Chloroquine : Liaisons dangereuses entre science, médias et politique.

Raoult - Mélenchon, ou la Conjuration des Egos

Tout a déjà été dit, ou presque, sur la fameuse étude de l’équipe de Didier Raoult sur la chloroquine comme solution déjà disponible  pour lutter contre le Covid 19. Cette étude, qui est entachée d’encore plus de biais que ne l’était déjà celle de Séralini, n’a absolument aucune valeur pour aider à répondre à la question : « La chloroquine aide-t-elle à lutter efficacement contre le Covid 19 ?», et on ne peut donc rien fonder du tout sur ses résultats (ni dans un sens, ni dans l’autre).

 Je ne vais pas rentrer dans les détails de l’argumentaire ici, ça a déjà été fait par d’autres, et bien mieux que je ne saurais le faire. Je me contente de vous renvoyer vers des papiers qui détaillent tout ça.

 Voir par exemple :

 Sur le blog Curiologie, un billet intitulé : Covid 19 et chloroquine : à propos d’une étude très fragile, et d’une dangereux emballement médiatique et politique

Un billet de blog d’Olivier Belli : Le professeur Raoult et la chloroquine : les failles

Sur le site de Futura-Sciences : Chloroquine et Covi 19 : que faut-il en penser ?

Deux chroniques à écouter : Chloroquine, un remède français contre le coronavirus ?  et Chloroquine : le protocole Raoult , qui font partie de la série d’intéressantes mises au point quotidiennes que Nicolas Martin, producteur de l’émission La Méthode Scientifique, propose sur France Culture :

Le communiqué de la revue Prescrire

De Justine Henry : Chloroquine : mise au point d’une scientifique en détresse

Le point de vue de l’OMS , qui condamne l’usage de médicaments qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité :

Le communiqué des Académies de Médecine et de Pharmacie

Une excellente vidéo qui présente très bien les biais de l'étude et les enjeux autour d'elle, par le chercheur en génétique Hervé Seitz.

Et enfin, le communiqué de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique)

Edit : Je découvre juste après publication de ce billet que Didier Raoult vient de déjà  sortir une deuxième sur le même sujet, peut-être en récupérant à son compte la stratégie de Générations Futures sur les pesticides : plutôt que de publier une bonne étude bien faite qui ait du sens et qui prouverait quelque chose, multiplions les études bidons pour donner l'impression de preuves par accumulation et en occupant l'espace médiatique.

On peut lire ici une première analyse de la publication, pas vraiment plus probante que la précédente, faute d'avoir mis en place le protocole indispensable à la validation d'un quelconque résultat.

 Beaucoup a déjà été dit sur le personnage Didier Raoult, sur ses pratiques douteuses en tant que scientifique et sur ses incroyables sorties médiatiques, qui n’empêchent pourtant pas toute une partie de l’opinion ne plus jurer que par l’intuition du gars qui en janvier nous expliquait qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour 3 morts en Chine et que le coronavirus ne tuait pas plus que les accidents de trottinette. Sic. Voire « sick », comme on dit en anglais…

 Je ne vais pas là non plus trop développer tous ces points, et plutôt renvoyer à un article qui résume l’essentiel de ce qu’il faut savoir à propos de Didier Raoult, de sa carrière et de ses prises de position successives. Notamment dans les dernières semaines, comme lorsqu’il expliquait le 21 janvier dernier  sur la chaîne Youtube de son Institut :

« Vous savez, c’est un monde de fou. Ce qui se passe, le fait que des gens soient morts de coronavirus en Chine, vous savez, je ne me sens pas tellement concerné. C’est vrai que le monde est devenu complètement fou, c’est-à-dire que il se passe un truc où il y a 3 Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale, l’OMS s’en mêle, ça passe à la radio, à la télévision. S’il y a un bus qui tombe au Pérou on va dire : « les accidents de la route tuent de plus en plus ». Tout ça est fou. C’est-à-dire qu’il n’y a plus aucune lucidité.

À chaque fois qu’il y a une maladie dans le monde on se demande si en France on va avoir la même chose. Ça devient complètement délirant. C’est tellement dérisoire que ça finit par être hallucinant.

Ça veut dire qu’il n’y a plus aucune connexion entre l’information et la réalité du risque. Mais aucune du tout. Comme ils sont 1,6 milliard, vous n’avez pas fini d’avoir des alertes. Je ne sais pas, les gens n’ont pas de quoi s’occuper, alors ils vont chercher en Chine de quoi avoir peur, parce qu’ils n’arrivent pas à regarder ce dont ils pourraient avoir peur en restant en France. Voilà, ce n’est pas sérieux. »

 Allez donc voir l’enquête d’Olivier Berruyer sur le site Les-crises.fr , intitulée « Le professeur Didier Raoult : rebelle antisystème ou mégalomane sans éthique ? ». Tout y est développé et sourcé.

 C’est donc à ce génie visionnaire qu’il faudrait désormais confier les clés du traitement de l’épidémie, lui qui osait le 25 février déjà déclarer la « fin de partie » pour le coronavirus grâce à la chloroquine. Rien que ça !

Pour ceux qui avaient encore un doute sur le fait que ce monsieur est dangereux et capable de raconter n’importe quoi, voici ce qu'il écrit dans son nouveau livre   (car oui, c'est un peu étonnant, mais ce responsable de la lutte contre une pandémie en cours a eu entre le shooting de deux vidéos et la publication d'une étude historique sur 26 patients mal suivis le temps d'écrire un livre qui sort en plein milieu de la pandémie) :

"Le risque que le coronavirus chinois change les statistiques de mortalité française ou mondiale est nul [NE PAS HESITER A RELIRE LA PHRASE PRECEDENTE. Nda]. Il y a dans cette disproportion entre réalité et bruits plusieurs éléments : la peur des maladies nouvelles, l'intérêt des laboratoires qui vendent des antiviraux (Gilead a fait une progression boursière spectaculaire), l'intérêt de ceux qui produisent des vaccins par précaution (bien que l'on ne sache pas si la maladie sera encore là dans un an), de ceux qui sont heureux d'être sur un plateau de télévision comme experts virtuels, de ceux qui font de l'audimat sur la peur, et de ceux qui se voient en sauveurs providentiels. Cet évènement aura confirmé pour moi qu'il y a plus de vérités dans les réseaux sociaux et que la labellisation « fake news » est parfois l'arme désespérée de certains médias pour continuer à exister. "

On se doutait bien que quelque part les fabricants de vaccins étaient impliqués.... Les franc-maçons, je sais pas, mais pour les fabricants de vaccins, c’est sûr.

J’en profite pour signaler un élément amusant, dans ce registre : il se trouve que parmi les laboratoires en mesure de fournir rapidement plein de chloroquine si nécessaire, il y a Bayer, c’est-à-dire la boîte allemande qui a racheté… Monsanto !!! J’imagine le conflit intérieur parmi les complotistes, ça doit pas être facile à gérer, les pauvres.

Pour finir sur ce thème, signalons que ces mauvaises pratiques sont structurelles chez Didier Raoult, qui semble s’efforcer d’incarner à lui seul toutes les dérives possibles dans le monde de la science sans éthique. Ainsi, dans un ouvrage de 2016 intitulé Malscience. De la fraude dans les labos, Nicolas Chevassus-au-Louis explique que pour la période 1996-2011, Didier Raoult a publié par moins de…. 1252 articles ( !!!), ce qui en faisait quantitativement le vice- champion mondial de cette pratique mandarinale consistant à cosigner des publications sur lesquelles on n’a jamais travaillé, quitte à s’en approprier une partie de la gloire au cas où…

Bref l’étude sur la chloroquine faite n’importe comment pour aller vite et faire le buzz  ne sort pas de nulle part.

 On commence à malheureusement explorer les conséquences potentiellement dramatiques de la stratégie  du buzz imperturbablement suivie par un Didier Raoult visiblement indifférent aux conséquences de ses actes.

 Le jeudi 19 mars, un article d’Hervé Maisonneuve mettait en garde sous le titre :  Covid-19, la bataille pour publier vite n’est pas acceptable car de mauvais articles sont diffusés aux journalistes et aux patients

 La manière dont le buzz médiatique court-circuite et étouffe l’information scientifique est très bien décrite dans ce billet de Samuel Gontier sur Télérama, où l’on voit Pasacal Praud et Christian Estrosi donner le la de ce que les médecins devraient faire. La prescription n’est plus médicale : elle est médiatique et politique :

 Et les conséquences de tout cela n’ont pas tardé à se faire sentir :

temoignage-medecin

 C’est ce dont témoigne aussi le docteur Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard à Paris (qui considère par ailleurs que l’étude de Didier Raoult est « une honte scientifique ») :

« À l'instant où je vous parle, c'est surtout le médecin que je suis, au pied du lit des malades, qui est affecté. Tout le monde veut du Plaquenil maintenant, alors que ce traitement peut entraîner une évolution défavorable de l'état de santé de nos patients infectés. Et nous avons toutes les difficultés du monde à mener les essais cliniques rigoureux qui ont été commencés sur plusieurs molécules, car les patients veulent « leur » Plaquenil. Cette communication débridée risque de ralentir l'inclusion de patients dans les essais cliniques de médicaments contre le Covid-19, car nous devons maintenant passer beaucoup de temps pour les réinformer. Enfin, je suis également affecté comme enseignant, la communication sur ces molécules va à l'encontre de tout ce qu'on m'a appris et que je transmets à mes étudiants. ».

 On voit se développer une autre conséquence délétère, et non des moindres, révélée dans l’article de Nathalie Raulin dans Libération du 26 mars 2020 : « Le buzz sur la chloroquine freine l’essai clinique européen Discovery » : des patients et même des médecins impliqués dans l’étude ne veulent plus suivre le protocole et réclament l’usage unique de la chloroquine, en présupposant comme acquis ce qu’il s’agit pourtant précisément de prouver. Et donc on risque de tourner en rond, pendant que l’épidémie progresse.

 Si Raoult est le Dieu unique, Trump est vite devenu aux Etats-Unis son prophète, et cet article du New York Times  explique comment, une fois de plus Trump (comme son cousin également climatosceptique Didier Raoult) affronte le monde scientifique de son pays en se fondant sur le fait qu’à propos de la chloroquine « il a  un bon feeling », et qu’on peut se fonder là-dessus car il est « un gars intelligent » :

 Pour le coup, un autre gars qui y croyait trop en est mort , après avoir ingéré un produit pour aquarium à base de chloroquine.  Certes, ce n’est évidemment pas la faute de Didier Raoult si quelqu’un fait dans l’automédication suicidaire, mais il faut prendre conscience des responsabilités que l’on a quand on fait le buzz et qu’on déclare sans ambages :

huma-raoult

Remarquons au passage que, en tant que diffuseur, L’Humanité est elle aussi responsable des conneries qu’elle propage. Elle a d'ailleurs dû y réfléchir, puisque elle a désormais changé le titre de l'article  et enlevé la formule à propos du Doliprane.

 Les mécanismes de l’irresponsabilité de l’expert qui veut faire le buzz  sont bien montrés sur cette infographie du Pharmachien :

pharmachien

En Afrique, où d’un côté les effets de la pandémie vont être terribles étant donné le dénuement dans lequel le continent est maintenu, et où de l’autre le marché noir des médicaments et l’automédication sont très répandus, les effets d’annonces fausses et mondialisées pourront être dévastateurs, comme l’évoque cet article de l’anthropologue Alice Desclaux intitulé « La mondialisation des infox et ses effets sur la santé : l’exemple de la chloroquine »

Enfin, tout cela rappelle une autre histoire , qui date de 1985,  en pleine peur du SIDA, au cours de laquelle d’autre chercheurs français avaient provoqué un emballement injustifiée autour de la ciclosporine, une molécule dont ils avaient prématurément estimé qu’elle guérissait le SIDA.

 Et pendant ce temps, ceux qui en ont à coup sûr besoin de la chloroquine pour d'autres maladies sont en passe d'en manquer.

Et pendant ce temps,  une file de patients se forme devant l'hôpital où officie le professeur Raoult, , au risque de se contaminer les uns les autres et d'engorger les urgences.

Source : Page Facebook "Mistikri - sᴛɪᴄᴋᴇʀs ᴍɪʟɪᴛᴀɴᴛs" Source : Page Facebook "Mistikri - sᴛɪᴄᴋᴇʀs ᴍɪʟɪᴛᴀɴᴛs"

Pour finir, écoutez ce que dit le professeur Gilles Deray, chef de service à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, qui explique très bien dans cette vidéo les risques graves que cette folie nous fait courir.

 On vient pourtant de découvrir que le savant franc-tireur qui se moque des procédures a un nouveau supporter en la personne de Jean-Luc Mélenchon, qui dans ce billet raconte comment il a pris contact avec Didier Raoult pour en avoir le cœur net, et comment il se reconnaît dans cette figure du paria (omniprésent dans les médias ) conspué par les élites.

 On comprend que si Mélenchon a toujours des vues sur la mairie de Marseille, il peut être de bon ton de s’afficher en soutien d’un possible héros local, au cas où la chloroquine fonctionne efficacement contre le virus (en cas contraire, tout le monde aura probablement oublié le soutien de Mélenchon, de toutes façons)

 La partie méthodologique du début du billet de Mélenchon est significative :

« Mon souci est toujours le même : si on devait s’en occuper demain matin, comment s’y prendrait-on ? Cette façon de travailler m’occupe depuis déjà quelques années. Elle est stimulante intellectuellement et politiquement. »

 En lisant la suite, on comprend que quand Mélenchon veut se faire une idée sur un sujet, il  ne se renseigne pas auprès de communautés d’experts pour connaître le consensus scientifique sur le sujet, mais il se cherche un gourou qui lui dit ce qu'il a envie d'entendre.
Et le tour est joué, sur le coronavirus comme auparavant sur le nucléaire.
Attention, accrochez-vous bien, voici comment au final Mélenchon s’est fait une opinion sur la question épineuse du moment :

" Un contact téléphonique, ce n’est pas grand-chose mais c’est aussi des fois assez pour se faire une idée sur une personne."

Et bien, si sa méthode pour se faire un avis sur une question scientifique avant de prendre une décision politique c'est ça, comme il le dit lui-même, je suis bien content qu'il ne soit pas aux affaires à l'instant T, c'est certainement mieux pour tout le monde.

Fondamentalement, sur cette question, Mélenchon est exactement le même qu'un Trump ou un Estrosi : il pense qu'il est un gars intelligent, et que donc son intuition est la bonne.

Et dans sa relation à Didier Raoult, il est somme toute logique que Mélenchon le sauveur suprême qui nous dit « Votez pour moi et vous allez vois ce que vous allez voir, comment je vais mettre les riches au pas » se reconnaisse dans le profil de Didier Raoult, le scientifique qui nous  dit : « Suivez mon intuition, et avec moi c’est « Coronavirus, fin de partie » ».

La vision personnaliste et quelque part petite- bourgeoise est bien la même chez l’un et chez l’autre, en politique comme en science, et elle consiste à miser sur le génie et le verbe des grands leaders plutôt que sur l’organisation  rigoureuse et la méthode collective éprouvée  (qui sont la condition d’une science efficace, comme elles devraient l’être d’une politique efficace).

 En nous disant la manière spécifique dont il s’efforce d’agir en homme politique responsable, Mélenchon nous montre en fait comment il agit en politicien irresponsable, aujourd’hui à propos du traitement contre le coronavirus, en temps normal en ce qui concerne le nucléaire ou l’agriculture.

 Ce qui est responsable, sur ce point très précis de la lutte contre l’épidémie, c’est de  plutôt faire ce que font les communistes révolutionnaires, qui n’ont rien à voir avec ces politiciens de tous bords et leurs intérêts carriéristes.

 Ce qui est responsable, en l’absence de vaccin ou de traitement éprouvé, c’est de limiter le nombre de morts et l’engorgement des urgences, en incitant ses proches à rester chez eux ;  en faisant pression pour que les entreprises non essentielles ferment leur portes et laissent leurs travailleurs se protéger par le confinement ;  et en militant pour l’instant sur nos balcons ou dans nos courriers. En attendant de sortir....

compte-les-morts

 Ce qui est responsable, c’est de s’efforcer d’informer dans son milieu en faisant de la vulgarisation scientifique autour de ce qui fait consensus en matière d’épidémies, comme l’ont fait les militants de la Fraction l’Etincelle avec ce papier intitulé « Comment se propage une épidémie, et les différentes mesures pour y remédier »

Ce qui est responsable, à propos de la chloroquine et du dangereux emballement que Raoult a suscité à son sujet, c’est de rappeler que la décision politique doit se fonder sur le consensus scientifique, et que celui-ci émerge pratiquement toujours de programmes d’études internationaux et pas du génie isolé d’un chercheur en quête de notoriété. C’est ce qu’a fait Lutte Ouvrière avec cet article sur la chloroquine et le débat qui l’entoure, un débat qui est effectivement « révélateur ».

 On en arrive à la conclusion de cet article : Il y a bien des leçons politiques à tirer de la crise actuelle.

 Par exemple, on peut mettre l’accent sur la manière dont l’organisation de la recherche scientifique sous pressions capitaliste ne fournit pas les meilleures conditions pour progresser dans la compréhension du vivant et prévoir les moyens d’action. La recherche doit être financée et pensée  sur le long terme, et pas au coup par coup en fonction des crises. Voir à ce sujet cette interview de l’immunologiste Gérard Chouat dans le journal du NPA (en plus de témoignages de plein d’autres chercheurs montés au créneau dès le début de l’épidémie sur le thème : « Moi je travaille sur les coronavirus, voici les bâtons qu’on m’a mis dans les roues depuis des années »).

Par exemple encore, beaucoup de monde semble redécouvrir l’impérieuse nécessité de contrôler les moyens de production et de ne pas laisser aux capitalistes la libre décision d’agir en fonction de  leurs besoins  sur le marché, parce que la main invisible ne conduit pas automatiquement comme par magie  à l’optimum social d’allocation des ressources disponibles. Beaucoup de monde, et même Trump, qui vient de forcer General Motors à produire des respirateurs.

 Autre leçon possible : aujourd'hui, il me semble qu'avec le confinement et ce qu'il implique, on se rend mieux compte de à quel point on vit en société et que les autres nous sont utiles.
Dans l'enseignement, les conditions particulières du moment font, je crois, que les parents se rendent comptent du boulot des profs - mieux que la porte-parole du gouvernement, à coup sûr -, et que les profs se rendent mieux compte des contraintes et difficultés dans la familles, peut-être. Et surtout, on se rend compte du besoin fondamental qu'on a des autres et de leur boulot, des médecins et des chercheurs bien sûr, mais aussi de toute une palanquée de gens le plus souvent payés de la merde et qui assurent les besoins essentiels "en première ligne", comme les infirmières, les caissières, les éboueurs, les transporteurs, les agriculteurs etc.  Et peut-être même qu'avec cette crise, plein de gens vont se rendre compte d'un autre truc important : les capitalistes, eux, non seulement ne servent à rien, mais ils aggravent les problèmes par leur simple existence et leurs besoins spécifiques de capitalistes.

En bref : les « premiers de corvée », parce qu’ils font tout tourner dans la société, sont infiniment plus indispensables que les » premiers de cordée », dont le pouvoir apparaît dans cette crise pour ce qu’il est : un pouvoir de nuisance(s).

Centre Hospitalier Simone Veil à Cannes (Alpes Maritimes 06) le 21 mars 2020 Centre Hospitalier Simone Veil à Cannes (Alpes Maritimes 06) le 21 mars 2020

 

Enfin, je propose une dernière leçon à tirer, plus propre à ce que développe ce blog :

 En politique comme en science, il vaut mieux  se méfier des guides suprêmes et de leurs géniales intuitions.  Rien ne vaut la rigueur et la discipline de l’organisation collective  structurée, qui maîtrise par l’évaluation collective les leçons des expériences faites à grande échelle.  Rien ne vaut l’activité consciente, planifiée et organisée des petites mains qui patiemment font leur boulot quotidien, plutôt que de chercher des raccourcis flamboyants qui au final ne mèneront  nulle part.

En période de crise et d’urgence, ce n’est pas moins vrai que d’habitude,  ça l’est peut-être encore plus.

 Yann Kindo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[4] https://www.boursorama.com/bourse/actualites/trump-contraint-general-motors-a-produire-des-respirateurs-artificiels-9fe6c7c0106542c1802dd53a09925ec1?fbclid=IwAR0Z512gVkNdF2FiNYT6a-6OjbTwsK2ohqbB9f3OuPDKrFvM5cpoJnEnplU

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