Le nucléaire, une énergie d’avenir ?

Le nucléaire civil avait connu un coup d’arrêt après Tchernobyl en 1986, puis de nouveau avec Fukushima en 2011, qui laisse désormais penser aux spécialistes que de telles catastrophes sont envisageables tous les 20 ou 30 ans, surtout si le nombre de centrales devait fortement augmenter, notamment dans des pays n’ayant pas une grande culture du risque industriel.

Le nucléaire est cependant parvenu à se maintenir sur la scène économico-politique mondiale à travers l’argument qu’il s’agirait d’une énergie permettant de lutter contre l’effet de serre. Devant l’urgence climatique, cet argument ne manquerait pas de poids s’il ne s’agissait d’un écran de fumée.

En réalité, le nucléaire représente seulement 2% de l’énergie finale mondiale, et, avec ce niveau de production, les réserves mondiales d’uranium sont de 70 à 100 ans. Si la production nucléaire devait augmenter significativement pour devenir une énergie qui compte vraiment, par exemple pour remplacer le pétrole (35% de l’énergie mondiale), le charbon (25%) ou le gaz (20%), cela diviserait par 10 ou par 15 la durée des stocks d’uranium. Il resterait donc moins de 10 ans de réserves. Et après, on pourrait fermer toutes les centrales...

Le nucléaire n’est donc pas une énergie d’avenir d’abord parce qu’il n’y a pas assez d’uranium, et que les autres techniques nucléaires (surgénération, fusion...) ne sont pas au point.

Même en France, le nucléaire représente certes 75% de la production d’ « électricité », mais seulement 17% de l’énergie finale du pays, après le pétrole (43%) et le gaz (22%), car l’électricité représente moins du quart de la consommation énergétique française.

Ceux qui savent cela continuent néanmoins à défendre le nucléaire en disant que l’uranium serait nécessaire à la « transition énergétique », c’est-à-dire qu’il permettrait de réduire les émissions de CO2 mondiale en attendant l’essor de vraies énergies propres...

On pourrait l’accepter en se disant que tout serait bon à prendre, s’il n’y avait la question des déchets hautement toxiques qu’on ne sait pas comment traiter et dont la durée de vie se compte en centaines de milliers d’années (plutonium) voire en millions d’années (uranium).

L’humanité est-elle à ce point incapable de réfréner sa soif de consommation que pour ne pas la réduire des 2% que représente l’uranium dans l’énergie mondiale, elle est prête à laisser aux générations futures la gestion de déchets dangereux sur des centaines de milliers d’années, qui dépassent de très loin l’horizon de toutes nos civilisations ?

 

Voir aussi sur Médiapart :

 http://www.mediapart.fr/journal/economie/271015/le-nucleaire-une-fausse-solution-pour-le-climat

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.