Maïs MON810 : Stéphane Le Foll étale son ignorance

La décision rendue hier par le Conseil d'Etat de suspendre l'interdiction de cultiver en France le maïs OGM MON810 de la firme Monsanto a été l'occasion d'une incroyable sortie de la part du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll.

La décision rendue hier par le Conseil d'Etat de suspendre l'interdiction de cultiver en France le maïs OGM MON810 de la firme Monsanto a été l'occasion d'une incroyable sortie de la part du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll. Celui-ci vient une nouvelle fois témoigner de tout le sérieux et toute la compétence avec lesquels le dossier OGM est géré par les gouvernements français successifs, tous plus « anti » les uns que les autres – il faut rappeler que la clause de sauvegarde avait été activée par un gouvernement Sarkozy – Fillon, même si ce dernier s'épanche aujourd'hui dans la presse pour dire qu'il est pour la science et le progrès, bien sûr, et qu'il regrette beaucoup, le pauvre chéri.

 

Déjà, la récente passation de pouvoirs au ministère de l'écologie avait été l'occasion de rappeler quelques perles au sujet des OGM proférées par le nouveau ministre Philippe Martin, qui est un opposant de longue date particulièrement folklorique  :

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/020713/passation-de-perles-au-ministere-de-lecologie

 

Déjà, lors du déclenchement de la clause de sauvegarde justifiant l'interdiction, le gouvernement avait choisi de confier la présentation du dossier auprès des institutions sanitaires européennes à un spécialiste, non pas des OGM – quelle drôle d'idée ! - mais bel et bien... des pingouins ! Tout un symbole.

L'EFSA n'avait pas été ébranlée par la force des arguments, d'où une première levée de l'interdiction par le Conseil d'Etat, et d'où une nouvelle clause de sauvegarde express lancée par NKM  :

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/090112/desobeissez-au-gouvernement-devenez-planteur-volontaire-dogm

 

Si j'ai bien suivi, c'est cette seconde clause de sauvegarde qui vient d'être levée, étant donnée l'absence d'arguments scientifiques pour justifier une mesure d'interdiction d'urgence au nom de la protection de l'environnement ou de la santé des populations. Entendons-nous bien : je n'aime pas trop quand des gens pas élus qui ne représentent qu'eux-mêmes dictent à un  gouvernement ce qu'il doit faire [en même temps, c'est ce que la bourgeoisie et son porte-voix le Medef font au quotidien, ça semble être la règle de fonctionnement du système], et ça aurait plus de gueule et de légitimité  si un gouvernement disait qu'il interdit les OGM pour des raisons purement politiques.
Du genre :  « parce que nous voulons avait l'air de faire ce que veut une opinion publique convaincue par le discours alarmistes des écolos », ou plus simplement et plus  honnêtement  : « parce que  nous sommes de gros réacs obscurantistes et qu'il n'y a de toutes façons pas de secteur parmi les capitalistes français que nous servons qui ait un intérêt net et immédiat au développement des PGM agricoles ».
Non, là, le problème, c'est que cette interdiction purement politique essaie de se draper d'arguments scientifiques  - en même temps,dans le cadre de l'UE, elle en a besoin, sinon ça passe pas. Mais là ça passe pas non plus, alors... Ainsi, l'élément nouveau que mettent en avant les anti-OGM  pour justifier une mesure d'urgence de protection des populations, ça a l'air d'être... la fameuse étude Séralini qui a fait se tordre de rire ou de rage (c'est selon) la communauté scientifique mondiale, et qui a été rejetée à cause des ses insuffisances criantes par toutes les autorités sanitaires de la planète consultées à son sujet.

 

D'où cette nouvelle décision du Conseil d'Etat, qui est rapportée dans une dépêche de l'AFP reprise par Libération :

 

http://www.liberation.fr/terre/2013/08/01/le-mais-transgenique-pourra-de-nouveau-etre-cultive-en-france_922205

 

Là où on n'en revient pas et où on relit trois fois pour y croire, c'est lorsqu'on lit dans cette dépêche les propos du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, qui explique les raisons de son opposition maintenue :

 

« «Quelle que soit la décision, la ligne du gouvernement sera la même : nous ne sommes pas favorables aux OGM, notamment au MON810, qui est un maïs résistant aux herbicides. »

 

Ainsi donc, le MON810 serait « un maïs résistant aux herbicides. »

Passons sur la formulation confuse qui laisse à penser qu'une PGM pourrait être résistante à tous les herbicides, rien que ça. Passons.
Mais qu'un ministre de l'agriculture en exercice, qui monte au créneau sur un dossier relevant de sa compétence le jour où ça fait la Une (et non pas qui est en train de donner une réponse hasardeuse à une question inattendue, donc), ne sache pas que le MON 810 n'est pas une PGM résistante à un herbicide mais bien une PGM qui produit elle-même une toxine insecticide, ça laisse tout simplement pantois.

Quand un ministre de l'agriculture ou de l'écologie me parle des OGM, j'ai pour sa compétence le même respect que quand un autre ministre quelconque m'explique qu'il faut démolir le droit à la retraite à cause de l'allongement de l'espérance de vie, que c'est comme ça, que c'est prouvé.

 Mais oui mais oui....

Allez, une dernière pour la route, avant d'aller se baigner à la rivière :

En France , qui dit « OGM » dit Faucheurs aux abois, prêts à saccager les cultures sataniques. Comme la France active depuis quelques années cette fameuse clause de sauvegarde, les Faucheurs s'emmerdent. Et comme ils ont réussi grâce à leurs longs efforts à faire purement et simplement disparaître la recherche publique sur le sujet en France – l'INRA vient d'abdiquer son dernier essai, qui portait sur des peupliers - , il faut bien s'occuper, et il se sont reconvertis dans la chasse à ce qu'ils appellent des « OGM cachés », à savoir des plantes obtenues par la technique dite de la mutagenèse. Ils ont déjà détruit quelques champs de tournesol de ce genre.

Or, il semble qu'un des bailleurs de fonds des Faucheurs, le groupe Biocoop, commercialise des chips  dont la fabrication inclut une huile issue de tournesols mis au point par mutagenèse :

http://alerte-environnement.fr/2013/07/25/les-faucheurs-dogm-favorables-enfin-aux-plantes-issues-de-la-mutagenese/

 

( C'est somme toute logique, parce que la mutagenèse est une technique autorisée dans le cahier des charges du bio,  ce machin dont on a du mal à comprendre la logique et  qui échappe à la rationalité)

 

On attend donc de voir si les Vandales Volontaires vont aller désormais saccager les fournisseurs de leurs financeurs,  ça pourrait être drôle.


Sinon, au cas où je trouve des graines de MON810 (mais ça va être dur, Monsanto a en fait laissé tomber le marché français) , ils pourront toujours tenter le coup sur mon terrain, je me ferai un plaisir de mettre quelques PGM à côté de mes abeilles, pour les faire bouffer à mes chèvres.

 

Yann Kindo

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