Le cimetière Chrétien : Extrait de mon premier roman "Le déshonneur du Général"

 

 

 

11800156_10204775648767152_3286556088629052319_n.jpg?oh=1ececed558627f50b4fe85c87b634b2b&oe=565B6492

« L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. C’est la terre qui façonne l’homme. Et la terre algérienne nous a façonnés.

Dans la République algérienne que nous édifierons ensemble, il y aura de la place pour tous, du travail pour tous. L’Algérie nouvelle ne connaîtra ni barrière raciale, ni haine religieuse. Elle respectera toutes les valeurs, tous les intérêts légitimes 
Jean Senac

C'est dans ce cimetière  chrétien de Ain Benian à Alger que repose le poète Jean Senac 

Le cimetière Chrétien  : Extrait de mon premier roman "Le déshonneur du Général"

 

11825112_10204775425521571_4312979275021641243_n.jpg?oh=0b1991787d41bc67c32c137d2ed43b3b&oe=56414845

 

                Il fallait arriver jusqu’au bout pour trouver ce qui reste du cimetière chrétien. Je n’avais pas besoin de franchir le mur d’enceinte pour m’y introduire, celui-ci a été détruit depuis longtemps déjà. Les mauvaises herbes avaient effacé toute trace de cheminement entre les tombes. Le plus souvent, elles-mêmes étaient méconnaissables devant l'état avancé de leur dégradation. Beaucoup étaient éventrées et remplies d'un tas d'ordures. Le sol était jonché de bouteilles de bière et de vin, de sacs en plastique, de boîtes de conserves et tout ce qui pouvait constituer des restes de repas.

11813339_10204775425881580_8897664850042075216_n.jpg?oh=85f9a86dfa6b7155b725a240d9293c55&oe=56481636

   Non que les hommes du Général ou les habitants dans leur âme et conscience aient une quelconque aversion pour les sépultures des étrangers. Combien même les blessures infligées par les occupants étrangers, qui continuent toujours à se dresser dans l’obscurité de la conscience, tels des démons à exorciser, longtemps après leur départ, auraient poussé les Habitants à s’acharner contre leurs morts, par la profanation de leurs cimetières. Même de leur côté et après leur départ, les étrangers à leur tour continuent toujours à cultiver la même désinvolture pour la sacralité des sépultures des héros de la résistance, dont les têtes coupées sont emballées vulgairement dans des caisses et stockées dans leurs musées, sans leur avoir permis d’être enterrés selon les rites de la religion des leurs, pour pouvoir consommer leur deuil. Des têtes de résistants ayant tenu en échec pendant plusieurs mois leur armée pendant les premières heures de la conquête de nos terres, avant que leurs tribus ne fussent décimées dans un massacre général, tuant femmes et enfants, même les animaux, les palmiers et les cours d’eau n’en échappèrent. À la suite de leur génocide, leurs têtes furent exposées tour à tour sur les places des tribus, pour dissuader les survivants de les imiter. À ce jour, ma famille et les autres descendants des survivants de ma tribu, qui sont éparpillés ici et là, n’ont toujours pas pu consommer leur deuil !

11222283_10204775425601573_4448635979793351422_n.jpg?oh=b3560eadf69acb70a8643fb3566aff7e&oe=564FF4DA

   Mais l'état d'indécence dans lequel se trouvait le cimetière chrétien, relève de considérations plus douteuses encore. Les Habitants ont une estime tellement démesurée pour leur égo, qu’ils se considèrent supérieurs à tous les autres peuples qui ne pratiquent pas la même religion qu'eux. Les accusant d'avoir falsifié et perverti la parole de Dieu et en accordant à la leur la noble mission d'avoir été révélée pour venir la rétablir dans sa justesse. Jusqu'à dénier à leurs cimetières et aux sépultures qui s'y trouvaient toute prétention égale à la sacralité. Les exposant ainsi à toute sorte de profanation. Ce qui avait rendu la tâche plus facile aux consommateurs d'alcool clandestins, pour venir cuver leur mauvais vin, acheté tout autant clandestinement. Pendant ce temps, le Général n'avait rien pu faire pour empêcher le saccage, qui se poursuit de nos jours vers l’effacement de toute trace de leur existence, ainsi que celle de la religion de leurs morts. Préoccupé par sa fâcheuse obsession de ne tolérer aucune opinion contraire à ses convictions, ni à aucune croyance hormis la sienne, allant jusqu'à l'inscrire dans la loi de son royaume. Pour celui qui viendrait s'aventurer à le contrarier, il sera exposé aux pires châtiments. Pour ceux qui oseraient le défier, ils n'auront d'autres choix que de se réfugier dans ce genre d'endroits délaissés et non surveillés, pour braver les interdits décrétés par son intransigeante autorité. C'est ainsi que les cimetières des étrangers étaient devenus un refuge pour buveurs d'alcool, non jeûneurs du mois sacré et pour tous autres ébats sexuels furtifs.

 

 h-20-2187694-1282125736.jpg

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.