Zéro carbone fossile en 2050

Grâce au rapport du GIEC d’octobre 2018 (SR1.5), nous disposons maintenant d’un indicateur majeur pour estimer la valeur des politiques environnementales. Pour respecter l’Accord de Paris, il faudra parvenir à zéro émission de carbone fossile si possible vers 2050 et pas plus tard qu’en 2065. Toute politique locale comme mondiale qui n’inclurait pas ces objectifs devrait désormais être rejetée.

Le rapport du GIEC SR1.5 d'octobre 2018 (sur l’impact d’un réchauffement planétaire de +1,5°C par rapport à l’époque préindustrielle) montre que ses conséquences – en partie inévitables – vont être très problématiques dans de nombreux domaines (climat, agriculture, santé…). Sous peine que cela ne devienne encore plus grave, il faut donc à tout prix s’efforcer de dépasser le moins possible ce seuil de +1,5°C.

Le rapport SR1.5 ne fait que renforcer la justesse de la décision des chefs d’Etat de la planète de signer l’Accord de Paris en décembre 2015. Cet Accord stipule que tous les pays doivent contenir le réchauffement « bien en dessous de +2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et si possible viser à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à +1,5°C » d’ici 2100.

Petit bémol, bien que tous aient souligné l’urgence à agir, les signataires se sont donnés cinq ans – jusqu’en 2020 – pour commencer à prendre des mesures. Par ailleurs les promesses de réduction sont loin du compte, sans même parler du retrait des États-Unis. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’actuel Secrétaire général de l’ONU – Antonio Guterres – a déclaré en septembre 2018 que nous étions face à une « menace existentielle directe » et que nous n’avions plus que deux ans pour nous préparer sérieusement à la combattre.

En effet, parmi les quatre scénarios « RCP » d’évolution de la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre, envisagés en 2014 par le GIEC, un seul – le RCP 2.6 – permet d’espérer atteindre cet objectif de maximum +2°C (et a fortiori celui de +1,5°C). Tous les autres amènent à un dépassement.

Concrètement, ce scénario signifie qu’il ne faudra plus rejeter de carbone fossile dans l’atmosphère vers 2050 (pour +1,5°C) ou vers 2065 (pour +2°C). Et il faudra même commencer à en retirer, ce qui sera une autre gageure.

Certains diront certainement que c’est « irréaliste », car cela suppose de ne quasiment plus consommer de charbon, de pétrole, ni de gaz d’ici 30 à 50 ans, alors que ces trois énergies constituent 80 % de notre consommation actuelle. En outre, ce n’est pas le nucléaire qui va apporter une solution, car il ne représente que 2 % de la consommation énergétique finale mondiale, et les réserves d’uranium sont très limitées. De leur côté, les énergies renouvelables pourront aider, mais il est actuellement illusoire de penser qu’elles puissent remplacer toutes les sources fossiles.

Dans ce contexte, l’humanité se trouve face au plus grand défi qu’elle ait jamais eu à surmonter. Si on ne réagit pas à la hauteur des enjeux, la plupart des experts – à commencer par Nicholas Stern, un ancien vice-directeur de la Banque Mondiale – ont montré que cela pourrait provoquer une récession allant jusqu’à 20 % de l’économie mondiale en 2050, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur les sociétés.

Et si rien ou très peu n’est fait, les problèmes ne pourront que continuer et même que s’aggraver après 2050.

Alors qui est « irréaliste » ? Celles et ceux qui disent qu’il faut repenser en profondeur nos modes de vie, avec plus de modération et de partage ? Ou celles et ceux qui prétendent qu’on ne peut pas changer et qu’il faut continuer comme avant, voire continuer à croître toujours plus, quitte à foncer vers un mur ?

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