Yann Quero
écrivain, essayiste, chercheur en sciences humaines,
Abonné·e de Mediapart

68 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 févr. 2018

L’OMC, les Coréens et la nourriture radioactive

En février 2018, l’OMC a pris une décision qui risque de marquer l’histoire : contraindre les Sud-Coréens à importer des produits de la mer de la région de Fukushima potentiellement contaminés par des éléments radioactifs.

Yann Quero
écrivain, essayiste, chercheur en sciences humaines,
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On savait déjà que l’ONU était biaisée par rapport au nucléaire. Ainsi un accord de mai 1959 entre l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique de l’ONU (AIEA), subordonne de facto la diffusion d’informations sur le nucléaire à l’AIEA, dont un des buts principaux est d’encourager l’utilisation dans le monde entier de l’énergie atomique (et donc implicitement d’éviter que sa dangerosité ne soit mise en avant). C’est de cette manière que le nombre de victimes induites par l’accident de Tchernobyl (cancers compris) oscille à quelques milliers selon les agences de l’ONU à plus de 900 000 selon des études indépendantes.

De son côté, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), qui n’est pas directement intégrée dans le système onusien, vient de donner un signe dans le même registre en condamnant la Corée du Sud qui refusait d’importer des produits de la mer en provenance de la région de Fukushima.

L’argument de l’OMC pour condamner la Corée du Sud est que les mesures de restriction seraient « plus restrictives que nécessaire » et surtout qu’elles ne seraient « pas compatibles » avec les règles du libre-échange.

Pourtant, de nombreuses études indépendantes montrent que sept ans après la catastrophe de Fukushima, les problèmes n’ont pas été réglés. Les niveaux de contamination restent élevés et l’eau radioactive accumulée dans les sous-sols de la centrale continue de s’écouler vers l’océan, sans parler des lâchés « officiels » régulier d’eau (contenant notamment du tritium), auxquels procède la compagnie Tepco avec l’aval du gouvernement japonais et de son Autorité de régulation nucléaire.

Par-delà cette décision à propos du commerce entre le Japon et la Corée du Sud, ce jugement risque de faire jurisprudence. En effet, en se basant sur cet arrêt qui lui donnerait le soutien de l’OMC, rien n’empêcherait désormais l’Ukraine, la Biélorussie ou la Russie d’obliger les pays d’Europe de l’ouest à accepter des légumes ou de la viande de la région de Tchernobyl sous prétexte que leur interdiction ne seraient « pas compatible » avec les principes du néolibéralisme.

Cela donne des raisons supplémentaires de s’inquiéter des conséquences des accords en préparation comme le CETA (Europe-Canada) ou le TAFTA (Europe-USA) qui risquent d’amener dans les assiettes des Européens des aliments dont la qualité sanitaire sera évaluée avec complaisance par leurs producteurs, même si on y trouve des produits chimiques, des médicaments ou des éléments radioactifs.

Il reste quand même un espoir. La Corée du Sud a décidé de faire appel de cette décision, mais il n’est pas sûr que les pays qui font la promotion de la filière nucléaire, à commencer par la France, se rangent à ses côtés.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, le calvaire des exilés
Dans notre émission, reportage aux portes de l’Union européenne, où des migrants et des migrantes sont toujours retenus dans des conditions inhumaines. En plateau : Anaïs Vogel, qui a fait cinq semaines de grève de la faim pour dénoncer le traitement des exilés à Calais, et Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS. 
par à l’air libre
Journal — France
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Pour Pécresse et Bertrand, une campagne aux airs de pénitence
Après avoir claqué la porte du parti Les Républicains, ils ont repris leur carte pour obtenir l’investiture présidentielle. Pendant des mois, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont remis les mains dans le cambouis partisan et arpenté les routes de France pour convaincre.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Pas de paix sans avoir gagné la guerre
« Être victime de », ce n’est pas égal à « être une victime » au sens ontologique. Ce n’est pas une question d’essence. C’est une question d’existence. C’est un accident dans une vie. On est victime de quelque chose et on espère qu'on pourra, dans l’immense majorité des cas, tourner la page. Certaines s’en relèvent, toutes espèrent pouvoir le faire, d’autres ne s’en relèvent jamais.
par eth-85
Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl
Billet de blog
Ensemble, contre les violences sexistes et sexuelles dans nos organisations !
[Rediffusion] Dans la perspective de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, un ensemble d'organisations - partis et syndicats - s'allient pour faire cesser l'impunité au sein de leurs structures. « Nous avons décidé de nous rencontrer, de nous parler, et pour la première fois de travailler ensemble afin de nous rendre plus fort.e.s [...] Nous, organisations syndicales et politiques, affirmons que les violences sexistes et sexuelles ne doivent pas trouver de place dans nos structures ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI