Debout les enchaînés, vos fers ont rouillés et tant pis pour les fatigués !

 

   Je reprends ! J’en étais ou déjà ? Ah ! Voilà ! Je disais que les forces de sécurité : l’armée, la police, la gendarmerie, la douane, leurs familles, leurs tribus, leurs clans et toute leur clientèle, enfin, tous ceux qui se sont associés pour dominer notre peuple avec la force des armes, avaient trahi l’éveil de la conscience du peuple qui c’était dressé comme un seul homme pour combattre le colonialisme et pouvoir construire une Nation algérienne à la mesure de son idéal révolutionnaire ! Je disais donc, qu’aujourd’hui, l’heure est à la trahison et au déshonneur !

   Mais ce que je disais, c’était ce que se disent toutes les femmes et les hommes issus de cette conscience trahie, d’un peuple qui s’était levé un certain novembre 1954 pour se réapproprier sa terre, son histoire, sa personnalité, sa dignité, son honneur, son humanité, enfin, devenir maître de son destin. Les hommes et les femmes de novembre rejoignaient le combat de l’Armée de Libération Nationale par conviction de s’engager pour accomplir ce destin collectif. Tout perdre, jusqu’à la vie s’il le fallait, pour accomplir cet idéal,. Autant mourir digne, après avoir retrouvé leur humanité dans l’acte héroïque du combat contre la servitude et la méprise de la domination coloniale. Ces hommes et ces femmes venaient de tous les milieux : des professions libérales, des lycéens, des étudiants, des ouvriers, des paysans, des chômeurs en masse… Ils avaient tous le même objectif : restituer la souveraineté au peuple et lui permettre d’accéder à l’émancipation partagée par toute l’humanité qui peuplait la terre.

   Mais ce que ces femmes et ces hommes oublient de dire après le demi-siècle qui vient de s’écouler, où la servitude et la méprise de la dictature avaient repris leur droit, cette fois-ci de la part de nos nouveaux bourreaux qui sont issus de nos souffrances millénaires, c’est que l’érosion de la conviction de l’engagement, pour la poursuite de ce combat libérateur, a eu raison de cet éveil de la conscience collective. Bien que chez ces femmes et ces hommes, issu de ce peuple trahi, dont la conscience, tout en demeurant vive et alerte, a fini par succomber à son tour à la facilité et à l’insouciance que nos aînés avaient connu autrefois avant leur réveil salvateur. Le pire aujourd’hui est qu’elle est accompagnée d’une périlleuse errance où l’on se retrouve face à un affrontement absurde entre deux idéologies des plus fascisantes : l’extrémisme religieux et identitaire. Alors que ceux qui n’adhèrent ni à l’une, ni à l’autre, se retrouvent démissionnaires, abandonnant lâchement le terrain du combat au profit d’intérêts domestiques, ceux que les hommes partagent naturellement avec les animaux. Quant à nos intellectuels, ils croulent sous le déshonneur et la lâcheté au même titre que leurs bourreaux, et nos journalistes au sein de leur presse dite libre ou indépendante, l’un et l’autre terme dépourvus de toute substance, se contentant de murmurer leur impuissance, entre soumission et complicité.

 

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