Notre-Dame-des-Landes : l’obstination absurde…

Dans un contexte post-COP21, et de doute face aux dérives de la mondialisation, le projet l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes apparaît désormais surdimensionné et nuisible. Mais il faudra probablement beaucoup de courage aux politiques pour finir par concéder que leur obstination est absurde. Ou devra-t-on attendre encore des drames, comme à Sivens ?

Conçu dans les années 1960 d’euphorie des trente années dites « glorieuses », l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été relancé dans les années 2000 dans un contexte de mondialisation non moins euphorique, avec le sentiment que le trafic aérien serait irrémédiablement croissant, que la course à la vitesse allait devenir la seule loi planétaire, incitant à construire de plus en plus de grands aéroports internationaux. En même temps, les centaines de millions d’euros investis aux frais des contribuables devaient servir à créer quelques poignées d’emplois temporaires, dans un pays qui ne sait gérer que par saupoudrage ou effets d’annonce la question structurelle du chômage. Comme s’il n’y avait pas des moyens plus soutenables de s’atteler au problème, en réfléchissant à d’autres modèles de sociétés.

Dans un contexte post-COP21, et de doute face aux dérives de la mondialisation, les responsables politiques devaient admettre qu’un tel projet est désormais surdimensionné et nuisible. Sauf à vouloir faire de Nantes un nouveau Pékin ou Shanghai, l’actuel aéroport serait tout à fait suffisant.

Face aux graves menaces du réchauffement climatique, même s’ils tardent encore à le reconnaître après des décennies de promotion d’une croissance aveugle, les dirigeants de la planète vont devoir acheminer leurs pays vers des économies plus sobres et moins émettrices en gaz à effet de serre. Cela passera notamment par l’arrêt des grands projets mégalomanes et par la réduction des secteurs ayant un mauvais bilan carbone, dont le trafic aérien. Certes, cela ne fera pas forcément plaisir au triangle ABC : Airbus, Boeing et Comac (le nouvel émergent chinois), mais on ne pourra pas continuer à avoir toujours plus d’avions dans le ciel, sous peine de rendre la planète invivable pour les générations futures.

Alors, la sagesse voudrait que le gouvernement abandonne au plus vite Notre-Dame-des-Landes et réaffecte l’argent prévu à des projets vraiment favorables à l’emploi et respectueux de l’environnement. Mais les politiques sont aussi piégés dans leurs querelles inter-partis, où la majorité préfère la plupart du temps s’arc-bouter pour défendre des décisions obsolètes ou contre-productives, plutôt que de concéder, avec intelligence et modestie, qu’un nouvel examen dépassionné des projets a montré qu’il y avait bien mieux à faire.

 Faudra-t-il donc que l’absurdité devienne criminelle ? Faudra-t-il que des morts s’ajoutent aux nombreux blessés avant que le gouvernement ne fasse preuve de discernement en mettant un terme au projet dépassé de Notre-Dame des Landes ? Comme à Sivens...

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