Intermittents du spectacle : l'aubaine de la galère

Premier secteur a être impacté par le Covid début 2020, le spectacle sera probablement le dernier à retrouver une activité « normale » d'ici - on l'espère - la fin de cette année 2021. Le gouvernement a justement prolongé l'indemnisation des intermittents jusqu'au 31 décembre et ajouté quelques nouvelles dispositions, dont une fera que les plus perdants seront parfois... plutôt gagnants !

Dès le printemps 2021 il fallait se rendre à l'évidence : l'absence d'amélioration sur le front sanitaire, le maintien des contraintes sur les salles de cinéma et l'annulation en cascade de nombreux festivals d'été ne pouvaient qu'augurer d'une brutale sortie de piste pour beaucoup d'intermittents du spectacle, à la fin commune du subside de Pôle emploi le 31 août 2021.

Après avoir diligenté une étude d'expert, le gouvernement a présenté le 11 mai son plan de sécurisation : l'indemnisation des intermittents sera garantie jusqu'au 31 décembre 2021, puis le renouvellement des droits se fera selon 4 niveaux de modalités au regard du volume d'heures travaillées dans les mois précédents :

1 ► Un renouvellement ordinaire de droits pour 12 mois d'indemnisation s'il y a eu moins 507 heures de contrats dans les 12 derniers mois (réadmission ordinaire) ;

2 ►► A défaut, un renouvellement pour 12 mois d'indemnisation sur uniquement 507 heures recherchées aussi loin qu'il le faudra (réadmission exceptionnelle) ;

3 ►►► A défaut, un prolongement provisoire de 6 mois maximum s'il y a eu au moins 338 heures recherchées aussi loin qu'il le faudra (clause de rattrapage exceptionnelle) ;

4 ►►►► Et enfin, à défaut, un renouvellement provisoire pour maximum 12 mois d'indemnisation sur uniquement 507 heures recherchées aussi loin qu'il le faudra, y compris en réutilisant des heures ayant déjà servi à ouvrir d'anciens droits (Allocation de Professionnalisation et de Solidarité exceptionnelle).

Le décret entérinant ces mesures est paru le 5 août dernier, 3 mois après les annonces, ce qui laissait largement le temps au gouvernement de s'assurer de la pertinence de ces modalités. Et l'esprit de l'assurance chômage est en principe d'inciter tout le monde à travailler autant que possible pour sécuriser au mieux l'équilibre financier global donc les droits de chacun·e, or il semble y avoir un vice dans ces modalités...

Cas d'école

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Prenons l'exemple d'un groupe de 3 musiciennes : Pauline, Emma et Julie. Elles font strictement le même nombre de cachets depuis la création de leur groupe en janvier 2019, pour le moment elles touchent chacune environ 100€ brut par cachet et sont indemnisées par Pôle emploi au minimum de 43,27 € net par jour.

Au début des contraintes sanitaires, en mars 2020, Emma et Julie venaient tout juste de renouveler leurs droits : elles n'avaient donc plus de contrats en "réserve" pour le prochain renouvellement. En revanche Pauline, qui était intermittente depuis plusieurs années, avait renouvelé ses droits en octobre 2019 et avait déjà cumulé 180 nouvelles heures à mars 2020.

Arrivées au 1er janvier 2022, le groupe n'a pu faire que 28 cachets entre mars 2020 et fin novembre 2021, ce qui représente 336 heures d'intermittence grâce aux concerts.

Pauline avait déjà 180 heures d'avance, elle a donc cumulé 516 heures en tout depuis sa dernière ouverture de droits d'octobre 2019 : elle ouvre 12 nouveaux mois d'allocations à 43,27 € net par jour et son indemnisation s'arrêtera fin novembre 2022.

Emma avait entendu parler d'un seuil à 338 heures et décroche in extremis une figuration en décembre : elle bénéficie d'une prolongation provisoire de droits jusqu'à fin juin 2022 maximum, à 43,27 € net par jour également.

Enfin Julie termine avec seulement 336 heures et pensait être la plus en difficulté des trois... Qu'elle se rassure : c'est elle qui s'en sort le mieux ! Elle ouvre 12 mois de nouveaux droits provisoires, jusqu'au 31 décembre 2022 maximum, à 43,27 € net par jour comme ses deux amies mais avec davantage de temps pour refaire ses heures.

"Les derniers seront les premiers", l'évangile selon Roselyne.

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