Que dirait Churchill du Brexit ?

Si une telle chose est possible, Churchill doit sans doute se retourner dans sa tombe en voyant son peuple et toute l’Europe s’entre-déchirer et perdre un temps incroyable sur les modalités d’un Brexit. Comme s’il n’y avait pas mieux et bien plus urgent à faire, notamment pour lutter contre les dérèglements climatiques et pour bâtir un monde plus juste et plus soutenable !

On prête à Churchill une triple phrase choc en réponse à une question à propos de ce qu’il fallait faire face à la montée du péril nazi en Europe. Il aurait répondu :

« J’ai un plan en trois parties : 1) Préparer la guerre, 2) Préparer la guerre, 3) Préparer la guerre. »

J’ignore si cette anecdote est authentique, mais elle est permet de mettre en lumière l’effondrement de la conscience collective et de la grandeur morale du Royaume-Uni.

Churchill ne s’était pas dit alors que, compte tenu de sa distance ou de son isolement du continent, le Royaume-Uni avait plus intérêt à essayer de tirer « seul » sa carte du sinistre jeu qui se préparait. Churchill avait compris que toute l’Europe et même toute la planète avaient à perdre dans cette guerre.

Nous sommes à l’orée d’une crise climatique dont les conséquences risquent d’être plus graves que la Deuxième Guerre mondiale. Et dans ce contexte, que fait le Royaume-Uni de Theresa May et des Conservateurs ?

Élabore-t-il un plan en 3 parties pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Se donne-t-il tous les moyens pour que la planète parvienne au « zéro carbone fossile » en 2050, dont les travaux scientifiques synthétisés par le GIEC ont montré qu’il était l’horizon incontournable si l’on voulait éviter les drames et les désastres annoncés ?

Non, le Royaume-Uni s’enferme dans la logique du Brexit, qui vise à tenter de mieux réussir économiquement dans le monde, « seul », en partageant le moins possible avec les autres, y compris au sein de l’Europe et vers les pays du Sud, mais également avec les classes défavorisées de son propre pays.

N’oublions pas en effet que la « réussite » du scrutin pour le Brexit a été en partie fondée sur un mensonge vis-à-vis du peuple du Royaume-Uni lui-même, puisqu’un des arguments majeurs de ceux qui le portaient a été que l’argent versé à l’Europe serait réaffecté au service de santé britannique, ce que les pro-Brexit ont renié dès le lendemain du scrutin, en reconnaissant qu’ils savaient dès le début que cette promesse ne pourrait jamais être tenue. D’ailleurs, de nombreux Britanniques reconnaissent désormais que si on leur en avait présenté clairement les conséquences, ils n’auraient pas voté en faveur du Brexit.

Alors pourquoi les dirigeants britanniques s’accrochent-ils encore à cette position isolationniste et égoïste, largement fondée sur des mensonges ou des informations erronées ?

Pourquoi le Royaume-Uni fait-il perdre autant de temps précieux à l’Europe dans des négociations aussi interminables que mesquines ?

La priorité ne devrait-elle pas être de se réunir tous ensemble pour élaborer un plan en trois parties ;

1) Préparer la lutte contre le réchauffement climatique pour un monde soutenable

2) Préparer la lutte contre le réchauffement climatique pour un monde soutenable

3) Préparer la lutte contre le réchauffement climatique pour un monde soutenable

Et, au risque de poser une question relevant du crime de lèse-majesté, pourquoi la Couronne Britannique reste-t-elle aussi silencieuse face à de si grands périls, alors qu’au vu des enjeux, on attendrait le « Discours d’une Reine » ?

En voyant ses compatriotes et les politiciens européens incapables de comprendre cela, Churchill doit vraiment se retourner dans sa tombe...

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