Interpol : recherche-t-on les pires criminels contre l’environnement ?

Interpol a lancé en juin 2019 un appel pour attraper sept criminels contre l’environnement. Mais cette institution ne s’est-elle pas trompée de cible ? Les pires criminels contre l’environnement ne sont-ils pas ceux qui dirigent l’économie mondiale et contribuent par leurs actions, ou leur inaction, à laisser la planète se dégrader à un rythme sans équivalent dans l’histoire de l’humanité ?

 

Les sept fugitifs recherchés actuellement activement par Interpol sont probablement des personnes sans scrupules, qui ont participé à des trafics criminels d’espèces menacées, et sans doute aussi à bien d’autres activités répréhensibles.

Toutefois, à bien y réfléchir, sont-ils vraiment les pires criminels contre l’environnement ?

Que dit à ce propos la Cour pénale internationale (CPI), qui s’est déclarée compétente en 2016 pour juger les crimes contre l’environnement ?

La CPI les a défini en ces termes : « crimes impliquant ou entraînant des ravages écologiques, l’exploitation illicite de ressources naturelles ou l’expropriation illicite de terrains ». Ces crimes, que l’on pourrait qualifier d’écocides, peuvent désormais être assimilés à des crimes contre l’Humanité.

Dans ce contexte, les pires criminels contre l’environnement ne sont-ils plutôt les responsables mondiaux qui, par leurs actions ou leur inaction, provoquent une dégradation de la planète sans équivalent dans l’histoire de l’humanité ?

Combien d’espèces ont disparu sous le coup des agissements des sept criminels recherchés par Interpol en juin 2019 ? Et combien d’espèces ont disparu, disparaissent et disparaîtront à cause de la déforestation tropicale, des pollutions, des dérèglements climatiques… ?

On pourrait bien sûr incriminer les dirigeants du G7, mais aussi ceux des pays des Suds qui laissent disparaître leur environnement, ou les responsables de grandes institutions ou sociétés pétrolières, industrielles, chimiques… dont l’impact sur la biodiversité ou le climat sont bien plus graves que ceux de la plupart des personnes recherchées.

N’est-il pas temps de dresser une liste de ces criminels de « haut niveau », une liste dont ils ne seraient retirés que lorsqu’ils auraient changé les pratiques de leur pays, de leur institution, ou de leur société pour qu’elles cessent de constituer une menace pour l’environnement ?

 

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