Vers 3,5 milliards de réfugiés climatiques dans 50 ans ?

Une étude publiée dans la prestigieuse revue de l’Académie des Sciences des Etats-Unis (PNAS), révèle que sans changements majeurs de comportements, il pourrait y avoir 3,5 milliards de réfugiés climatiques d’ici 2070. Pourtant, même s’il s’agit de l’information la plus médiatisée, ce n’est sans doute pas la pire nouvelle que contient cet article.

Toute modélisation porte une part d’incertitude, mais l’article « Le futur de la niche climatique humaine » de la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) a le mérite de réfléchir aux zones de la planète risquant d’être le plus impactées d’ici cinquante ans et selon plusieurs scénarios.

Globalement selon le scénario « business as usual », c’est-à-dire sans changement de modes de vie des sociétés techno-industrielles et de consommation de masse (soit la projection RCP 8.5 du GIEC), environ 3,5 milliards de personnes, soit 30 % de la population de 2070, seraient concernées.

Les cyniques pourront sans doute dire qu’elles se trouveraient surtout dans les pays des Suds, mais cela concernera aussi une grande partie des Etats-Unis, de l’Europe du Sud et de l’Australie. En outre, Il serait naïf de croire que des populations condamnées par centaines de millions par des bouleversements climatiques resteraient mourir chez elles. Elles seront forcément tentées de migrer en masse, quitte à utiliser des armes lourdes, y compris atomiques, car certains pays comme la Chine, l’Inde ou le Pakistan en sont dotés.

Cela montre bien à quel point il est urgent d’agir et à quel point ceux qui prétendent que « ce ne serait pas si graves » sont des irresponsables criminels.

Mais il y a une autre information dans cet article, dont peu de gens ont mesuré la gravité.

Dans l’hypothèse la plus vertueuse (que l’on a de moins en moins de chance de parvenir concrétiser), du scénario RCP 2.6, qui correspond aux engagements de l’Accord de Paris, soit un réchauffement d’au plus +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, il y aurait quand même 1,5 milliard de réfugiés climatiques d’ici 50 ans, soit 13 % de la population mondiale projetée en 2070.

Cela signifie donc clairement qu’il n’est plus question d’ « arrêter le réchauffement climatique », mais plutôt d’essayer de limiter les dégâts en réduisant au plus vite les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi d’anticiper et de gérer au mieux des crises majeures qui vont arriver.

Ainsi, il va falloir également se méfier des plans qui promeuvent une transition énergétique, s’ils considèrent que le monde pourrait « simplement » passer des énergies fossiles à l’électrique. Par exemple, la Terre du milieu du XXIe siècle sera un monde où canicules et sécheresses alterneront de plus en plus avec inondations et événements extrêmes, donc un monde où le nucléaire ne sera plus une alternative, mais une source de risques majeurs.

La principale leçon de cet article est donc qu’il faut cesser de rêver à une transition douce, et se préparer sérieusement à des lendemains difficiles, pour qu’ils ne deviennent pas des demains impossibles.

 https://www.pnas.org/content/pnas/early/2020/04/28/1910114117.full.pdf

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