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Billet de blog 22 déc. 2021

Non, le taux de chômage n'est pas du tout au plus bas !

C'est le taux de "recherche d'emploi" qui est au plus bas, tandis que le nombre d'actifs en France et le nombre d'inscrits à Pôle emploi est le même aujourd'hui qu'au début du mandat d'Emmanuel Macron. Et ça n'est pas du tout une bonne nouvelle, et pas du tout de bon augure.

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Depuis 2017 le nombre d'actifs en France, chômeurs inclus, est stable aux alentours de 29,3 millions de personnes selon l'INSEE.

Le nombre d'inscrits à Pôle emploi sans aucune activité du tout - la fameuse catégorie A - est également stable : 3,74 millions au 2ème trimestre 2017, au début du mandat de l'actuel président, et 3,75 millions sur le même trimestre en 2021.

Ce qui donne donc le même ratio d'environ 12,8% de chômeurs sans aucune activité dans le mois.

Alors d'où vient la fanfaronnade sur un taux de chômage à 8,1% ?

Les représentants de la majorité présidentielle mettent en avant le taux mesuré par l'INSEE sur la base d'une enquête, et non d'une comptabilité comme le fait Pôle emploi, mais surtout ce taux est déterminé selon les critères du Bureau International du Travail (BIT) qui en réalité ne mesurent pas la précarité économique et sociale des personnes sans emploi mais simplement leur engagement à retrouver un emploi salarié.

En effet, un chômeur au sens du BIT est un actif :

  • sans emploi durant une semaine donnée (ndlr : la semaine de l'enquête de l'INSEE) ;
  • disponible pour travailler dans les deux semaines ;
  • qui a effectué, au cours des quatre dernières semaines, une démarche active de recherche d’emploi ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois.

Ce n'est donc pas le taux de chômage qui est particulièrement bas, mais le taux de mobilisation des chômeurs qui, à nombre égal d'inscrits à Pôle emploi depuis 2017, traduit une réalité qui devrait sérieusement nous inquiéter.

Cette réalité, c'est une plus forte indésirabilité du monde du travail en 2021 comparé à 2017.

Sur ce phénomène sociologique préoccupant, on peut émettre plusieurs hypothèses. Il est suggéré par exemple dans les médias que les confinements auraient permis à des actifs de mesurer leur mal-être au regard des conditions de travail de leur métier ou de leur secteur d'activité, souffrance qui peut notamment provenir de la maltraitance managériale. Il est possible aussi que les fortes inégalités de revenus, corrélées au fait que des métiers sont apparus essentiels mais sans reconnaissance salariale à due proportion, aient dégoûté un nombre important d'actifs quant à leur métier. Il est probable également que la prise de conscience de l'empreinte écologique très négative de certains métiers & secteurs conduise des actifs à rechercher un projet professionnel plus vertueux. Enfin la réforme récente du calcul des allocations chômage va fortement pénaliser les professionnels dont le métier se pratique en contrats courts, il est donc légitime que ces actifs envisagent un autre parcours plus sécurisant.


Or plutôt que de se questionner justement sur les motifs de la démobilisation actuelle d'un grand nombre d'actifs, et proposer aux citoyens des solutions salutaires à la fois pour notre économie et pour le vivre-ensemble, la majorité en place n'a rien trouvé de mieux que d'augmenter la maltraitance des chômeurs par une opération massive de contrôles et de sanctions.


La brutalité plutôt que l'intelligence, la fanfaronnade plutôt que l'honnêteté.

***

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