Méthodologie proposée aux Députés

L’enquête parlementaire sur les violences policières du 1er mai a donné cours à un spectacle désolant : Le Procès de la Compétence par l’Incompétence

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« Faire la lumière sur les événements survenus à l’occasion de la manifestation parisienne du 1er mai 2018 » telle était l’ambition affichée par la Commission des lois en forme de commission d’enquête de l’Assemblée Nationale.

Si l’ambiance était électrique, la lumière, elle, se fait toujours attendre.

Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, la commission d’enquête a explosé en plein vol.

Qu’est ce qui explique ce suicide collectif parlementaire ?

L’absence totale de méthodologie !

Depuis Khawarizmi, on connaît la méthode scientifique d’investigation :

  1. Observation
  2. Emission d’hypothèses
  3. Vérification des hypothèses
  4. Conclusion

Pour n’avoir pas suivi cette simplissime méthode, la Commission d’enquête s’est perdue en conjectures.

La commission a préféré opérer une hiérarchie des auditions. Principe monarchique oblige, elle a commencé par ceux avec lesquels elle aurait dû terminer : le Ministre de l’Intérieur, le Préfet de Police, le Directeur de la DOPC, le Directeur de Cabinet du Président de la République, la Directrice de l’IGPN, le Directeur du Cabinet du Ministre de l’Intérieur.

Et pour toute réponse à toutes ses questions, la Commission a obtenu un remake de Valmont dans Les Liaisons Dangereuses : « J’en suis désolé ; ce n’est pas ma faute ! »

ce ne st pas ma faute.MOV © ffranckk34

Le minimum requis de méthodologie imposait de commencer par la vidéo. Après tout, elle est au cœur de l’affaire. Sans vidéo, pas d’affaire !

La méthode ?

Pour en revenir à l’affaire médiatico-politique du moment, puis-je me permettre de suggérer à la commission d’enquête parlementaire d’installer un grand écran, voire une grande télévision dans la salle des auditions.

Puis de visionner les vidéos, toutes les vidéos.

Ensuite d’interroger chacun des intervenants parmi les forces présentes représentant l’autorité publique. Il s’agit dans un premier temps de leur poser deux questions et deux questions seulement :

  • A quel titre étiez-vous présent ?
  • Quel était l’objectif de votre intervention ?

Enfin il conviendra de convoquer leur supérieur hiérarchique pour vérifier si chacun de ces intervenants a bien l’autorisation requise d’agir comme il a agi.

Ainsi on pourrait commencer par Vincent Crase, salarié de La République en Marche. C’est lui qui indique à Alexandre Benalla le couple de manifestants en train de jeter des projectiles sur les CRS.

Après lui avoir posé les deux questions d’usage, il conviendra de convoquer son supérieur Christophe Castaner, délégué général de La République en Marche et accessoirement Secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement.

De même pour le Major Philippe Mizerski de la DOPC puis de son supérieur hiérarchique Alain Gibelin, Directeur de la DOPC

Puis pour éviter l’audition de chacun des CRS impliqués place de la Contrescarpe le 1er mai, il suffira de questionner sur leur modus operandi au moment de l’interpellation du manifestant en question Pierre Leleu, Commandant de la CRS 15 de Béthune. Il semble que tout le monde sauf lui ait vu au moins 4 CRS frapper à terre le même manifestant d'abord agressé par Alexandre Benalla.

Enfin, et enfin seulement, après avoir obtenu toutes ces précisions, il conviendra d’auditionner leurs supérieurs hiérarchiques respectifs : Directeur de la Police Nationale, Directeur de la Gendarmerie Nationale, Directrice de l’IGPN, Directeur des différents cabinets et Ministre de l’Intérieur.

Ainsi, le rapport de la Commission s’écrira de lui-même. Les conclusions évidentes s’imposeront d’elles-mêmes.

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