Par Youcef Benzatat. Les Algériens ont deux problèmes sur le dos ! L'après pétrole et l'après implosion du système de pouvoir, qui dure depuis l’accès du pays à l'indépendance, auxquels ils sont amenés à faire face. L'après pétrole, on y est déjà. Les caisses sont vides, et l’on dispose seulement de quelques bateaux de nourriture dérisoires pour faire face aux besoins vitaux de 40 millions d’algériens dans les mois et les années à venir. On est déjà dans l’après rente. Il faut faire avec une industrie inexistante, une agriculture sous-développés et à l’abandon et une main-d’œuvre sous qualifiée. A supposer que les problèmes de la corruption et de la volonté politique soient réglés dans un régime politique démocratique et décentralisé, cela ne peut empêcher que les moyens fassent cruellement défaut. On se rendra compte alors à ce moment du fait accompli, celui de s’avouer à soi-même que l’on est condamné à demeurer sous-développés. Le manque de maturité de cette génération a fait que, la cupidité, le manque d’abnégation, le déficit de patriotisme, ont confisqué l’indépendance et mis en échec toute possibilité à la société de s’organiser et de se moderniser. L’autre problème, c’est celui de l'après implosion du système de pouvoir et la fin du totalitarisme et de l’autoritarisme. Les 40 millions d’algériens sont en majorité dépolitisés, dans le sens qu’ils ignorent les processus de désignation des élus qui sont censés les représenter, dont ils ont été volontairement exclus par le pouvoir. Ils ignorent également le sens politique et social d’un Etat Républicain, par leur aliénation dans l’imaginaire mythologique religieux et les structures mentales patriarcales. En conséquence ils restent facilement maniables et peuvent venir remplir les rangs des extrémismes le plus naturellement. Cet autre problème ne laisse guère de perspective heureuse à court ou moyen terme. Plus la dépolitisation s’accentue et plus la population cherche à donner un sens à son existence en se réfugiant dans les discours identitaires et religieux, venant gonfler les rangs des mouvements régionalistes et extrémistes, éloignant encore plus de leur perception et de leur conscience la notion d’Etat Républicain, de citoyenneté et de démocratie. On peut également dire dans ce cas que l’on est condamné à subir le sous-développement politique et assumer le statut de sujet qu’impose une perpétuation de ce système, dont les appuis semblent suffisamment solides pour pouvoir renaître de tout préjudice !