The Wandering Earth: avons-nous une planète B?

Le film chinois The Wandering Earth (La Terre errante) n’est pas vraiment un film sur le réchauffement climatique contemporain. De fait, le problème provient du Soleil dont une augmentation d’activité menace de rendre la Terre invivable en un siècle, ce qui oblige à chercher une autre étoile. Le parallèle est cependant frappant. Peut-être est-ce pour cela que Netflix en fait si peu la promotion ?

The Wandering Earth est loin de n’avoir que des qualités, notamment dans le jeu et la psychologie des acteurs. L’histoire a cependant aussi des qualités et elle est au final invraisemblable que celui de beaucoup de film catastrophe hollywoodien tels que 2012, dans lequel une énorme éruption solaire provoquait des bouleversements géologiques majeurs jusqu’à remodeler totalement la surface de la Terre.

Si l’on accepte que les technosciences permettent construire un jour des milliers de moteurs capables de déplacer notre planète dans l’espace, le scénario de The Wandering Earth peut même être considéré comme bien moins abscons que celui du film 2012, qui a obtenu un succès mondial au box-office alors qu'il accumulait pourtant les absurdités et les incohérences à un niveau rarement atteint au cinéma.

The Wandering Earth multiplie à ce titre les clins d’œil à ce type de films. On pense bien sûr à Armageddon, où Bruce Willis devait sauver la Terre d’un énorme astéroïde menaçant de la briser, et un peu à Independance Day, même s’il n’y a pas l’Aliens dans The Wandering Earth. En effet, une des idées du film est de montrer qu’une grande nation prête au sacrifice peut surmonter les pires des dangers, en agrégeant incidemment autour d’elle les autres pays. Sauf qu’on a l’habitude que ce soit les Etats-Unis. Ici, c’est clairement la Chine qui mène le jeu, vaguement aidée par quelques Russes et Indonésiens, avec une ONU bloquée dans ses contradictions, et des Américains qui n’apparaissent que fugitivement en toile de fond, en même temps que beaucoup d’autres nations marginalisées.

À côté de cette première « revanche » filmique de la Chine, qui préfigure les batailles médiatiques à venir pour le leadership culturel mondial, le plus intéressant reste sans doute le lien que l’on peut établir avec le réchauffement climatique provoqué par les gaz à effet de serre.

Certes, ce lien n’est pas évoqué dans le film, mais on pourrait tout à fait transposer la cause du problème sans modifier énormément le scénario. On se trouverait alors en face d’une expérience de géoingénierie désespérée visant à diminuer l’impact du réchauffement non pas en modifiant les activités humaines (comme nous nous en montrons actuellement incapables), mais en éloignant notre planète du Soleil. En quelque sorte, cela reviendrait à faire de la Terre une « planète B ».

Si l’on y prête un peu attention, c’est sur ce dernier point que le film fait le plus réfléchir.

Dans The Wandering Earth, pour parvenir à « sauver la Terre », les gouvernements doivent sacrifier la moitié de la superficie de la planète et une grande partie de la population. Quelques scènes laissent penser que des milliards d’humains ont péri, tandis que les survivants ont dû se réfugier sous terre, sans espoir de revoir le ciel avant des dizaines de générations.

Ainsi, le film fait prendre conscience du leurre que constitue l’espoir d’essaimer dans les étoiles pour « sauver notre espèce ». Même avec une technologie bien plus avancée que la nôtre, il faudrait des milliers d’années pour atteindre un autre système planétaire, et sans aucune garantie qu’il s’avère vivable... Et on n’ose même pas imaginer le nombre très limité de personnes pouvant s’embarquer à bord de quelques fusées...

Cela peut faire penser à un autre film de science-fiction bien mieux conçu et réalisé : Interstellar, de Christopher Nolan, dont l’intrigue était également basée sur l’idée que la Terre devenant inhabitable, il fallait partir « ailleurs ». Sauf que l’humanité s’en trouvait bien incapable, jusqu’à ce que de mystérieux êtres (des Aliens ? Nos descendants dans le futur ?) viennent nous aider.

Interstellar finissait en happy end, ce qui a sans doute aussi contribué à son succès, alors que par-delà les réserves scientifiques sur la faisabilité du déplacement de la Terre entière dans l’espace, The Wandering Earth montre bien que l’avenir pour échapper à la détérioration de notre environnement risque d’être particulièrement difficile et coûteux en vies humaines. À moins d’espérer que des Extraterrestres ne viennent nous aider comme dans Interstellar ?

Bref, par-delà le « divertissement », The Wandering Earth peut faire prendre conscience qu’on ne dispose finalement que d’une planète, qu’il sera difficile de la déplacer, et qu’il y a urgence à résoudre les problèmes environnementaux hypothéquant son avenir en même temps que celui des jeunes générations.

Mais qui a vraiment envie de prendre conscience de cela ?

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles Netflix fait finalement aussi peu la promotion de The Wandering Earth, et aussi une des raisons pour lesquels le film risque d’avoir moins de succès qu’il ne le mériterait au final, notamment auprès du public d’amateurs de science-fiction habitués aux fins hollywoodiennes.

Mais sait-on jamais ?

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