Salut les MAZ !

Gérard Filoche ne participera pas à la Primaire Socialiste. Avec lui disparaît le dernier lien qui liait le P.S. au monde du travail. Le parti s’enfonce définitivement dans le bloc MAZ tel que défini par Emmanuel Todd.

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Ancien Inspecteur du Travail, Gérard Filoche comptait faire de cette Primaire une tribune contre la loi Travail imposée sans vote parlementaire par Manuel Valls. Nous espérions avoir enfin ce débat qui nous a tous manqué. La Justice en a décidé autrement. Bien qu’elle n’ait pas statué sur le fond, le résultat du jugement en référé est définitif. Gérard Filoche ne participera pas à la Primaire organisée par Cambadélis.

Et c’est dommage.

C’est dommage car si Gérard Filoche est débouté, c’est d’abord parce qu’il n’a pas les moyens financiers d’ester en justice. Faire valoir ses droits coûte cher en effet, même en France. Et juste après l’affaire Christine Lagarde, ce constat fait mal. Oui, il y a une justice de classe en France !

C’est d’autant plus malheureux que cette justice de classe est illustrée par des membres d’un parti dont on était en droit d’attendre mieux.

Et c’est là le malentendu qui persiste lorsqu’il s’agit du Parti Socialiste.

Le Parti Socialiste n’est pas le parti des classes populaires. Et toute la déception qu’engendre ce parti vient de ce malentendu.

Valls souhaite d’ailleurs changer le nom du parti. Il faut lui rendre cette honnêteté intellectuelle. Emmanuel Todd avait proposé « Bloc MAZ » mais je doute que l’honnêteté intellectuelle de ses dirigeants aille jusque-là.

Le bloc MAZ ?

C’est cette élite âgée, issue des classes moyennes supérieures, européiste, germanophile et islamophobe. Celle qui dirige intellectuellement la France…. bien qu’elle représente à peine 17 à 19% de la population française.

Entre temps, les classes populaires qui constituent, elles, la grande majorité de notre pays ne sont pas représentées.

Les ouvriers, les employés, les professions intermédiaires n’auront pas de voix lors de cette primaire socialiste. Il s’agit de souscrire à des « valeurs de gauche et de l’écologie ». Les travailleurs n’en font pas partie. Cette « Belle Alliance Populaire » n’est ni belle, n’est certainement pas une alliance, n’est définitivement pas populaire.

Alors quel choix pour les classes populaires ?

Jean-Luc Melenchon, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud semble être le tiercé gagnant.

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Le premier, excellent tribun, focalise sur la campagne de Bernie Sanders. Il oublie que ce dernier a perdu non pas seulement l’élection présidentielle mais surtout le droit de représenter ces classes populaires. Donald Trump l’a emporté  en se rendant à Flint, Michigan et devant les usines désaffectées, il a promis non des emplois mais de faire payer les entreprises qui délocalisent. Jean-Luc Melenchon gagnerait à débaucher un Gérad Filoche, qui lui a compris que le modèle à suivre s’appelle Jérémy Corbyn.

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Philippe Poutou, à défaut d’être convaincant, voire convaincu lui-même, est un ouvrier syndicaliste. Seul, il est l’alibi démocratique de cette élection. Oui, les ouvriers sont représentés puisqu’un des leurs est candidat. Ce serait donc de leur faute si les électeurs issus des classes populaires ne votent pas pour lui.  

Mais les classes populaires ne veulent pas d’un grand chaos, d’une révolution ; ils veulent juste être entendus et respectés.

Et c'est souvent le problème des partis de travailleurs; ils veulent imposer aux travailleurs une certaine vision de la société. Les travailleurs veulent garder leur libre-arbitre. Travailleur n'est pas synonyme de communiste révolutionnaire.

Ce dont on besoin les travailleurs, c'est d'abord et avant tout d'un candidat crédible.

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Ce pourrait être la carte jouée par Nathalie Arthaud.

Nathalie qui ? Nathalie Arthaud !

Comment décrire Nathalie Arthaud ? Imaginez Najat Vallaud-Belkacem qui serait sortie de maternelle.

Depuis septembre dernier, la candidate Lutte Ouvrière sillone la France à raison d'un meeting tous les 3 jours. Et pourtant, elle est invisible dans les médias. C'est aussi ça la magie du CSA.

Nathalie Arthaud est agrégée d’économie. Elle a atteint le plus haut niveau degré de connaissance dans l’enseignement de l’économie. Or, l’économie, c’est justement ce que l’on répond aux revendications légitimes des travailleurs : It’s the economy, stupid!.

En dehors d’un François Hollande, qui n’est de toutes façons pas candidat, Nathalie Arthaud a un meilleur niveau en économie que tous les autres candidats réunis. Imaginons un instant un débat entre le cancre François Fillon et le professeur Nathalie Arthaud.

Mais ne rêvons, ce débat n’aura pas lieu.

D’abord parce que le CSA y veille.

Ensuite et surtout parce que Nathalie Arthaud ne s’est pas émancipée de son égérie Arlette Laguiller. Arlette Laguiller plaisait parce qu’elle ne faisait pas peur. Avec Arlette, la révolution communiste n’effrayait plus le bourgeois. Elle pouvait devenir une icône bobo, chantée par Alain Souchon. Depuis ce rôle a été repris par Olivier Besancenot.

Enfin parce que Lutte Ouvrière ne représente pas les travailleurs. Représenter les travailleurs, c’est les prendre tels qu’ils sont et non pas tels qu’ils devraient être. Si les dirigeants de LO cessaient de vouloir imposer aux travailleurs un mode de pensée pour enfin les écouter, ils gagneraient en audience. Le rôle d’un politique n’est pas de parler en notre nom mais de relayer nos idées.

En ces temps de vœux de fin d’année, serait-il trop demander à Nathalie Arthaud d’oublier Arlette pour devenir Nathalie, agrégée d’économie ; certes cadre supérieur de l’éducation nationale mais soucieuse de la représentation de millions de français qui sont interdits de primaires socialistes ?

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