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Billet de blog 27 févr. 2018

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

"La plupart des filles de McGill sentent la poudre Bébé Johnson. Je ne sais pas ce que cela vous fait de faire l’amour avec une fille (majeure, vaccinée)qui pue la poudre de bébé. Pour ma part, je ne peux résister à l’envie de lui faire des guili-guili". Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, premier roman de Dany Laferrière, une bombe.

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Quand on tient entre les mains un livre avec un titre et une couverture pareils dans les transports en commun, on se tord dans tous les sens pour éviter les regards curieux du voisin. C’est en tout cas le cas d’une personne pudique comme moi. Comme ces personnages dans les séries américaines qui ressortent de l’épicerie avec un sac en papier kraft contenant une boisson alcoolisée. Comme ces vieux japonais qui cachent la couverture de leur hentai  dans le métro tokyoïte. Ce titre curieux Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, est le premier roman de l’académicien Dany Laferrière. Et sans point d’interrogation. Est-ce pour autant un ouvrage à lire comme un manuel ? Une notice ? Ou s’agit-il d’un de ces livres de type développement personnel qui remplissent les rayons des supermarchés et librairies ?

Rien de tout cela. Il m’a fallu deux jours pour lire ce roman acerbe et drôle. Un mois pour rédiger un billet de blog. Je ne savais pas par quelle porte entrer dans cette histoire et au moment où j’écris je n’ai toujours pas trouvé le chemin qui mène à lui. Et pour cause ! Le produit est puissant et plein d’énergie.

Qu’est-ce que ça raconte ? C’est simple, deux jeunes noirs mènent une vie de bohème dans un quartier pauvre de Montréal. Le premier peaufine son premier roman et son titre « Paradis du dragueur nègre « est tout trouvé. Le deuxième s’appelle Bouba c’est un freudien qui passe ses journées à pioncer sur son divan face à la Mecque quand il ne lit pas le coran. Dans-le-plus-grand calme, les deux gars baisent. Baisent les filles bien élevées de la haute bourgeoisie montréalaise. Les filles de Mc Gill (véritable institution où la bourgeoisie place ses enfants pour leur apprendre la clarté, l’analyse et le doute scientifique) gobent toutes les balivernes des premiers nègres venus. Plus choquées quand on leur parle de l’assaisonnement de la viande de chat que de cannibalisme. Tout cela est très très baroque.

 Je serais curieux de savoir ce que l’auteur pense aujourd’hui de son premier roman mais je ne ferai aucune recherche à ce sujet car j’évite toujours de le faire pendant l’écriture d’un billet. Tout ce que je sais c’est qu’il a trente-deux ans au moment de sa parution en 1985 et  une putain de grosse paire de couilles. Dany Laferrière tire sur tout ce qui bouge.

Miz Littérature est venue dans mon lit. J’ai déposé le livre au pied du lit, près de la bouteille de vin, avant de la renverser (Miz Littérature). L’Occident ne doit plus rien à l’Afrique.

L’Occident tiens, parlons-en. Du déclin aussi si c’est toujours d’actualité. Si les blanches ( des groupies en boubou donc colonisées) de MC Gill se donnent à Bouba et à Vieux c’est qu’elles commencent à s’ennuyer avec  les types fades, pâles et blafards des Ivy League. Des personnages démoralisés, farouchement stupides mais hautains tout de même. Et ces derniers refusent de s’avouer vaincus par la pine nègre.

Le décor est posé. Comme dans une scène de cinéma parfaitement exécutée. Tout est huilé. Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer est un vrai film de cul. Cochez Interracial. BBC. Satyre féroce des stéréotypes et des clichés racistes. L’usage intempestif du mot nègre ferait sans doute un peu pâlir la bande à Spike Lee. Mais Dany Laferrière ne se permet aucune censure. Ce qu’il faut retenir c’est que dans cette histoire tous les personnages sont en carton.  Tout le monde en prend pour son grade. Les répliques aux dialogues ne sont jamais celles qu’on attend. On a en écoutant les personnages converser la même sensation que lorsqu’un con vous raconte des conneries de la façon la plus sérieuse possible. Cependant il ne faut pas se méprendre, Laferrière ne verse ni dans la provocation ni dans la violence verbale gratuite. C’est un livre drôle et hyper élaboré.

Les Blancs ne peuvent pas gagner sur les deux tableaux. Ils s’affirment supérieurs aux Nègres partout et puis tout à coup, ils veulent être nos égaux quelque part. Dans la sexualité.

La folie des premiers romans…

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, éd Serpent à plumes, 5,95 euros, 168 pages.

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