Yann GAUDIN
Lanceur d'alertes
Abonné·e de Mediapart

52 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 déc. 2021

Qui est au bout du fil ?

Lorsque vous appelez Pôle emploi au 39 49 et qu'un conseiller vous répond, vous pensez logiquement qu'il s'agit d'un salarié de l'institution publique. Mais de plus en plus fréquemment, sans le savoir, vous parlez en fait à un téléopérateur d'une société privée cotée en Bourse.

Yann GAUDIN
Lanceur d'alertes
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour rappel, Pôle emploi est un établissement public dont le fonctionnement aura coûté en 2021 près de 4,5 milliards d'euros.

Avec cet argent - votre argent ! - l'institution ne fait pas que payer les salaires, primes et autres avantages à ses propres salariés car Pôle emploi confie de plus en plus d'activités à des sous-traitants privés. Autrement dit, en pensant contribuer à la lutte contre le chômage, vous contribuez en fait à la prospérité d'entreprises marchandes et des leurs actionnaires.

Au départ il s'agissait uniquement de sous-traiter la saisie informatique de documents transmis par les usagers, comme les bulletins de salaire et attestations employeurs. Par exemple dans un avis d'attribution de marché public de 2014, on découvre que Pôle emploi a confié ce type de prestations à la société ARVATO pour 31 millions d'euros et à la société TESSI pour 44 millions d'euros.

Avec ces sociétés il y a fréquemment des erreurs de saisie qui portent évidemment préjudice aux usagers concernés, mais rien ne garantit que le traitement serait plus fiable si c'était des salariés de Pôle emploi qui s'occupaient de la saisie.

Là où ça devient problématique, c'est que Pôle emploi délègue de plus en plus de tâches à ces sous-traitants privés dans le cadre de marchés de prestations d'appui à distance. Et parmi ces prestations : l'accueil téléphonique au 39 49.

Dans un avis de marché très récent, on découvre par exemple que Pôle emploi vient de confier pour près de 80 millions d'euros à la société TESSI l'assistance à l'inscription et à l'actualisation en ligne, l'assistance à la complétude de l'attestation employeur, la gestion de la hotline technique pole-emploi.fr et d'autres traitements métiers simples sur le territoire français (Métropole et Droms).

Parmi les "traitements métiers simples", il y a notamment ce que Pôle emploi appelle "l'information de 1er niveau" qui n'a aucune délimitation clairement établie, donc les compétences nécessaires à la fiabilité de ce niveau d'information sont très imprécises. Selon des informations internes, il y a par exemple le cas des intermittents du spectacle : pour faire face à un afflux massif d'appels au 39 49 dans le cadre de règles exceptionnelles d'indemnisation eu égard à la crise sanitaire, la direction de Pôle emploi a délégué à la société TESSI l'accueil téléphonique pour les intermittents du spectacle et ce, sur la période de fin octobre 2021 à début février 2022. Les usagers pensent alors avoir affaire à des conseillers dûment qualifiés : ils parlent en réalité à un téléopérateur en CDD et formé très succinctement.

Pôle emploi c'est comme la boîte de chocolats de Forrest Gump : on ne sait jamais sur quoi on va tomber ! Et on ne sait même plus si les chocolats sont bien de la marque Pôle emploi...

***

♥ Pour soutenir l'auteur : https://fr.tipeee.com/alertes-pole-emploi

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Discriminations
En Haute-Loire, au « pays des Justes » : la rumeur et les cendres
Le village de Saint-Jeures, réputé pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre, n’est pas épargné par l’islamophobie. Quand Yassine, un jeune chef d’entreprise à son aise, décide d’y faire construire une maison et d’installer sa famille, les pires bruits se mettent à courir. Jusqu’à l’incendie.
par Lou Syrah
Journal — Extrême droite
Les « VIP » de Villepinte : l’extrême droite et la droite dure en rangs serrés
Parmi les invités du meeting de Villepinte, des responsables identitaires, des anciens d’Ordre nouveau et du Gud et des royalistes côtoient les cathos tradis de La Manif pour tous et les transfuges du RN et de LR. La mouvance identitaire s’apprête à jouer un rôle majeur dans la campagne.
par Karl Laske et Jacques Massey
Journal — Médias
« Le Monde » : Matthieu Pigasse vend la moitié de ses parts à Xavier Niel
Après avoir cédé 49 % de ses parts en 2019 au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le banquier en cède à nouveau 49 % au patron de Free, qui devient l’actionnaire dominant du groupe de presse. En situation financière difficile, Matthieu Pigasse ne garde qu’une participation symbolique.
par Laurent Mauduit
Journal — Politique économique
L’inflation relance le débat sur l’augmentation des salaires
Avec le retour de l’inflation, un spectre resurgit dans la sphère économique : la « boucle prix-salaires », qui serait synonyme de chaos. Mais ce récit ancré dans une lecture faussée des années 1970 passe à côté des enjeux et de la réalité.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Et si nous avions des débats constructifs ?
La journée internationale de l'éducation de l'UNESCO, le 24 janvier, est l'occasion de rappeler que les savoirs et expertises de toutes et de tous sont essentiels pour nourrir les conversations démocratiques.
par marie-cecile naves
Billet de blog
Présidentielle : ouvrir la voie à une refondation de la République
La revendication d’une réforme institutionnelle s’est installée, de la droite à la gauche. Celle d’une 6° République est devenue un totem de presque toutes les formations de gauche à l’exception du PS. Ce qu’en a dit samedi Arnaud Montebourg rebat les cartes.
par Paul Alliès
Billet de blog
Une constituante sinon rien
A l’approche de la présidentielle, retour sur la question de la constituante. La constituante, c’est la seule question qui vaille, le seul objet politique qui pourrait mobiliser largement : les organisations politiques, le milieu associatif, les activistes, les citoyens de tous les horizons. Car sans cette réécriture des règles du jeu, nous savons que tout changera pour que rien ne change.
par Victoria Klotz
Billet de blog
Le convivialisme, une force méta-politique
Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron... Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes. Les idées circulent, le convivialisme joue donc un rôle méta-politique. Par Alain Caillé.
par Les convivialistes