E. Macron et le réchauffement climatique

Beaucoup d’écologistes ont critiqué Emmanuel Macron à propos de la place insuffisante accordée à l’environnement dans son programme. Plusieurs de ses déclarations sur le réchauffement climatique donnent néanmoins quelques espoirs. Saura-t-il faire mieux que F. Hollande, N. Sarkozy et J. Chirac ?

« Nous ferons de la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat une des priorités de notre action internationale. Parce que l’accord de Paris nous oblige, nous avons la charge de veiller à ce qu’il soit respecté par tous ».

Telle est la position officielle d’Emmanuel Macron à propos de la politique à tenir face à la menace du réchauffement climatique, que l’on peut notamment trouver sur le site du mouvement En Marche :

https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/environnement-et-transition-ecologique

Par-delà les réserves de pas mal d’écologistes, une telle déclaration aurait de quoi donner de l’espoir, d’autant qu’elle fait suite à plusieurs interventions sur le sujet. 

Le 9 février 2017, Emmanuel Macron avait posté une vidéo en anglais sur son compte Twitter invitant les chercheurs américains sur le climat à venir en France face à l’attitude climatosceptique de la haute administration américaine depuis l’élection de Donald Trump.

Lors du débat avec Marine Le Pen, le 3 mai 2017, il avait aussi évoqué le sujet, certes brièvement, mais compte tenu de la tension et des contraintes temporelles des discussions centrées sur l’économie et la sécurité, c’était quand même notable.

Surtout, dans son 1er discours au soir de son élection, le 7 mai 2017, Emmanuel Macron a déclaré : « Je dis à leurs dirigeants [de toutes les nations du monde] que la France sera présente et attentive à la paix, à l’équilibre des puissances, à la coopération internationale, aux respects des engagements pris en matière de développement et de lutte contre le réchauffement climatique ».

Le fait qu'il ait inséré dans son premier discours cet engagement à lutter contre le réchauffement climatique et notamment à respecter l’Accord de Paris issu de la COP 21 est très important. Mais cela se concrétisera-t-il en faits ? 

On se souviendra de la déclaration de Jacques Chirac en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », lors de la conférence Johannesburg. Mais il n’y a guère eu d’avancée jusqu’à la fin de son mandat en 2007.

Son successeur à la Présidence de la République, Nicolas Sarkozy, avait été encore plus spectaculaire puisqu’il avait déclaré lors de son premier discours en mai 2007 : « Je ferai de la défense des droits de l’homme et de la lutte contre le réchauffement climatique les priorités de l’action diplomatique de la France dans le monde ». Nicolas Sarkozy avait réitéré cette promesse en octobre 2007 lors d’une conférence de l’ONU en affirmant qu'il fallait à tout prix éviter de dépasser +2°C par rapport à l’époque préindustrielle, et que :« Ne rien faire ne serait rien d’autre que criminel au regard de l’avenir de la planète ».

Et puis de renoncements en renoncements, N. Sarkozy avait finit par déclarer que l’environnement « ça commence à bien faire »…

François Hollande aura-t-il fait preuve d’un investissement plus concret ?

Certes, il restera le Président de la COP21 et de l’Accord de Paris en décembre 2015. Sans lui (et celles et ceux à qui il avait confié le dossier), il n’est pas sûr que la conférence aurait abouti à l’engagement de ne pas dépasser +2°C. Reste que deux travers ou implicite de cet accord ont été très peu relevés : il laissait un délai de cinq ans avant d’agir (décision discutable face à l’ « urgence » reconnue) et surtout aucun politique n’a vraiment indiqué ce que ça allait nécessiter. En fait, ne pas dépasser +2°C signifie ne plus rejeter de CO2 fossile à l’horizon 2070/2080, c’est-à-dire moins qu’avant la Révolution industrielle. A ce jour, seule la Suède a inscrit un « zéro carbone » fossile pour 2050 dans ses obligations nationales. Aucun autre pays ne l’a fait, pas plus la France que les autres. D’ailleurs depuis décembre 2015, la France a semblé « oublier » le réchauffement climatique. La COP22 à Marrakech n’a quasiment jamais été évoquée par les politiques et les médias.

Et que dire des renoncements des derniers mois, où le gouvernement de François Hollande a laissé les USA faire pression pour qu’aucune mention au réchauffement climatique ne soit faite dans les déclarations finales de grandes réunions comme celles du FMI ou de G20 ? Est-ce comme cela que la France s’engage sur le climat ?

En ce 9 mai 2017, deux jours après son élection, laissons à Emmanuel Macron la chance de prouver qu’il n’est pas un beau parleur de plus. Le climat serait d’ailleurs avec le terrorisme les deux principaux sujets sur lesquels il se serait entretenu hier au téléphone avec le Président Donald Trump.

Les enjeux sont immenses et la tâche d’une ampleur sans précédent, mais n’oublions pas que, par-delà le présent, les générations futures sauront se souvenir. L’histoire saura faire la part entre ceux qui se sont contentés de belles paroles, et ceux qui auront agi à la hauteur de la gravité de la situation.

 En tout cas, c’est à Emmanuel Macron que va échoir la « patate chaude » car le début de la mise en œuvre de l’Accord de Paris est prévu en 2020.

Les implications de l'Accord de Paris Les implications de l'Accord de Paris

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