Greta Thunberg et Rosa Parks

On retrouve dans la démarche de grève scolaire de Greta Thunberg un peu du geste de Rosa Parks, cette militante afro-américaine qui avait refusé de céder sa place à un homme blanc en Alabama en 1955.

Devant l’inertie et la résignation face à une situation intolérable, il est des moments où il faut savoir dire « non ». C’est ce qu’a fait Rosa Parks en 1955, lorsqu’un chauffeur de bus lui a demandé de laisser sa place à un homme blanc, car telle était la pratique à l’époque en Alabama.

Son refus lui a valu un procès et même une condamnation. À l’époque, beaucoup de gens « bien pensants » ont sans doute considéré qu’elle l’avait bien mérité, qu’elle n’avait qu’à accepter la situation, ou bien laisser des personnes plus « compétentes » défendre ses droits à sa place, par exemple des philosophes, des universitaires, des politiques…

Mais Rosa Parks a décidé de se battre avec la simplicité de la force de son refus, et ce geste a été le ferment d’un mouvement de contestation grandissant, soutenu notamment par Martin Luther King, qui a amené à l’abolition de la ségrégation raciale.

Greta Thunberg est encore plus jeune que ne l’était Rosa Parks. Elle n’est ni une « philosophe », ni une ténor de la politique ou de la science. Elle ne prétend pas non plus être une spécialiste en climatologie, mais elle a lu suffisamment pour savoir qu’il faut agir beaucoup plus vite et avec beaucoup plus d’ampleur que ce que sont prêts à faire la plupart des dirigeants de la planète. Comme le « non » de Rosa Parks, son message est simple. Greta Thunberg fait juste la « grève de l’école » pour obtenir que les décideurs de la planète respectent les engagements qu’ils ont pris lors de la COP21 en 2015 et mettent en œuvre les recommandations de la communauté scientifique.

Les attaques de certains adultes vis-à-vis de Greta Thunberg sont certainement le reflet d’une incompréhension ou d’une difficulté à admettre qu’une jeune fille de 16 ans puisse faire preuve de plus de maturité qu’eux. D’autres critiques témoignent plutôt d’une crainte face à la prise de conscience du pouvoir incroyable que peut constituer un refus massif des jeunes de continuer dans une voie sans issue.

Les personnes qui n’ont pas compris le sens de ce geste pourront changer d’avis. La plupart de ceux qui ont peur continueront en revanche probablement à défendre leurs intérêts personnels, même au prix de la malhonnêteté intellectuelle. En tout cas, s’ils avaient vécu en 1955, tous auraient sans doute commencé par critiquer le « non » de Rosa Parks.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.