis, il a investi des capitaux en Argentine, en Azerbaijan, aux îles Bermudes, au Brésil, au Canada, en Chine, en  République dominicaine, en Géorgie, en Inde, en Israel, au Mexique, au Panama, aux Philippines, au Qatar, en Russie, en Arabie saoudite, en Ecosse, en Corée du Sud, à Saint Martin, à Saint Vincent, en Turquie, aux Emirats Arabes Unis, et en Uruguay.

Donc quand Donald Trump se rend dans un pays étranger pour négocier un accord, son partenaire sait qu’ils ont un intérêt commun.

Jacques Chirac comblait par la culture les investissements financiers qu’il ne possédait pas. Et le résultat était le même. Ce n’est donc pas une question d’argent.

Aussi quand Donald Trump demande aux Emirats Arabes Unis et à Bahreïn de signer un accord avec Israël. Ils le suivent. Et Donald Trump obtient un succès diplomatique certain. Mieux, il est question du prix Nobel de la paix.

Pourtant il s’agit d’un accord ridicule. Des pays qui sont en fait possédés par des familles et ne représentent en rien le monde arabe ont signé un accord avec un pays qui occupe illégalement d’autres pays. Il y a peu de chances que cet Accord change l’idée que les 422 millions d’arabes ont de l’entité sioniste. Cet accord ne changera pas non plus l’idée que ces mêmes arabes se font de Bahreïn ou des Emirats dont l’apport intellectuel à la grande civilisation arabe frôle le ridicule.

C’est comme si Emmanuel Macron avait obtenu d’Andorre et de Monaco un traité de paix avec Israël. 

C’est aussi un accord du passé. 

Si dans les années 70, on parlait de « conflit israélo-arabe », ce n’est plus le cas aujourd’hui. Avant, d’autres pays arabes parlaient à la place des Palestiniens; ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Au XXIème siècle, seuls les palestiniens sont maîtres de leur destin. Chacun d’entre eux sait que la solution ne viendra que de Palestine. 

Pour autant, le succès de Donald Trump est indéniable. Il lui servira pour sa réélection en Novembre.

Le marketing de l’opération sert Israel qui va accentuer le gain de popularité au profit de Donald Trump. Et tant pis pour Joe Biden.

Et pourquoi Emmanuel Macron va échouer ?

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Emmanuel Macron a choisi le Liban pour effectuer la même opération. C’est mal connaître le Liban.

Le Liban n’appartient pas à une famille. Le Liban est une véritable nation arabe. Elle est la mère de notre Europe et de notre alphabet. Elle est le berceau de notre culture. Nous n’avons pas à lui donner de conseils. Au contraire, nous avons tellement à apprendre d’eux.

Et une fois de plus, Emmanuel Macron a mal choisi ses partenaires. Il s'est appuyé sur une bourgeoisie compradore et expatriée, qui n'a que peu d'incidences sur le peuple libanais. Il veut trouver un accord au Liban sans la Syrie, sans le Hizbullah, sans l’Iran.

Et tout ça pour quoi, ou plutôt pour qui ? Pour le seul profit du Qatar et d’Israël dont les soutiens au Liban existent mais sont  si faibles.

Jacques Chirac aurait pu réussir cet accord de gouvernement. Il avait cette capacité d’être écouté par tous les partis au Liban comme en Israël. Surtout depuis qu’il avait reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la politique raciste du gouvernement de Vichy.

Admirateur de Pétain, Emmanuel Macron va au Liban comme le gouvernement raciste de Vichy y allait. Il se comporte comme un vulgaire colonisateur. La colonisation est toujours vulgaire. D’ailleurs le dernier président français du Liban, Pierre-Georges Arlabosse, avait été nommé par Vichy. 

Ignorant des coutumes les plus élémentaires, Emmanuel Macron se comporte comme le président du Liban. 

Il met en scène des conférences de presse sans la présence du président libanais démocratiquement élu, comme c‘est l’usage lorsque l’on est dans un pays étranger. 

Pire, il y traite toute la classe politique de voleurs. 

Comme si en France, nous pouvions donner des leçons en matière de corruption de la classe politique.

Ignorant des règles les plus élémentaires du management, Emmanuel Macron n’a toujours pas compris la différence entre un leader et un manager :

  • Un leader inspire. Il a une vision et sait la partager. Il sait déléguer à des personnes compétentes dont il ne craint pas l’ombre.
  • Un manager donne des ordres. Sa seule méthode est l’autorité. Il est lui-même désigné par la hiérarchie et imposé à son équipe.

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