Intérêt et biais du rapport du GIEC SR15

Le rapport du GIEC SR15 sur la différence entre un réchauffement de +1,5°C ou +2°C en 2100 a été approuvé le 7 octobre 2018. Il montre des objectifs clairs, mais présente un biais structurel, en comparant seulement deux scénarios : extrêmement vertueux et hyper vertueux. C’est un peu comme si on évaluait la différence de gravité d’un accident sur autoroute en roulant à 45 ou à 50 km/h.

Le rapport du GIEC SR15 est une étape majeure dans l’avancée de la réflexion vers les changements de comportements nécessaires. Il montre notamment qu’un réchauffement planétaire global de +2°C sera nettement plus grave que beaucoup ne le pensent, et qu’il faut tout faire pour le limiter à +1,5°C.

En un peu plus précis, cela confirme au final ce qu’on savait déjà depuis le rapport de 2014, qui a permis de déterminer l’objectif de l’Accord de Paris de décembre 2015.

Il faut à ce titre préciser que ces deux seuils ne peuvent être atteint que via le scénario RCP2.6 du GIEC, que beaucoup avaient qualifié à l’époque d’ « irréaliste ». Ce nouveau rapport SR15 de 2018 permet de mieux mesurer pourquoi. En effet : maximum +1,5°C suppose que l’on parvienne à zéro carbone fossile en 2050, tandis que maximum +2°C implique que le zéro carbone soit atteint d’ici 2065. Et dans les deux cas, il faudra aussi capter du carbone de l’atmosphère par la suite.

Ce rapport ne nous met donc pas en face de deux véritables « options », mais d’un seul objectif : faire tout notre possible pour viser le « zéro carbone fossile » en 2050, sachant qu’il risque d’y avoir des dérapages ou des soucis qui retarderont les échéances.

Un des défauts structurels de ce rapport est toutefois de ne pas montrer l’ampleur des changements que cela suppose, car même avec les engagements non négligeables de l’Accord de Paris en 2015 (avant le retrait des Etats-Unis), la trajectoire menait plutôt vers +3°C, voire plus.

Il y a donc encore beaucoup d’efforts à faire si l’on veut sérieusement atteindre le maximum +1,5°C. Dans ce contexte, le rapport aurait mieux fait d’insister plus sur ce qui arrivera si on continue vers +3°C voire au-delà (+4°C à +5°C pour le business as usual).

Pour prendre une comparaison automobile, c’est un peu comme si on se trouvait sur une autoroute dont la vitesse autorisée était jusqu’alors de 130 km/h et qu’on disait : dorénavant il va falloir s’efforcer de rouler à 45 km/h et pas plus que 50 km/h, car au-delà les accidents deviennent trop meurtriers ; ou alors, on maintient la vitesse, mais on supprime deux voitures sur trois…

J’ai conscience du caractère « démotivant » d’une telle comparaison. Beaucoup, vont hausser les épaules et dire : « ce n’est pas possible » ou « ce n’est pas réaliste ». Pourtant, par-delà les limites de cette analogie, il n’y a qu’en prenant la mesure de l’ampleur des enjeux et des défis que l’on parviendra à tenir les engagements.

Si (comme ont tendance à le faire les gouvernements et la plupart des médias) on continue à infantiliser la population mondiale (en lui faisant croire que ce sera « facile »), on peut être quasiment sûr qu’on n’y arrivera pas.

Et ceux qui auront besoin d’aller plus vite pourront toujours prendre le train quand ce sera vraiment nécessaire…

 http://report.ipcc.ch/sr15/pdf/sr15_spm_final.pdf

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