Le nucléaire ne sauvera pas le climat...

Depuis plusieurs années, le lobby nucléaire s’est emparé du réchauffement climatique pour faire oublier les risques ainsi que les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Pourtant, pas plus que le nucléaire, rien ne permettra d’éviter les crises climatiques à venir d’ici 2050. En revanche, le nucléaire aggravera certainement les problèmes liés à certains dérèglements climatiques inévitables.

Sous couvert de faibles émissions de CO2, les partisans du nucléaire s’efforcent de présenter l’énergie nucléaire comme « verte » ou « propre », en occultant les risques majeurs d’accidents et tous les problèmes liés aux centaines de millions de m3 de déchets dangereux qu’aucun pays – pas plus les Etats-Unis, que la France, la Russie ou le Japon – ne sait comment gérer. Ce tour de passe-passe ou ce maquillage aberrant – inimaginable il y a quelques années – trompe de plus en plus de personnes, y compris parmi les jeunes qui ont pris la mesure de l’extrême gravité de la menace climatique.

Il faut pourtant souligner que le nucléaire ne « sauvera » jamais le climat, pas plus qu’aucune autre chose d’ailleurs. En effet, compte tenu des quantités de gaz à effet de serre déjà rejetées dans l’atmosphère par le passé, les événements et manifestations climatiques extrêmes vont s’aggraver et se multiplier au cours des trois ou quatre prochaines décennies. Cela a désormais un caractère inévitable, et va se traduire par l’augmentation des victimes et des dégâts liés aux canicules, sécheresses, inondations, cyclones…

Cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire. Au contraire, il est urgent de réduire massivement les émissions de gaz, en mettant notamment en œuvre l’Accord de Paris de 2015, afin de limiter ces dégâts. Toutefois, même en respectant cet Accord (ce que peu de pays se montrent prêt à faire, y compris en Europe), on ne fera qu’éviter l’apparition de catastrophes beaucoup plus graves dans la deuxième moitié du XXIe siècle, car la majorité des événements envisagés d’ici 2050 vont survenir.

Face à ces canicules, sécheresses, inondations, cyclones incontournables, le nucléaire n’aidera pas, au contraire. Les périodes de canicules ou de sécheresse occasionneront des obligations de plus en plus fréquentes de fermeture des installations nucléaire qui ne pourront plus être refroidies, avec le risque de priver d’électricité les structures hospitalières et les personnes vulnérables. Les inondations, cyclones et autres manifestations de ce type menaceront de leur côté de submerger les installations nucléaires, avec le risque d’être obligé de les fermer, mais aussi que les eaux ne répandent de manière incontrôlable des éléments radioactifs vers l’extérieur.

Avec l’aggravation des conditions climatiques, la dernière chose dont les populations auront besoin sera de gérer les pénuries d’énergie et les pollutions toxiques liées au nucléaire.

À cela il faut ajouter – pour ceux qui pourraient encore vouloir continuer avec le nucléaire – que les réserves mondiales d’uranium sont insuffisantes pour permettre de remplacer le charbon, le pétrole ou le gaz. Elle assurent actuellement moins de 3 % de la consommation énergétique mondiale, contre 75 % pour les trois énergies fossiles.

Même si les dirigeants planétaires le souhaitaient, le nucléaire ne pourrait pas augmenter sa production pour réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre, car il faudrait alors fermer toutes les centrales au bout d’une dizaine d’années faute de combustible.

La filière de la fusion « pourrait » peut-être apporter une solution en remplaçant les installations actuelles à fission, mais le calendrier d’éventuels résultats est complètement inadapté aux besoins actuels. En effet, les expérimentations sur la fusion n’auront « au mieux » des résultats concluants à la fin du XXIe siècle et « peut-être » des applications commerciales au XXIIe siècle. En attendant, la filière de la fusion engloutit des milliards d’euros sans que rien ne garantisse qu’elle n’aboutira pas à un échec total et alors que la transition énergétique doit se faire impérativement dès maintenant et au cours des décennies à venir.

Dernier inconvénient du nucléaire, il suscite l’illusion de constituer une solution à la crise énergétique et climatique mondiale. Il entrave donc depuis des décennies la recherche et l’essor de vraies sources d’énergies alternatives soutenables à long terme et ne laissant pas de déchets dangereux.

Dans ce contexte, seuls les idiots, les naïfs ou les égoïstes (notamment ceux qui travaillent dans le nucléaire ou sont payés par cette filière) peuvent encore défendre cette énergie. La seule question pouvant à la limite être posée est celle de la vitesse de la fermeture des installations existantes : le plus vite possible, comme en Allemagne, ou en utilisant les centrales existantes en renforçant au maximum les contrôles et les sécurités.

En revanche, il est aberrant de vouloir en construire de nouvelles, a fortiori face au potentiel des énergies peu polluantes, et bien sûr de la possibilité de réduire massivement les consommations inutiles, liées par exemple aux appareils en veille ou à l’obsolescence programmée qui entretiennent artificiellement de faux besoins énergétiques.

 

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