XR et YFC: 2 facettes d’une (re)prise de conscience des menaces sur l’environnement

Extinction Rébellion (XR) et Youth for Climate (YFC) sont nés en 2018 dans un contexte de (re)prise de conscience de l’urgence environnementale, qui avait été étouffée par les fausses promesses du « développement durable ». Les jeunes n’ont pas encore forcément tous saisi à quel point cette notion est trompeuse, mais ils ont compris qu’ils avaient été trompés sur la gravité de la situation.

XR (Extinction Rébellion) et YFC (Youth for Climate, le mouvement initié par Greta Thunberg) sont apparus peu après la publication dans la revue de l’Académie des sciences américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) en août 2018 d’un article qui annonçait le risque que la Terre ne soit entraînée inexorablement vers un scénario de « planète étuve », si les émissions de gaz à effet de serre n’étaient pas très rapidement réduites. Ce scénario pourrait amener la Terre à ne plus pouvoir permettre la survie que d’un milliard d’êtres humains sur les presque huit milliards actuellement.

Cette conscience de la gravité n’est pas nouvelle. On la trouve par exemple en 1972 lors de la 1ère conférence de l’ONU sur l’Environnement :

« Les exemples de dommages, de destructions et de dévastations provoqués par l’homme se multiplient sous nos yeux en de nombreuses régions du globe : on constate des niveaux dangereux de pollution de l’eau, de l’air, de la terre et des êtres vivants ; des perturbations profondes et regrettables de l’équilibre écologique de la biosphère ; la destruction et l’épuisement de ressources irremplaçables ; enfin de graves déficiences qui sont dangereuses pour la santé physique, mentale et sociale de l’homme, dans l’environnement qu’il crée, et en particulier dans son milieu de vie et de travail. […]

Dans les pays industrialisés, les problèmes de l’environnement sont généralement liés à l’industrialisation et au développement des techniques. […] L’homme a le devoir solennel de protéger et d’améliorer l’environnement pour les générations présentes et futures ».

 On la retrouve dix ans plus tard dans la Charte la Nature édictée par l’ONU en 1982 :

« La dégradation des systèmes naturels qui résultent d’une consommation excessive et de l’abus de ressources naturelles, ainsi que de l’incapacité d’instaurer parmi les peuples et les Etats un ordre économique approprié, conduit à l’effondrement des structures économiques, sociales et politiques de la civilisation »...

 Qu’est-ce qui a empêché d’agir en 1972, puis en 1982, et depuis ? Il y a indéniablement le refus de certains Etats et des grandes entreprises, en position de domination ou de force, de partager équitablement des ressources limitées et fragiles de la planète. C’est le volet politique et matériel de ce blocage, mais il y a aussi le volet conceptuel, avec l’invention du « développement durable » (via le rapport Brundtland en 1987) qui a laissé croire depuis trente ans que tous les pays du monde pourraient aller vers les modes de consommation de ceux de l’Occident et du Japon.

Cet écran de fumée dangereux (pour ne pas dire criminel ?) induit par le « développement durable » continue de fonctionner pour certains, mais nombre d’autres commencent à voir les limites de cette expression, ou du moins les limites de sa promesse implicite d’extension de la consommation de masse à tous les Terriens sans impacter très gravement l’environnement mondial.

Les jeunes (et les moins jeunes) qui soutiennent XR et YFC ont compris que c’est désormais l’avenir de l’humanité et plus largement de biodiversité et de la vie sur Terre qui sont en cause. Certains pensent (ou espèrent) que ces mouvements pourraient s’essouffler au bout de quelques mois. Mais quand les gens perdent tout espoir dans les illusions d’avenir radieux que leur promettent les dirigeants, qu’est-ce qui peut les arrêter, en dehors d’un changement radical qui restaure les chances d’avoir un futur viable ?

Vu l’état de la planète, de nouvelles fausses promesses comme en 1972, ou en 1982, ou 1987 ne suffiront pas. Il va falloir des changements profonds et ces changements ne se feront sans doute pas sans heurts ni troubles. Ils pourraient même dériver vers des violences incontrôlables. Eviter ces dérives et surtout assurer un futur aux jeunes va en tout cas nécessiter une remise à plat sans précédent de nos sociétés, qui relativise notamment l’importance de la richesse « économique » et de la consommation, pour aller vers des valeurs privilégiant la résilience et la simplicité.

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