Didier Raoult : un climatosceptique face au Covid-19

Depuis des semaines, le Dr Raoult suscite les passions à propos du Covid-19 et de ses recommandations au sujet de l’hydroxychloroquine. Les effets de ce produit seront-ils plus positifs que négatifs ? À la mi-avril, les études ne permettent pas de le savoir. En revanche, les positions du Dr Raoult sur le réchauffement climatique montrent qu’on ne peut pas le qualifier de « grand scientifique ».

À la mi-avril, le Covid-19 a déjà provoqué plus de 125 000 décès depuis la fin de l’année 2019. À eux seuls, les États-Unis ont dépassé les 25 000 morts et la pandémie est loin d’être terminée, en dépit du dévouement sans faille des personnels soignants à travers le monde.

Le futur reste encore très inquiétant, et on ne peut que saluer la mobilisation de la recherche médicale planétaire pour s’efforcer de mettre au point un traitement ou un vaccin, tout en regrettant quand même qu’un effort similaire ne soit pas consenti pour bien d’autres fléaux parfois plus meurtriers.

Dans ce contexte les positions du Dr Raoult concernant le Covid-19 détonnent et interrogent, car elles donnent souvent plus le sentiment de relever de l’ « intuition » ou de la « conviction intime » que de la « recherche ». Ne qualifiait-il pas de catastrophistes dans les années 2010 ceux qui craignaient des épidémies de type Sras ou H5N1 ? Ne dit-il pas à propos du Covid-19 qu’il n’est « pas très convaincu » par le confinement ?

Que penser alors de sa conviction par rapport à la chloroquine, qui l’amène à conseiller sans garantie de succès un produit aux effets secondaires potentiellement problématiques ?

D’aucun diront qu’en l’absence de traitement sûr, le pari en vaut la chandelle. Peut-être, s’il est bien encadré médicalement, ou peut-être que non. En tout cas, on ne peut que regretter que les études antérieures n’aient pas été effectuées selon des protocoles permettant de trancher.

Et que dire lorsque la publicité autour du pari du Dr Raoult, en amène d’autres, encore moins prudents, comme le Président Donald Trump, à croire que la chloroquine puisse être un médicament « miracle » et à la promouvoir comme tel ?

Justement, un autre parallèle entre Donald Trump et le Dr Raoult s’impose, au sujet du réchauffement climatique.

En dépit, des conclusions catégoriques de la recherche mondiale, le Président des États-Unis déclare depuis des années qu’il « ne croit pas » au réchauffement planétaire. Sa « conviction » (ou son opportunisme ?) est alimentée par des déclarations de personnes comme le Dr Raoult. En effet, alors que ce n’est pas son domaine de compétence, le Dr Raoult s’est permis d’écrire plusieurs chroniques de presse dans les années 2010, où il a asséné des contrevérités scientifiques, comme le fait que la planète ne se réchaufferait plus depuis 1998, ou bien que les modélisations climatiques n’auraient aucune valeur.

On pourrait attribuer cela à la simple « imprudence » d’un chercheur sortant de son domaine de compétence afin de profiter des projecteurs de la scène médiatique, quitte à dire n’importe quoi sur des sujets qu’il ne maîtrise pas. Mais cela est beaucoup plus grave.

Alors qu’il y a aussi urgence, en mettant sa notoriété scientifique au service du climato-scepticisme, le Dr Raoult a nourri et conforté les discours de dirigeants comme Donald Trump ou Jair Bolsonaro. Le Dr Raoult a donc contribué par ses propos sur le climat à retarder la mise en place de mesures nécessaires pour limiter les dérèglements climatiques qui feront à terme beaucoup plus de victimes que le Covid-19.

À propos du climat, l’histoire jugera donc sans doute le Dr Raoult comme un « irresponsable », si ce n’est comme un « criminel ». En tout cas, il paraît urgent de ne plus dire, comme l’a fait Emmanuel Macron, que le Dr Raoult serait un « grand scientifique ».

L’hydroxychloroquine se révélera-t-elle efficace ? Il faut l’espérer, comme pour toute molécule susceptible d’aider à lutter contre le Covid-19. Mais il faut espérer aussi que le Dr Raoult aura le courage et l’honnêteté scientifique de reconnaître qu’il s’est trompé à propos du réchauffement climatique, ou a minima, qu’il est incompétent sur ce sujet et qu’il aurait mieux fait de se taire.

C’est notamment à la capacité de reconnaître ses erreurs que l’on reconnaît les « grands scientifiques ». Les chercheurs qui les occultent au nom de leur ego, ou qui s’obstinent dans leurs erreurs, ne sont que des personnes ayant parfois la « chance » d’avoir raison, mais qui se trompent aussi.

 

Quelques titres de chroniques du Dr Raoult sur le climat dans Le Point :

 « Les prédictions climatiques sont absurdes ! », 8 octobre 2013.

« Le climat, science ou religion ? », 30 octobre 2014.

« Climat, halte au catastrophisme ! », 29 octobre 2015.

« L’enfer climatique est pavé de bonnes intentions », 7 janvier 2016.

raoult-macron

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.