Black Bazar, lu par Paul Borne

J'ai lu-écouté mon premier livre audio. Black Bazar d'Alain Mabanckou lu par Paul Borne. Retour.

Dans Ex Libris:New York Public Library, le dernier documentaire de Frederick Wiseman, il y a une scène parmi tant d’autres qui m’a enchanté. Un homme, quarante ans au plus, est enfermé dans une cabine, casque sur les oreilles et livre à la main. Une femme assise derrière une vitre, l’air grave, le reprend sur sa lecture. Question de rythme, de ton, des choses à peine perceptibles à l’écran. Cette scène montre ce qu’est l’enregistrement d’un livre audio. C’est la première fois que je me retrouve confronté à cela. J’avais peut-être quelques préjugés sur la littérature audio. Je pensais qu’il ne fallait pas la prendre au sérieux mais si on m’avait poussé à argumenter, j’en aurais été incapable. Je connais une dame (à qui je n’ai jamais parlé sinon pour dire bonjour) qui ne «  lit » que des textes lus. Elle est malvoyante. C’est grâce à cette scène dans le documentaire que j’en suis venu à me procurer mon premier livre audio.

Je suis entré à la bibliothèque. J’ai fait un tour dans les rayons bien fournis, un peu moins en textes lus. Bim ! Black bazar d’Alain Mabanckou, lu par un monsieur qui s’appelle Paul Borne. Commençons par ça.

Je connais le travail d’Alain Mabanckou, j’ai lu quelques uns de ses romans, Lumières de Pointe-Noire étant le plus abouti à mes yeux. J’ai assisté aussi à ses cours au collège de France. Il y a des écrivains qu’on aime et qui déçoivent quand finalement on les entend ouvrir la bouche en interview. Ce n’est pas le cas d’Alain Mabanckou. Il prodiguait ses cours avec maitrise et répondait aux questions du public avec aisance et une excellente répartie. Et puis il lisait si bien. Ses interventions publiques, et c’est peut-être un compliment à double tranchant, sont presque meilleures que ses livres.

Je suis allongé sur mon lit, un oreiller sous le coude. J’écoute le livre que je viens d’emprunter.

Prologue. Une voix, celle de Paul Borne. Parait qu’il est connu mais je n'effectuerai aucune recherche sur lui. Je laisse le texte venir à moi. Ça commence. Je me laisse emporter. La voix monte, gronde, se transforme pour faire les dialogues. Elle chante aussi. Combien d’heures a-t-il pris pour venir à bout de ce texte ? Est-ce qu’une femme sévère portant des lunettes l’a interrompu à chaque phrase derrière une vitre ? On apprend à la fin, dans un entretien d’une vingtaine de minutes qu’Alain Mabanckou lui-même a proposé Paul Borne aux éditions du Seuil quand il a été question de faire de Black Bazar un livre audio. Les deux hommes s’étaient rencontrés au musée Daper à Paris et la voix de Paul Borne avait séduit Mabanckou. Ce dernier assistera à l’enregistrement de Black Bazar. Comme une évidence.

N’est pas bon lecteur qui veut. Dans l’émission consacrée aux quarante ans de l’émission Apostrophes, Bernard Pivot évoque les extraits lus par les écrivains invités. Il raconte que bien souvent il devait redire les textes (mal lus). Sauf peut-être pour Albert Cohen. Il n’a jamais reçu dans son émission quelqu’un qui lise aussi bien que l’auteur de Belle du seigneur.

Et à part ça le livre il raconte quoi ? Fessologue, le héros de Black Bazar est un dandy du bled, chaussures Weston et costumes italiens sur mesure. Il écrit ses mésaventures après une douloureuse séparation. On le surnomme Fessologue parce qu’il passe son temps à étudier les fesses des femmes dans la rue. Sinon il traine au bar le Gib’s où il braille avec ses amis (Roger le Franco-Ivoirien, Paul du grand Congo, Yves l’Ivoirien tout court, Pierrot le Blanc) en descendant des bières. Une vie presque ratée. Il y a dans cette œuvre des personnages à foison, des longs passages un peu gênants sur le derrière des dames. Des phrases qui s’étirent pour atterrir je ne sais où.  Ça n’en reste pas moins un roman drôle et décalé sur les relations ambigües entre Antillais  et Africains.

J’ai depuis quelques temps des difficultés à me concentrer dans mes lectures. Parce que les seuls moments où j’ai le temps c’est dans les transports en commun. Or je passe plus de temps à observer les allers et venues des passagers qu’à lire. Je pensais que le livre lu serait un bon compromis. Il semble cependant que pour Black Bazar j’ai eu aussi des moments d’absence. Mais au moins, on peut faire autre chose en écoutant, couper des oignons ou faire des pompes.

Prochain livre audio, Petit pays de Gaël Faye. Lu par l’auteur.

Black Bazar, Alain Mabanckou, lu par Paul Borne, Audiolib, 18,80 euros, durée d’écoute 6h10.

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