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Billet de blog 30 mars 2016

Pourquoi Bashar el Assad doit partir

En France, personne ne comprend notre engagement en Syrie. Bashar el Assad est-il notre ennemi ou notre allié ? Wikileaks a récemment révélé 30 000 emails d'Hillary Clinton du temps où elle était ministre des affaires étrangères. L'un de ces emails nous explique pourquoi Bashar el Assad doit être renversé.

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Hillary Clinton

Parmi les emails d'Hillary Clinton révélés par Wikileaks, ce document confidentiel daté du 30 novembre 2015 :

La meilleure façon d'aider Israël à gérer la puissance nucléaire croissante de l'Iran est d'aider le peuple syrien à renverser le régime de Bachar al-Assad.

Les négociations visant à limiter le programme nucléaire de l'Iran ne vont pas résoudre le problème de la sécurité d'Israël. Et elles n'empêcheront pas non plus l'Iran de progresser sur la partie cruciale de tout programme d'armes nucléaires : la capacité d'enrichir l'uranium. Au mieux, les négociations , qui ont commencé à Istanbul en Avril et continueront à Bagdad en mai, entre les grandes puissances mondiales et l'Iran permettront à Israël de reporter de quelques mois leur décision de lancer une attaque sur l'Iran; attaque qui pourrait provoquer une guerre majeure au Moyen-Orient .

Le programme nucléaire de l'Iran et la guerre civile en Syrie peuvent sembler sans rapport, mais ils sont connectés.

Pour les dirigeants israéliens, la véritable menace d'un Iran nucléarisé ne reside pas dans la possibilité de voir un dirigeant iranien fou lancer sans raison une attaque nucléaire iranienne contre Israël et qui aurait pour consequence l'anéantissement des deux pays. Ce que les chefs militaires israéliens redoutent le plus – sans pouvoir en parler - est de perdre leur monopole nucléaire.

Une capacité iranienne de developer des armes nucléaires non seulement mettrait fin à ce monopole nucléaire, mais pourrait aussi donner envie à d'autres adversaires d’Israël, comme l'Arabie Saoudite et l'Egypte, de developer de telles armes. Le résultat serait un équilibre nucléaire précaire dans lequel Israël ne pourrait pas répondre aux provocations par des frappes militaires conventionnelles, comme il le peut aujourd'hui sur la Syrie et le Liban.

Si l'Iran devait atteindre ce palier, celui d'un état possédant des armes nucléaires, Téhéran trouverait beaucoup plus facile de faire appel au Hezbollah et à ses alliés en Syrie pour attaquer Israël, sachant que ses armes nucléaires dissuadraient Israël de répondre directement contre l'Iran.

Pour revenir à la Syrie.

C’est sa relation stratégique avec le régime de Bachar al-Assad en Syrie, qui permet à l'Iran de saper la sécurité d'Israël - non pas par une attaque directe, qui n'a jamais eu lieu, en trente ans d'hostilité entre l'Iran et Israël -, mais à travers ses alliés au Liban, comme le Hezbollah, qui sont financés, armés et entraînés par l'Iran via la Syrie.

La fin du régime Assad mettrait fin à cette alliance dangereuse. Israël comprend bien maintenant pourquoi vaincre Assad est dans ses intérêts.

Dans l’émission de Christiane Amanpour sur CNN la semaine dernière, le ministre de la Défense Ehud Barak a fait valoir que «le renversement d'Assad sera un coup fatal à l'axe radical, un coup fatal à l'Iran .... Assad est le seul avant-poste de l'influence iranienne dans le monde arabe ... et ce renversement va affaiblir considérablement le Hezbollah au Liban et le Hamas et le Jihad islamique à Gaza."

Faire tomber Assad ne serait pas seulement un énorme avantage pour la sécurité d'Israël, ça permettrait de calmer la crainte légitime d'Israël de perdre son monopole nucléaire.

Ensuite, Israël et les États-Unis seront en mesure de decider ensemble du moment où le programme iranien serait si dangereux qu'une action militaire pourrait être justifiée.

À l'heure actuelle, l'alliance stratégique de l'Iran avec la Syrie combinée avec les progrès constants du programme d'enrichissement nucléaire de l'Iran a conduit les dirigeants israéliens à envisager une attaque surprise de la part de l’Iran – malgré les objections de Washington.

Une fois Assad renversé, l'Iran ne sera plus en mesure de menacer Israël de manière indirecte, les Etats-Unis et Israël pouuront se mettre d'accord sur les lignes rouges que le programme nucléaire de l'Iran ne pourrait franchir.

En bref, la Maison Blanche peut apaiser ses relations tendues avec Israël au sujet de l'Iran en faisant une bonne action en Syrie.

La révolte en Syrie a duré plus d'un an. L'opposition ne va pas disparaître, ni le régime accepter une solution diplomatique venue de l'étranger. En mettant sa vie et celle de sa famille en danger, seule la menace ou la force changera l’état d'esprit du dictateur syrien Bachar al-Assad.

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