Quand le smog tuait les habitants de Londres et de New York

Depuis les années 2010, les médias montrent souvent le drame du smog dans les villes chinoises et indiennes. Mais bien peu pensent à signaler que ce phénomène a sévi et tué auparavant en Angleterre et aux États-Unis, avant que l’Occident ne délocalise une majeure partie de ses pollutions en Asie…

Le smog est une terrible calamité pour les populations qui le subissent. Il est en même temps utilisé par certains gouvernements occidentaux pour accuser les pays du sud concernés de « dumping environnemental », afin de taxer leurs produits. De telles taxations sont pour le moins ambiguës, car elles réduisent les marges de ces entreprises et donc entravent la possibilité pour ces pays d’investir dans des technologies plus propres.

Par ailleurs, les commentateurs oublient aussi la plupart du temps de dire que ces pollutions ont commencé lors de la première Révolution industrielle, pour culminer par le Grand Smog de Londres en 1952, dont les experts estiment qu’il aurait causé au moins 4 000 victimes et plus probablement 12 000 (aucune statistique officielle n’a été publiée). Et le bilan aurait pu être encore plus dramatique si les vents ne s’étaient pas levés au bout de cinq jours.

Cette catastrophe amena le gouvernement britannique à établir une législation sur la qualité de l’air (Clean Air Acts) en 1956, puis en 1968. La deuxième date correspond aussi à un autre grave épisode de Smog, à New York cette fois. Comme Londres, la capitale économique des États-Unis avait connu des phases de pollution antérieures, notamment en 1953 et en 1963, mais celle qui se déroula du 23 au 26 novembre 1966 causa environ 350 morts. Là encore, le bilan aurait pu être nettement plus lourd si l’absence de vents avait duré plus de quatre jours. Ce drame conduisit à la promulgation de l’Air Quality Act aux États-Unis en 1967. Cela peut paraître ancien, mais c’était il y a cinquante ans...

Les commentateurs feraient bien de s’en souvenir et de réaliser qu’il a fallu attendre des épisodes tragiques pour que les gouvernements se décident à prendre des mesures afin de réduire une menace connue et dénoncée depuis longtemps par les défenseurs de l’environnement.

Le problème a d’ailleurs été résolu en Occident de manière cynique, car pour obtenir un air plus « propre », ses industries les plus polluantes ont été délocalisées vers la Chine, l’Inde ou d’autres pays dits « émergents ». Cela a certes permis d’y créer des emplois, mais cela a aussi entraîné de graves nuisances (et inversement dans les pays de la Première industrialisation).

Ironie de l’histoire, les progrès sur la qualité de l’air aux États-Unis pourraient connaître des revers à l’avenir, notamment avec les projets du président Donald Trump de remise en cause de l’Air Quality Act de 1967 et des législations ultérieures, pour favoriser le retour de l’emploi dans son pays.

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