Flashé à 390 km/heure sur autoroute !

Si quelqu’un était pris au volant à 390 km/h, soit trois fois la vitesse autorisée sur une autoroute, toute la France serait en émoi. Le Président lui-même interviendrait sans doute pour dénoncer cet irresponsable mettant en péril la vie d’autrui. En ce 5 mai 2018, au vu de leur mode de vie, les Français auraient besoin de trois planètes, et cela laisse la plupart des gens indifférents.

L’analogie entre vitesse et mode de consommation est intéressante car elle est parlante pour tous. N’importe qui comprendra que rouler à 390 km/h sur autoroute n’est pas tenable. Le moindre écart, le plus petit imprévu et ce serait un accident mortel pour le conducteur, ses passagers et les malheureux automobilistes se trouvant dans leur sillage.

Or, en ce 5 mai 2018, la nouvelle que le mode de consommation français nécessiterait trois planètes Terre ne perturbe presque aucun journaliste, ni ceux qui les écoutent. Tout le monde sait pourtant que l’on n’a pas de planète B, et donc a fortiori de planète C. Le Président Emmanuel Macron s’est lui-même plu à le rappeler au Congrès des États-Unis lors de sa visite à Donald Trump il y a dix jours.

Comme maigre consolation, les journalistes français avancent qu’il y a pire. Le mode de vie nord-américain nécessiterait quant à lui cinq planètes Terre. Comme si le fait que certains roulent à 650 km/h rendait moins dangereux ceux qui vont à 390 km/h !

Les dirigeants français ont bien conscience de ces risques, et depuis longtemps. Dès 2005, un groupe de travail « Facteur 4 » a été mis en place par les ministères de l’Économie et de l’Environnement pour réfléchir à comment diviser par quatre nos émissions des gaz à effet de serre, qui impactent gravement sur la planète. Mais quasiment personne n’en parle.

Et si l’on veut respecter l’Accord de Paris de la COP21, il faudra parvenir à zéro carbone fossile à l’horizon 2050/2060, c’est-à-dire ne plus utiliser de charbon, de pétrole, ni de gaz à l’échelle mondiale, une perspective à laquelle nos dirigeants ne nous préparent absolument pas.

Ailleurs et partout, de plus en plus de chercheurs et de lanceurs d'alertes soulignent la gravité de la destruction des forêts tropicales, de la surpêche, de la diffusion massive et mal contrôlée des produits de la chimie de synthèse, des menaces de la fausse solution du nucléaire, des risques de la manipulation du vivant et d’une 6ème extinction de la biodiversité… Mais nos dirigeants ne savent plus comment ralentir la machine. Ils ne savent que réclamer toujours plus de croissance. Et la population, effrayée par la perspective du chômage, a perdu le sens des réalités.

Alors continuons à rouler à 390 km/h…

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