Brexit : l’égoïsme anglais fondé sur un grave mensonge

Le Brexit révèle avant tout une position égoiste et hyper nationaliste des dirigeants conservateurs du Royaume-Uni, qui est de surcroît fondée sur un mensonge d’une extrême gravité. Comment peut-on après cela le présenter comme l’expression d’une « volonté populaire » légitime ?

Même s’il ne faut pas être trop naïf, l’Europe s’est quand même en partie construite sur un projet de paix, de partage et d’entraide. C’est en tout cas ce qu’avait montré l’intégration de nouveaux pays aux PIB/habitants moins élevé comme l’Irlande en 1973, la Grèce en 1981 ou l’Espagne et le Portugal en 1986, qui ont bénéficié d’aides substantielles.

La machine s’est toutefois grippée assez vite avec le fameux « I want my money back » de Margaret Thatcher en 1979, qui montrait bien que les dirigeants du Royaume-Uni, et particulièrement les Conservateurs, voulaient seulement participer au projet européen si ça ne leur coûtait rien.

De fait, beaucoup de pays ont eu une attitude similaire. Par exemple, la France s’est généralement arrangée pour récupérer une grande partie de son argent, notamment via la PAC, tandis que la Norvège votait « non » à deux référendums sur l’entrée dans les structures européennes en 1972 et en 1994, parce que les habitants de ce pays savaient qu’en raison de leurs importantes réserves en hydrocarbures, ils seraient amenés à devenir des contributeurs nets majeurs du budget commun.

Le seul pays ayant vraiment joué le jeu jusqu’à la fin des années 1980 est l’Allemagne Fédérale. C’est de fait le pays ayant de loin le plus mis au pot commun, notamment car ses dirigeants connaissaient le prix de la paix. Sauf que cette générosité a trouvé un terme après 1989, lorsque l’Allemagne a dû financer le coût de sa réunification. Mais qui lui en ferait le reproche, alors qu’elle était la seule vertueuse jusqu’alors?

À partir du début des années 1990, l’Union Européenne a commencé à jouer un jeu à somme « virtuellement nulle », où chacun s’efforçait de mettre le moins possible et surtout de récupérer au maximum son argent. Ainsi, alors que des pays comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal avaient bénéficié d’aides financières importantes, les nouveaux entrants des années 2000 (Pologne, Slovaquie, République Tchèque, Pays Baltes…) se sont surtout vu offrir des conseils pour une « meilleure » gestion fondée sur des logiques d’inspiration néolibérale.

Il s’agit aussi d’un autre cadeau empoisonné des dirigeants conservateurs du Royaume-Uni, qui ont poussé à une Europe la plus « libérale » possible, au détriment de ses composantes « sociales ». C’est notamment ce qui a amené à l’échec des référendums sur le projet de Constitution européenne en 2005 en France et aux Pays-Bas, car une partie de la population, pourtant pro-européenne, a refusé les dérives économiques et financières qui écartaient les aspirations « humaines ».

Le Brexit constitue un pas supplémentaire dans cette voie, même si c’est un pas de côté. Beaucoup de dirigeants du Royaume-Uni, particulièrement chez les Conservateurs, ont cru qu’il était possible d’avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière européenne. En d’autres termes, ils ont cru qu’ils pourraient sortir de l’Union Européenne, pour ne plus payer un Euro au pot commun, tout en parvenant à négocier des conditions spéciales leurs permettant de garder tous les avantages antérieurs, particulièrement en terme de commerce et d’accès aux marchés… Les négociations actuelles montrent qu’ils ont fait preuve d’une certaine naïveté, pour ne pas dire d’un total aveuglement.

Reste que le Brexit a été un vote fondé sur un mensonge éhonté. Le front du Brexit, mené par Boris Johnson, a en effet martelé à la population que l’Europe coûtait 350 millions de Livres Sterling par semaine (420 millions d’Euros) à leur pays et que si le Royaume-Uni sortait de l’UE, ces sommes seraient affectées au système de santé public. Cette promesse placardée partout, y compris sur les bus de campagne, a été démentie dès le lendemain du vote, preuve qu’il s’agissait bien d’un leurre absolu.

Dans ce contexte, le peuple du Royaume-Uni n’a-t-il pas légitimement le droit de considérer qu’il a été gravement trompé, voire trahi, par des politiciens sans scrupule ?

Le Brexit est-il alors l’expression d’une « volonté populaire » ou bien plutôt d’une « manipulation scandaleuse d’opinion » ?

En tout cas, si en France, des leaders politiques parvenaient un jour à faire voter un Frexit sur la base d'un tel mensonge, on peut espérer que le peuple leurs demanderait des comptes, et même un nouveau vote !

Et plus largement, tous les Européens devraient s’interroger sur cette triste image donnée par le Royaume-Uni, qui est aussi en partie le reflet des dérives égoïstes actuelles de l’Union Européenne.

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