Zone 51, Bob Lazar, les Aliens et nous

"Bob Lazar : Zone 51 et soucoupes volantes" est un documentaire sur Netflix centré sur celui qui a affirme avoir participé en 1989 à des recherches secrètes sur des technologies extraterrestres. À 10 jours d’une possible invasion via l’événement Facebook "Storm Area 51", c’est l’occasion de réfléchir aux implications de cette zone, près de laquelle j’ai eu la chance de me rendre l’été dernier.

Tout d’abord, il faut être vraiment très intéressé par les phénomènes ufologiques pour regarder ce documentaire d’1h30 jusqu’au bout, car il traîne en longueur. Comme beaucoup de docu-fictions contemporains, il aurait gagné à être restructuré et réduit de moitié, plutôt que de faire subir aux spectateurs le parcours sinueux d’une enquête aux nombreuses redondances, voire invraisemblances.

Ensuite, le déroulé est émaillé d’incrustations avec des images psychédéliques et une voix-off laissant imaginer qu’il y aurait de grands mystères à la « X-files » teintée de New-Age, ce qui ne peut que convaincre ceux qui ont des doutes qu’il s’agit d’un grand n’importe quoi.

Pourtant, plusieurs éléments du documentaire ne sont pas inintéressants et particulièrement les témoignages de Bob Lazar et de quelques-uns de ses proches, mais ils auraient dû être structurés différemment et approfondi avec plus de sérieux.

En effet, ce chercheur assure avoir étudié au California Institute of Technology ainsi qu'au MIT, alors que ces institutions affirment n'avoir aucune trace de lui. Toutefois, le seul argument du documentaire est que les autorités américaines auraient « effacé les preuves » pour le discréditer après qu’il ait révélé l’existence d’artefact aliens dans la Zone 51 (ou plus exactement dans la zone S 4 à proximité).

Comment peut-on se contenter d’un argument aussi faible ? Faire des études supérieures laisse des traces : courriers, relevés de notes, diplômes, photos, témoignages de camarades de promotions, de personnels administratifs et d’enseignants… Les traces peuvent à la limite être effacées dans les archives des établissements, mais pas chez tous les particuliers, y compris dans leurs souvenirs. Là, les enquêteurs se montrent vraiment amateurs ou peu exigeants.

On pourrait aussi discuter des « révélations » sur ce que Bob Lazar aurait fait et vu dans les Zones 51 et S4, car cela reste quand même très ténu et souvent flou, voire peu crédible. Par exemple, son explication de la manière dont les Aliens découperaient les plaques de l’élément 115 à partir de cylindres n’est pas cohérente avec le reste de ses déclarations. Il y a donc des choses qui ne tiennent pas debout dans cette histoire. Cependant, pour aller plus loin, attachons-nous au personnage de Bob Lazar, car l’intérêt du documentaire est de l’avoir filmé récemment.

Alors qu’il n’avait que 30 ans lors de ses « révélations » à la presse internationale en 1989, le voir raconter et maintenir sa version à l’approche de la soixantaine donne une dimension plus humaine à ses dires qui présente avec des marques réelles de sincérité. À l’issue du visionnage, on est amené à émettre trois grandes hypothèses :

1) Bob Lazar aurait inventé l’histoire pour faire un coup médiatique, qui a eu un succès mitigé en dehors des milieux ufologues, mais qu’il continue à défendre ;

2) Bob Lazar aurait vraiment travaillé sur des technologies aliens, et serait victime d’un complot d’Etat ;

3) Bob Lazar croirait réellement avoir travaillé sur des technologies aliens, mais il aurait été manipulé par les services secrets américains (faux documents, hypnose…).

Chacune des deux premières a des partisans inconditionnels, que quasiment aucune argumentation n’a de chance de faire changer d’avis. Alors intéressons-nous plutôt à la troisième.

Qu’il ait été diplômé ou non du MIT dans années 1980, Bob Lazar était au mieux un chimiste et un électronicien un peu extravagant et passionné d’explosifs. Pourquoi l’armée aurait-elle recruté une personne apparemment pas hyper fiable pour travailler vraiment sur des projets top-secrets dépassant visiblement ses compétences scientifiques, sans au moins une longue période probatoire (ce qui vu les dates n’a pu être le cas) ?

Cela amène à plusieurs sous hypothèses pas forcément mutuellement exclusives :

3.1) L’armée chercherait à discréditer les gens s’intéressant à une base secrète qui sert à des vols d’essais d'engins expérimentaux. C’est plausible dans la mesure où après avoir nié l’existence de la Zone 51 jusqu’en 2013, les autorités américaines ont reconnu qu'elle existait et qu’elle avait notamment servi aux vols d’essai de l’avion espion Lockheed SR-71 et du chasseur furtif Martin F-117 Nighthawk. Mais dans ce cas, pourquoi lui donner de la publicité en mettant de drôle d’idées dans la tête d’un jeune homme un peu extravagant ?

3.2) L’armée chercherait à discréditer les gens s’intéressant aux Aliens, y compris par rapport aux rumeurs qu’il y aurait des corps non-humains et des technologies venues d’ailleurs dans la Zone 51. C’est dans la lignée des pratiques de débunkage des services secrets, mais une nouvelle fois, c’est à double tranchant car cela ne peut qu’attirer l’attention et nourrir des théories du complot.

3.3) Les Aliens pourraient jouer un rôle moins passif qu'ils n’en ont l’air dans cette histoire.

S’ils n’existent pas, la question est réglée. Mais s’ils existent, alors on peut s’interroger sur leurs relations avec les Etats-Unis. Leur technologie étant forcément très avancée, ils n’auraient pas besoin d’une bande de Naruto runners pour venir récupérer des débris de soucoupes volantes que les Américains auraient récupéré à Roswell ou ailleurs, même dans une base très bien gardée. Et connaissant les tropismes guerriers des Américains (guerres du Vietnam, d’Afghanistan, du Golfe…), si les Aliens voulaient des contacts avec des humains, pourquoi collaboreraient-ils avec les Etats-Unis plutôt qu’avec les Nations Unies ou la communauté scientifique ?

Toujours si les Aliens existent, cela amène à encore d’autres questions :

Pourquoi ne veulent-ils pas révéler officiellement leur existence ?

Sont-ils composés d’un seul peuple ou de plusieurs ? (cela pourrait expliquer des divergences de comportements)

Ne serait-ce pas eux qui auraient manipulé Bob Lazar ? Et si oui, pourquoi ?

Cela fait beaucoup de questions que « Storm Area 51 » a peu de chances de résoudre. En tout cas, une chose est sûre, s’ils existent et s’ils s’intéressent un minimum à nous, les Aliens feraient mieux de nous aider à surmonter les immenses défis environnementaux qui nous attendent, et notamment celui du réchauffement climatique, plutôt que de continuer à se cacher.

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