Tchernobyl : ce n’est pas fini...

La récente série sur HBO a rappelé, voire informé le monde (car les gens ont la mémoire courte), que l’accident de Tchernobyl en 1986 avait été d’une rare gravité. Reste que, contrairement à ce que certains lobbys veulent faire croire, la catastrophe n’est pas finie. D’autres problèmes sont à attendre, y compris via des incendies qui pourraient nous renvoyer des éléments radioactifs dans le futur.

Les informations sur Tchernobyl, et plus généralement le nucléaire, ont du mal à circuler, particulièrement en France. La sortie de la série de HBO a été l’occasion de revoir par exemple des images de journaux télévisés de l’époque, où des personnes supposées bien informées assuraient le public que l’anticyclone des Açores aurait empêché le nuage radioactif de pénétrer en France. Il n’en était bien sûr rien.

À l’époque encore, le public avait été assuré que l’accident était arrivé à cause de la faillite du système soviétique et qu’un tel désastre n’était pas envisageable dans les pays capitalistes. 25 ans plus tard, Fukushima prouvait que des accidents pouvaient survenir partout. De nombreux experts reconnaissent même désormais même que « statistiquement », après Three Miles Island (évité de justesse aux Etats-Unis en 1979), Tchernobyl et Fukushima, un nouvel accident nucléaire devient envisageable tous les 20 ou 30 ans. La multiplication des installations, notamment en Inde (22 réacteurs nucléaires), en Russie (37) ou en Chine (42) ne fait qu’accroître ce risque.

Il y aurait aussi beaucoup à dire, notamment sur le manque de transparence des chiffres et des informations, sur le nombre des victimes et sur l’efficacité plus que contestée du « sarcophage » qui a coûté plus de deux milliards de dollars pour recouvrir au mieux pendant un siècle des installations instables et toujours susceptibles d’exploser de nouveau.

Mais concentrons-nous sur un sujet plus rarement abordé et malheureusement encore plus probable : les risques liés aux dépôts d’éléments radioactifs dans les sols et la végétation.

Le césium 137 et le strontium 90, qui sont les principaux éléments concernés, ont des « demi-vies » d’environ 30 ans. Comme il faut 10 demi-vies pour que la radioactivité puisse être considérée comme résiduelle, cela signifie que les sols seront encore contaminés pendant 300 ans, c’est-à-dire jusqu’en l’an 2286.

Les pro-nucléaires insistent parfois sur le fait que Tchernobyl aurait été « bénéfique à la nature » en créant une immense réserve naturelle où la biodiversité aurait repris ses droits. Sans même évoquer les problèmes de mutation de la faune et de la flore, c’est oublier que cette végétation qui croît et qui produit de la litière fait remonter en surface les éléments radioactifs, avec le risque qu’ils ne soient envoyés dans l’atmosphère en cas d’incendie.

La question a été prise très au sérieux en 2010 lors des grands incendies qui ont frappé la Russie et l’Europe de l’Est (qui s’en souvient ?), car les feux se sont approchés des zones contaminées. En 2010, ils se sont arrêtés avant, mais qu’en sera-t-il dans les années à venir ? A fortiori si le réchauffement climatique augmente la fréquence et la gravité des incendies ?

Dans ce contexte, ces zones contaminées constituent des bombes à retardement et il y a fort à parier qu’on aura droit à d’autres nuages de Tchernobyl, ou de Fukushima, ou d’autres sites... dans les années à venir.

Une raison de plus pour réfléchir aux menaces que fait peser la construction de nouvelles centrales nucléaires dans le contexte du  réchauffement climatique... 

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