Vous avez dit : 100 milliards de $...

Cent milliards de $ est-ce beaucoup ? Lors de la conférence de Copenhague sur le climat en 2009, les pays du Nord s’étaient engagés à verser aux pays du Sud 100 milliards de $ par an à partir de 2020 dans le cadre d’un « Fonds Vert ».

Lors de la conférence de Copenhague sur le climat en 2009, les pays du Nord s’étaient engagés à verser aux pays du Sud 100 milliards de $ par an à partir de 2020 dans le cadre d’un « Fonds Vert », afin qu’ils puissent mettre en oeuvre leur transition environnementale et se préparer à limiter les conséquences du réchauffement climatique. Après cinq ans, en novembre 2015, alors que débute la COP21, les pays du Nord ont péniblement réuni une dizaine de milliards. On a donc un peu de mal à imaginer comment ils vont pouvoir trouver cent milliards de $ tous les ans à partir de 2020.

Mais au fait, cent milliards de $ est-ce beaucoup ?

Lorsqu’on commence à parler en millions et a fortiori en milliards de dollars, la plupart des gens ont le vertige. Cela les empêche généralement de réfléchir à ce à quoi cela correspond.

De fait, l’ONU avait estimé en 2010 à 143 milliards de dollars par an la somme qu’il faudrait pour atteindre les 8 objectifs du Millénaire à l’horizon 2015, à savoir notamment venir à bout de l’extrême pauvreté et de la faim, assurer l’éducation primaire pour tous, combattre le Sida, le paludisme, etc...

Autre chiffre, l’ensemble de l’aide internationale versée aux pays du Sud, couramment appelée APD (Aide Publique au « Développement ») s’élève en moyenne à 150 milliards de $ par an. Les 100 milliards par an du Fonds Vert correspondent donc à 2/3 de l’aide internationale aux pays dits « en développement ». On rappellera à ce sujet qu’au début des années 1970, les pays du Sud avaient demandé aux pays de la Première industrialisation de verser 1 % de leur PIB pour les aider à se « développer ». Les pays du Nord avaient négocié à la baisse pour ne promettre que 0,7 %. Ce qu’ils versent actuellement (les 150 milliards de $) ne correspond qu’à la moitié de leur promesse (environ 0,35 % de leur PIB).

Dans ce contexte, alors qu’il manque tous les ans 150 milliards déjà promis en 1970, on voit mal comment les 100 milliards du Fonds Vert de 2009 vont être réunis. Une piste est bien sûr d’en faire payer une partie par les pays dits « émergents ». Lors de l’ouverture de la COP21, la Chine s’est d’ailleurs engagée à y participer. Mais l’OCDE a eu une idée nettement plus surprenante. Cette organisation a publié un rapport en octobre 2015 indiquant que ses pays membres « verseraient déjà » depuis des années environ 60 milliards de $ par an au titre de la lutte contre le réchauffement climatique. De quoi s’agit-il ? Simplement d’un rhabillage d’une partie de l’argent versé au titre de l’APD (les 150 milliards précédents). Alors que les engagements de la conférence de Copenhague correspondaient à 100 « nouveaux » milliards par an, l’OCDE voudrait donc faire croire qu’il n’y aurait plus que 40 milliards à trouver...

De tels calculs sont-ils autre chose que minables ? Au lieu de chercher à trouver comment réunir cet argent, les économistes de l’OCDE préfèrent passer leur temps à inventer des subterfuges pour que leurs pays membres aient le minimum à payer.

Mais au fait, on n’a pas vraiment répondu à la question : « 100 milliards de $, est-ce beaucoup ? »

Dans les années 2010, 5300 milliards de $ sont échangés chaque jour sur le marché des changes de devises (qui n’est qu’un parmi d’autres grands marchés financiers), soit 1,9 million de milliards de $ par an. Il suffirait donc de 0,005 % de cette somme pour alimenter le Fonds Vert, d’où d’ailleurs les projets du type taxe « Tobin » que défend notamment ATTAC depuis 1998.

Mais si l’on va plus loin, il aurait suffi de 0,007 % de cette somme pour atteindre les objectifs du Millénaire que s’était fixé l’ONU en 2000 pour 2015... Pourquoi cet argent n’a-t-il pas été dégagé ? Pourquoi aucun chef d’Etat du Nord n’a t-il eu le courage de taper du poing sur la table pour dire : ça suffit ! On ne peut pas laisser des milliards d’êtres humains dans la détresse, alors qu’il suffit de taxer les marchés financiers de quelques millièmes de pourcents pour résoudre une majeure partie de leurs souffrances.

Et, soyons un tout petit peu idéalistes !, que pourrait devenir la planète si les puissants tapaient encore plus fort sur la table et décidaient de taxer le marché des changes non plus à 0,007 % mais à 0,1 % ? On aurait alors à la disposition du monde 1900 milliards de dollars par an, de quoi alimenter largement le Fonds Vert et répondre à l’ensemble des problèmes des pays du Sud.

 

Attention... Réunir cet argent ne serait qu’une première étape. Il faudrait encore voir qui le gérerait et comment il serait utilisé. Mais n’est-il pas vraiment affligeant pour ne pas dire pitoyable de voir les dirigeants de la planète faire comme si c’était un casse-tête de réunir 100 milliards de dollars ?

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