Quand la FCPE introduit des lobbys dans l’école

Il y a en France une saine tradition qui consiste à refuser l’intrusion dans l’école de lobbys qui veulent y promouvoir leur salades, qu’elles soient  idéologiques ou surtout mercantiles. Ainsi, les « malettes pédagogiques » fournies clé en main par des entreprises qui veulent se faire de la pub ont généralement très mauvaise presse en salle des profs, et quand des intérêts particuliers tentent de venir diffuser leur idéologie et leur fond de commerce, parfois avec l’accord de l’Education Nationale, les protestations  se font généralement entendre.

Il en a été ainsi lorsqu’en 2015, dans le cadre de la "Semaine Européenne de l’argent » (sic), la Fédération Bancaire Européenne a été cooptée pour venir dans des écoles primaires faire de l’ "éducation financière" :

https://www.bastamag.net/J-invite-un-banquier-dans-ma-classe-quand-les-banques-enseignent-la-gestion

Il est vrai qu’il est toujours amusant de convoquer des pyromanes pour expliquer comment se prévenir du feu, on est sûrs qu’on a affaire à des experts.….

Mais finalement, ces tentatives sont chez nous assez rares, et on a plutôt affaire à des pressions d’organismes comme l’Institut de l’Entreprise pour infléchir les programmes, notamment en SES, plutôt qu’à des interventions directes devant élèves en tant que lobby, interventions qui sont généralement très mal perçues et qui font face à une résistance de la communauté des éducateurs.

Généralement, mais pas tout le temps….

Parce que, lorsqu’il s ‘agit de l’agriculture bio, là tout change, et tout l’arsenal intellectuel  qui refuse que les salles de classe, cours de récréation et autres cantines scolaires ne deviennent un terrain de jeu pour des options idéologiques et croyances particulières ou pour des intérêts marchands, tout cela est remisé au placard et on ne voit plus où est le problème.

Ainsi, en visant en premier lieu les ados,  la région Rhône-Alpes a pu  officiellement distribuer dans les lycées et sous sa propre responsabilité un véritable magazine de propagande qui a connu plusieurs numéros et qui avait pour simple objet de promouvoir l’alimentation bio auprès du public scolaire. Tout cela réalisé en toute indépendance et sans intérêt commercial sous-jacent, bien sûr, puisque construit en partenariat  avec « Corabio, le réseau des agriculteurs bio de la région Rhône-Alpes ». On notera l’élégance de la mise en page, qui met en plus petit « mon lycée » pour qu’on voit surtout en gros « mange bio », ce qui clairement fait passer le titre de la brochure pour une véritable injonction :

mon-lycee-mange-bio-cle812558

Ces pratiques ont semble-t-il cessé, puisque la nouvelle majorité régionale, dirigée par l’ultra-réactionnaire Laurent Wauquiez, ne serait plus favorable à la promotion du bio, mais plutôt à celle des « produits locaux » et du terroir. Le « local » est d’ailleurs  un terrain sur lequel les écologistes sont généralement en accord avec les gens de droite extrême comme notre président de région, l’argument « environnemental » étant souvent difficile à démêler de l’argument « patriotique ». Pensons par exemple un instant à ces précisions absurdes selon lesquelles la viande servie ici ou là est « d’origine française », comme si cette mention était en soi rassurante et avait le moindre intérêt d’un point de vue sanitaire, gustatif ou même environnemental - là où je vis, la Suisse et l’Italie sont plus proches que les françaises Picardie et Normandie, et de toutes façons le transport ne représente qu’une part marginale de la dépense énergétique nécessaire pour qu’un produit alimentaire finisse dans mon assiette -.


On peut aussi retrouver parfois sur les murs des cantines scolaires des affiches promotionnelles du type de celles vendues sur ce site, qui incitent « pédagogiquement » les jeunes à consommer bio, à grand renfort de slogans niais et surtout d’informations partielles et partiales :

http://www.bio-normandie.org/pedagogies/outils-pedagogiques/affiche-viande-bio/

Imagine-t-on un instant une fédération du yaourt, réunie  autour de Nestlé, Mamie Nova et Yoplait, réussir à faire poser dans les collèges et lycées des affiches qui ventent leurs produits, au nom par exemple du fait que les produits laitiers sont bourrés de calcium et que c’est bon pour la santé ?

 Evidemment non.

 Mais pour le bio, c’est possible, et dans ce cas il devient moralement admissible de faire de la publicité en milieu scolaire pour pousser à consommer ceci plutôt que cela.

 Enfin, on peut voir dans des cantines scolaires des entreprises être invitées à venir faire goûter leurs produits (et donc à recruter de futurs clients), et là aussi c’est possible parce que c’est « local et bio ». Peut-être que c’est local et bio, mais ça n’en reste pas moins une opération commerciale, et je ne vois pas au nom de quoi on ne laisserait pas faire la même chose à des entreprises pas locales et pas bio. Au nom de quoi ?

 

Sur cette pente glissante qui banalise des choses que l’on pensait jusque là rejetées, une nouvelle étape a été franchie en mars 2017 par un acteur important de l’Education Nationale, la pourtant très utile fédération de parents d’élèves FCPE, qui a en toute simplicité organisé auprès des enfants une campagne idéologique anti-pesticides aux côtés de lobbyistes très intéressés…

Tout cela a déjà bien été analysé dans ce billet du blog de Wackes Seppi, je ne vais que marcher sur ses traces et compléter à ma manière avec des choses que je voulais communiquer depuis un  moment : 

http://seppi.over-blog.com/2017/04/pesticides-le-derapage-de-la-federation-des-conseils-de-parents-d-eleves.html

 Essayons de faire comprendre où est le problème à ceux, certainement très nombreux, qui ne voient sans doute pas du tout a priori en quoi il y aurait un problème, et même bien au contraire, puisque c’est une belle initiative citoyenne qui éveille la conscience des enfants, et patati et patata….

 

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Tout d’abord, cette initiative repose sur un flou artistique au niveau de son objet, ainsi que sur une absurdité et sur un  mensonge.

  Certes, l’affiche définit bien un cadre qui est celui du jardinage (« Mon jardin au naturel »), mais on aimerait être sûrs que, dans le cadre de cette très intéressée « Semaine pour les alternatives au pesticides », on a bien au préalable expliqué aux enfants la différence entre d’une part le loisir du « jardinage »,qui vise essentiellement à se détendre et à faire joli autour de chez soi en favorisant éventuellement au maximum la biodiversité (ou pas), et d’autre part  l’activité économique fondamentale qu’est l’agriculture et qui consiste notamment à nourrir bientôt 9 milliards d’humains sur la planète. C’est très bien d’avoir dessiné sur l’affiche de jolis auxiliaires du jardinier comme l’abeille, le ver de terre, le lézard ( ?) et la coccinelle, mais pourquoi n’y voit-on pas représentées aussi d’autres bestioles telles que la limace, le puceron ou le doryphore, qui  eux aussi  font partie de la « nature » ? Dans cette ambiance un peu à la  Disney, a-t-on bien pris la peine d’expliquer aux écoliers que si l’on veut que tous les enfants du monde puissent avoir du rab de frites à la cantoch, il faut pouvoir se débarrasser des doryphores, et que l’alternatives aux pesticides, c’est de les écraser entre les doigts ? Pour rester sur la question sensible des frites et de la pomme de terre dont elles sont issues, a-t-on bien pris soin de cerner les enjeux de la discussion en rappelant qu’entre 1842 et 1845, du fait d’une autre « peste » que les pesticides combattent, en l'occurrence un champignon appelé le « mildiou », une Grande Famine a frappé l’Irlande et provoqué la mort de quelque chose comme un million de personnes ainsi que l’exil forcé  de deux millions d’autres ? Bref, au-delà de l’unilatéral « les pesticides c’est pas bien », a-t-on vraiment bien inséré ce concours de dessin dans un contexte didactique qui vise à faire comprendre la complexité des enjeux ? Je n’y crois pas un instant, parce que ce n’est manifestement pas le but de l’opération.

Autre chose : a- ton pensé à faire réfléchir les élèves à l’absurdité fondamentale du slogan de l’affiche, dont on n’est pas sûr qu’il soit là exprès pour provoquer cette réflexion critique :

 « Mon jardin au naturel ».

C’est quoi, un jardin « au naturel » ???

 Parce que, par définition, un jardin, ce n’est pas « naturel ».

Ce qui est naturel, c’est de regarder faire la nature, c’est à dire la compétition entre espèces et à l'intérieur des espèces pour l’appropriation des ressources, ce que l’on appelle la « sélection naturelle ». Mais dès que je sélectionne moi-même certaines espèces pour faire mon jardin, en intervenant pour avoir celle-ci plutôt que celle-là à tel endroit, il n’y a là dedans plus rien de naturel du tout. Que j’écrase les doryphores avec les doigts ou que je les empoisonne pour que je puisse au final avoir des patates, que je désherbe à la main ou que je répande du Round-Up pour éliminer la végétation que je ne veux pas et favoriser celle que je veux, ça ne change rien à l’affaire, c’est du jardinage, et c’est anti-naturel au possible. Rien que d’arroser les plantes, ce n’est pas naturel, puisque ce qui est naturel c’est d’attendre que la pluie tombe.

 Bref, le slogan « mon jardin au naturel » a-t-il été placé sur l’affiche pour servir de support pédagogique à l’introduction de la figure de style dite de l’ « oxymore » ? Si c'est très improbablement le cas – pure hypothèse… d’école ! - ,  n’est ce pas un peu tôt dans la scolarité que de le faire aux cycles 1 et 2 du  primaire ?

 Enfin, quand on la regarde en détail, l’affiche véhicule un mensonge implicte, qui, pour être extrêmement répandu, n’en reste pas moins parfaitement… mensonger.

 En effet, dans le cadre de cette « Semaine pour les alternatives aux pesticides », on note parmi les récompenses offertes aux participants, je vous le donne en mille : « des semences bio et anciennes », que l’on imagine évidement de marque Kokopelli, partenaire de l’événement, parce que l’on est quand même là à la base pour commencer à fidéliser une future clientèle dans un public captif et encore très malléable.

 Mais depuis quand les semences bio et anciennes, parce que bio et anciennes, se cultivent-elles sans pesticides ? En quoi sont-elles le moins du monde une alternative aux pesticides ? C’est l’occasion de rappeler pour la 14 000e fois que non, l’agriculture bio n’est pas une agriculture sans pesticides, c’est une agriculture sans pesticide de synthèse. Mais la bouillie bordelaise ou les décoctions puantes du type « purin d’orties », c’est censé être quoi, sinon des pesticides ?  Et il se trouve justement que la mode du jardinage bio a pour conséquence depuis plusieurs années une saturation croissante des sols en cuivre, à force d’utiliser de manière un peu monomaniaque de la bouillie bordelaise, parce que c’est « naturel ». Sur ce point, je laisserais d’ailleurs la parole à un agriculteur (et pas un « jardinier ») bio, qui explique pourquoi il utilise des semences hybrides F1 produites par les gros méchants semenciers de l’agro-chimie, plutôt que les semences « anciennes » de Kokopelli :

 « En agriculture bio, l’usage des produits phytosanitaires est plus réduit que dans l’agriculture classique. L’intérêt des variétés de tomates F1 que j’utilise est leur résistance au mildiou, une maladie fongique qui peut facilement détruire une culture. Grâce à cela, je peux, dans le meilleur des cas, éviter d’utiliser de la bouillie bordelaise, autorisée en agriculture bio mais qui charge les sols en cuivre et peut être nocif pour l’environnement (ce qui n’est définitivement pas ma vision de l’agriculture). Mais ces raisons, les gens de Kokopelli y sont sourds et continuent de vanter le mérite de leurs variétés de semences. »

[Source : https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/oui-je-cultive-des-tomates-f1-et-183846 ]

On imagine que ce genre de considérations n’a pas été évoquée lors de la remise aux enfants de leur prix labellisé « Kokopelli »…


Notons enfin pour finir sur ce point que ce n’est pas parce qu’un pesticide (ou un produit en général) est « naturel » qu’il est moins toxique qu’un pesticide (ou un produit en général) « chimique », c’est à dire : « issu de la chimie de synthèse ». Si vous n’êtes pas d’accord avec principe, je vous propose de déguster tranquillement un petit morceau d’amanite phalloïde tout ce qu’il y a de plus « naturelle » (et « locale » et « ancienne »), pendant que je me gave de bonbons Haribo bourrés de colorants et de conservateurs, et on en reparle ensuite.

Je veux dire : si vous êtes encore là pour en reparler, bien sûr…

Il se trouve même que parmi les pesticides naturels qui ont été utilisés par l’agriculture bio, certains sont particulièrement nocifs pour la santé humaine, comme l’huile de neem et la roténone.

 

On le voit, cette initiative est absurde et manipulatrice sur le fond pédagogique de l’affaire.

Mais elle pose aussi un gros problème éthique dans son principe même, qui consiste à venir offrir du temps de cerveau enfantin disponible à des lobbys commerciaux (et idéologiques). Car la FCPE a servi ici de passerelle à deux lobbys du monde du bio, qui sont co-animateurs intéressés du concours : le semencier Kokopelli et l’association anti-pesticides (de synthèse) Générations Futures.



Commençons par Kokopelli, dont nous venons de parler. Il se trouve que je viens de publier tout un article sur cette entreprise, auquel je renvoie donc  pour plus de détails :

https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/040118/propos-de-kokopelli

 En résumé, Kokopelli est un semencier qui s’est avant tout distingué par son refus de se conformer à la législation en matière d’homologation des variétés qu’il met sur le marché. D’un point de vue légal, ce sont donc des tricheurs. Et du coup, peut-être que dans une perspective interdisciplinaire, il  aurait fallu le préciser aux élèves autour d’une approche de type EMC (Education Morale et Civique) croisée avec le cours de biologie qui, on n'en doute pas, encadre le jeu-concours de la FCPE et de ses partenaires. En gros, Kokopelli vend des semences sans les enregistrer officiellement, c’est à dire en passant outre une législation qui vise notamment à donner des garanties au consommateur par rapport aux caractères précis de la semence qu’il achète. Kokopelli enrobe aussi son activité commerciale d’un discours mensonger sur son supposé rôle fondamental en matière de protection de la biodiversité, alors que son catalogue recense bien moins de variétés différentes que beaucoup de  ses concurrents lambda sur le marché, qu’elle voue pourtant aux gémonies. Et Kokopelli  s’est même payé le luxe de commercialiser sous son nom – et bien plus cher – une variété de haricot protégée par une AOC. En gros, ils ont fait ce que fait un élève quand il copie, c’est à dire s’approprier le travail d’autrui :

https://agriculture-environnement.fr/actualites,12/kokopelli-fait-ses-choux-gras-du-travail-dautrui

  « A bas les règlements, je fais ce que je veux comme je veux », était-ce là le message civique que la FCPE a voulu faire passer dans les écoles en s’associant à cette entreprise-là, et en distribuant aux écoles et enfants, on le suppose, des semences de cette marque particulière ? .

 

Quant au deuxième partenaire de cette opération publicitaire en milieu scolaire, il s’agit de Générations Futures, une association qui est en fait l’émanation des principaux poids lourds du secteur « bio » de l’industrie agro-alimentaire, et qui lui sert de force  de frappe médiatique pour promouvoir ses ventes en dénigrant les produits de ses concurrents du conventionnel.

 Qui est derrière Générations Futures ?

Ceux qui la financent et qu’elle sert.

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http://alerte-environnement.fr/2015/09/22/les-salades-de-generations-futures/

Ainsi, si la figure la plus connue de Générations Futures est son porte-parole le « très médiatique » François Veillerette, la présidente de son conseil d’administration est Maria Pelletier, qui est par ailleurs PDG du Moulin Marion, une entreprise qui vend des farines, vous l’aurez deviné, « bio ». Elle joue aussi un rôle important au sein de Synabio, le syndicat des producteurs et distributeurs de produits bio.

 

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 « On retrouve la très dynamique dirigeante du Moulin Marion à la tête de Générations Futures, dont le fonctionnement structurel n’aurait certainement pas vu le jour sans la participation financière de plusieurs adhérents de Synabio, notamment Biocoop, Bjorg, Bonneterre, Botanic et le Groupe Léa Nature. Ainsi, Botanic aurait confirmé avoir octroyé entre 25000 et 30000 euros par an à GF. Auxquels s’ajoute le soutien à quelques opérations spécifiques de l’association, comme la Semaine sans pesticides. Pour son édition 2013, GF a admis avoir reçu 10000 euros de Botanic, 7 000 euros de Léa Nature, 5000 euros de Biocoop et 5000 euros de Distriborg. »

[Source : ce très bon article qui donne une vue d’ensemble du lobby du bio en France:

https://agriculture-environnement.fr/actualites,12/agriculture-bio-reseaux-et-lobbying ]

 Ceux qui en doutaient (ou ne s’en doutaient pas) auront donc compris que cette «  semaine des alternatives aux pesticides »  n’est pas une initiative officielle de l’Education Nationale, contrairement par exemple à la semaine de la presse (qui elle présente aux élèves une presse pluraliste). Non, ce que la FCPE a relayé dans les écoles qui se sont laissées avoir, c’est une initiative privée du lobby du bio pour promouvoir ses propres intérêts. On retrouve  ainsi parmi ses bailleurs de fonds et organisateurs les grosses boites du bio, comme Biocoop, Botanique, Bjorg,  Léa Nature et  Moulin Marion (bref, ceux qui sont derrière Générations Futures) :

http://www.semaine-sans-pesticides.fr/decouvrir-levenement/12eme-edition/partenaires-nationaux-et-internationaux-2017/


Et que fait Générations Futures ?

C’est très simple : quand elle ne fait pas du lobbying auprès des écoliers, Générations Futures a comme activité essentielle de produire à la chaîne des études bidons sur les pesticides, études dont l’intérêt informatif sur le plan scientifique est inversement proportionnel à leur (impressionnant) écho médiatique. Que ce soit dans les cheveux des petits enfants ou dans les urines de stars de la télé, le principe est toujours le même : Générations Futures communique sur le nombre impressionnant de pesticides qu’elle a retrouvé après analyse. Et ce en vue d’instaurer – avec succès -  un climat anxiogène sur le thème « les pesticides sont partout, nous sommes tous contaminés ».

 Ce que les médias ne relaient généralement pas et sur quoi Générations Futures ne met évidemment pas l’accent, c’est le fait que si elle trouve des traces de pesticides en grand nombre dans les organismes qu’elle soumet à la question, ces traces sont à peu près toujours présentes en quantités tellement  faibles qu’en réalité les chiffres sont rassurants. Evidemment que l’on retrouve énormément de produits différents: les méthodes modernes d’analyse sont tellement performantes que même des quantités infimes peuvent être détectées – pour tout dire, c’est tellement puissant que d’ici peu il sera  peut-être même possible de retrouver des traces d’autre chose que de l’eau et du sucre dans les produits vendus en pharmacie par Boiron, c’est dire !

En communiquant sur la quantité de pesticides différents et pas sur les quantités relevées pour chacun d’entre eux, Génération Futures affole sciemment et facilement son monde, d’autant plus que les médias aiment affoler leur monde, parce que c’est très accrocheur, comme méthode.

 Le service public s’est d’ailleurs récemment mis lui-même à la méthode d’enquête  façon Générations Futures, et à lui aussi s’amuser à  faire peur sur le thème « Nous avons analysé des carottes et nous avons retrouvé des pesticides ». Le gag aux allures de boomerang, c’est que en jouant à ce petit jeu, France 3 a surtout trouvé des traces de pesticides… sur des carottes bio, et non sur des conventionnelles :

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/enquete-france-3-quand-les-carottes-d-une-enseigne-bio-contiennent-plus-de-pesticides-que-des-legumes-non-labellises_2416437.html

 Mais encore une fois, toutes ces traces sont très inférieures aux seuils légaux, et il n’y a absolument aucune raison d’avoir le moindre début de commencement d’inquiétude pour sa santé. Tout cela est en fait une information équivalente à celle qui nous dirait que « Aujourd’hui tous les trains sont arrivés à l’heure ».

 Si la méthode a un peu dérapé quand France 3 s’en est emparée, la technique de Générations Futures est quand même bien rodée, et le schéma fonctionne  de la façon suivante : l’industrie du bio, dont les produits finaux sont en fait très semblables à ceux du conventionnel (en dehors du prix...), construit son image de marque sur la question de la supposée absence de pesticide dans ses produits, et elle finance Générations Futures qui mène des opérations d’intox visant à paniquer la population par rapport aux pesticides, afin que cette population vienne tout naturellement se réfugier pour plus de sécurité dans les rayons bio des commerçants.

Il va sans dire que les tests que fait Génération Futures ne visent que les molécules de synthèse, et ne ciblent pas les traces de pesticides naturels utilisés en bio.

 Tout cela fonctionne très bien et la quantité de produits vendus ne cesse d’augmenter.

Il s’agit juste de ne pas trop en faire dans le genre pour ne pas être pris la main dans le sac après avoir  trop attiré l’attention. Ainsi, Bioocop, un des poids lourds du bio et bailleur de fond de Génération Futures et de sa  « Semaine pour une alternative aux pesticides », a-t-il eu le mauvais goût de pousser le bouchon trop loin dans cette stratégie publicitaire,  et il s’est vu condamné en justice en 2016 pour « pratiques anticoncurrentielles » à cause de cette affiche :

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https://www.consoglobe.com/biocoop-condamne-pour-avoir-critique-pommes-non-bio-cg

 Ce que fait Générations Futures, c’est  donc essentiellement d’alimenter le dénigrement de certains produits pour que les concurrents qui la financent puissent mieux vendre les leurs. Générations Futures est la force de frappe médiatique du lobby du bio.

 Et au cas où cela ne suffise pas à faire gonfler le chiffre d’affaire de l’industrie du bio, la FCPE est là pour filer un coup de main en faisant faire des dessins à des gosses que l’on manipule.

 Yann Kindo

P.S. : En dehors des semences Kokopelli, le concours de dessin avait comme prix des DVD à montrer aux enfants dans les écoles - ou alors, ce n'est pas très clair dans leur communication, offerts directement aux enseignants en tant que personnes, ce qui serait dans ce cas  de la corruption de fonctionnaires.
Lorsque cette initiative a eu lieu, en mars dernier, j’avais appelé le local national de la FCPE pour essayer de savoir quels étaient les films ou documentaires ainsi proposés en récompense, mais je n’ai pas réussi à obtenir l’information.

Des films anti-pesticides produits par Générations Futures, peut-être ?

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