Plan Climat 2017 : de grandes ambitions non sans ambiguïtés

Le Plan Climat, sous-titré « 1 planète, 1 plan » présenté le 6 juillet 2017 par Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, ne manque pas d’ambitions. Il n’est pas dénué non plus d’ambiguïtés, de flou ou de non-dits, qui montrent que le chemin est encore long avant d’arriver à des objectifs concrets débarrassés de vieilles conceptions et des pressions des lobbies.

En préambule, on pourra regretter que l’axe 1 du Plan Climat mette en avant l’adoption du « Pacte mondial pour l’environnement », dont on a vu le caractère pitoyable dans un précédent billet.

On pourra aussi être surpris par l’absence totale de référence au « nucléaire », alors que chacun sait que c’est un enjeu important du débat, comme l’ont notamment montré les membres de l’association de négaWatt.

Mais plutôt que d’être négatif, efforçons-nous de regarder la moitié pleine du verre.

D’abord, voilà un texte de 20 pages dont a presque disparu la notion si biaisée de « développement durable ».

N’est-ce pas une preuve que même ses anciens promoteurs commencent à se rendre compte à quel point cette expression est devenu ridicule ? Son unique occurrence explicite se trouve en page 10, où il est question de faire de la France « la référence mondiale en matière de développement durable ». Sans doute la dimension internationale a-t-elle obligé les rédacteurs à faire cet accroc à l’ « oubli » de cette expression, qui continue de proliférer par ailleurs dans les documents onusiens.

Sinon, voilà enfin un plan qui fixe un objectif clair et cohérent par rapport aux conclusions de la COP21 et de l’Accord de Paris : atteindre la « neutralité carbone » en France en 2050. Cela signifie que d’ici une trentaine d’années, il ne faudra plus rejeter du tout de carbone fossile (ni charbon, ni pétrole, ni gaz) ou alors trouver des moyens de le capter. Jusqu’alors, seule la Suède avait pris un tel engagement (même légèrement plus ambitieux, puisque ce pays a retenu l’année 2045).

Quand on sait que la consommation d'énergie en France se répartit en 71% pour les fossiles (pétrole, gaz, charbon), 18% pour le nucléaire et 11% pour les différentes énergies renouvelables, on perçoit l'ampleur de la dépendance dont il va falloir se débarrasser..

A ce titre, le Plan Climat 2017 fait preuve d’une vision assez centrée sur les changements et les innovations techniques, mais il accorde aussi une place non négligeable au social, en se proposant notamment de travailler avec et au cœur des territoires, afin de favoriser la transition énergétique, la rénovation des bâtiments, les circuits courts, l’agriculture durable, l’économie circulaire, tout en luttant contre l’artificialisation des sols.

Certes, ce n’est pas (encore ?) la décroissance et l’optique reste celle de la « croissance verte » (autre avatar du « développement durable »), mais il est quand même question de laisser les hydrocarbures dans le sol en France, tandis que les approches évoluent avec la mise en valeur du recyclage, de l’autoconsommation et de la recherche de modes de production responsable…

Le texte annonce aussi des avancées importantes, particulièrement en terme de fiscalité, puisqu’il reconnaît qu’un prix pour le carbone de 100 € par tonne d’ici 2030 est insuffisant pour atteindre les objectifs de la COP21, que ce soit au niveau national comme pour l’aide promise aux pays des Suds (sans toutefois préciser s’il s’agit de la tonne de carbone ou de CO2, ce qui n’est pas la même chose...).

Bref, par-delà les non-dits ou le flou, les grandes lignes esquissées montrent la bonne direction, ce dont on ne peut que se réjouir.

Reste à voir ce qui va en sortir concrètement face aux groupes de pression et aux lobbies, car c’est là que les choses risquent de se compliquer.

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