C'est pas parce que le PSG a giflé le Barça que...

Le PSG a giflé le Barça ce soir et les arbitres de la guerre des banlieues peuvent souffler un peu. Temps mort.

La guerre des cités n’aura pas lieu. En tout cas pas ce soir car le Paris Saint-Germain vient d’humilier le grand FC Barcelone sur le score de 4-0. Les klaxons dans la cité ont remplacé les sirènes de la police. En ces temps sombres, seule une victoire sportive peut calmer une jeunesse qui a raison d’être en révolte. Oui mais pour combien de temps encore ?

Tout a été dit sur l’affaire Théo, tout a été analysé. Pas une journée ne passe sans que je ne lise un article sur l’embrasement des banlieues. Tout a été dit sur le manque de moyens de la Police, sur le manque d’expérience de certains, sur le fait qu’il fallait laisser la justice faire son travail. Tout a été dit. Sur l'atrocité de la chose. Les avis des uns ont été balayés par les autres. Qui soutient la police ? Qui est victime ? Chacun donne son avis.

Nous ne voulons plus de dialogue avec le gouvernent. Nos pères, nos familles ont suffisamment été abusées par les discours. Le dialogue est définitivement rompu, n’envisagez plus de nous endormir.        (Des combattants-émeutiers du 93 en Novembre 2005) introduction du livre d Aléssi Dell’Umbira  La rage et la révolte

En théorie tous les citoyens français sont égaux. Mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres. Comment rester calme et attendre que la justice fasse son travail ? Que peut-on dire à un jeune noir qui dès l’âge de douze ans, tandis qu’il sortait de l’école un cartable sur le dos, a compris que sa couleur de peau posait problème ? Peu importent les diplômes, les lectures, les sacrifices, l’acharnement avec lequel certains parviennent à se hisser au dessus de la condition sociale de leurs parents. Les diplômes ne blanchissent pas la peau. Sinon ça se saurait. Quand des milliers de personnes expliquent qu’ils ne se sentent pas respectés dans ce pays il faut les entendre ! Quand des milliers de citoyens français, noirs et arabes se mettent d’accord pour raconter le racisme qu’ils subissent à tous les échelles, non ce n’est pas juste parce qu’ils se sont levés du pied gauche. Avant même les cris de singe contre Balotelli lors de la rencontre Bastia-Nice, avant la banane à Taubira ou le Bamboula-c'est-convenable, le respect était déjà mort.

L’année dernière la France a accueilli l’écrivain afro-américain Ta-Nehisi Coates en grande pompe à l’occasion de la parution de son livre Une colère noire ( ed Autrement). Les radios et les chaines télévisées l’ont invité à raconter la situation des Noirs aux Etats-Unis, les violences policières qu’ils subissent et le racisme implacable dont ils sont victimes. Cependant, et c’est une tendance de nos jours, il ne faudrait pas se servir de la situation des Noirs américains pour minimiser les violences en France et nous demander de ne plus nous plaindre quand c’est pire ailleurs. Le destin des Noirs de France est en France, pas à Baltimore, quand bien même cela ne devrait pas nous empêcher de nous indigner contre les injustices du monde entier. Dans son ouvrage intitulé Habiter la frontière publié aux éditions L’Arche Leonora Miano écrit :

La France adore les Noirs américains, l’histoire de leurs luttes, leur musique, leur littérature […] Pour les français blancs, le Noir américain est associé au jazz, aux artistes et écrivains qui s’établirent en France pour fuir la ségrégation. Il rassure la France sur sa capacité à donner une réalité aux idéaux humanistes qu’elle ne cesse de professer. Cependant, pour les Noirs locaux, la promesse de liberté, d’égalité et de fraternité n’est pas tenue, et le climat qui prévaut actuellement dans le pays, avec, aux affaires, une droite dure qui n’hésite pas à jouer la carte de la xénophobie et de la mise à l’index des différences, pourrait ne pas laisser beaucoup d’espoir. (Pages 74-75, chapitre Les Noires réalités de la France)

Ces mots sont justes et tranchants. On ne peut plus rester sourd face à ce qui est en train de se passer. La violence qu’on voit sur les écrans est le résultat de longues années de négation de l’Autre, celui qui gêne, celui qui fait partie de ce pays mais qu’on traite comme un étranger. Qu’on ne s’étonne pas de voir les gens là où ne les attend pas. Qu’on ne s’étonne pas de la fureur des jeunes. Il faut que chacun porte sa part de violence. La violence est un acte politique. Et ensuite demain, que faudra-t-il faire pour que les choses rentrent dans l’ordre ? Je ne sais pas, personne ne le sait mais pour le moment il faut écouter car il se passe quelque chose. Ni casseurs, ni wesh-wesh, ni racailles. Le respect commence dans la manière de nommer.

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