Ysé Sorel
Je suis le tranchant du verbe qui cisaille les moeurs
Abonné·e de Mediapart

30 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 déc. 2021

L'extrême droite a un boulevard : à nous d'ériger des barricades

Un spectre hante la France… celui d’un pays fantasmé, réifié par une vision rance, une France qui n’a sûrement existé, justement, que dans les films ou dans les rêves. Une France muséale avec son glorieux patrimoine, et moi je me souviens d’un ami américain visitant Versailles : « je comprends mieux la Révolution française ! »

Ysé Sorel
Je suis le tranchant du verbe qui cisaille les moeurs
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un spectre hante la France…celui d’un pays fantasmé, réifié par une vision rance, une France qui n’a sûrement existé, justement, que dans les films ou dans les rêves. Une France muséale avec son glorieux patrimoine, et moi je me souviens d’un ami américain visitant Versailles : « je comprends mieux la Révolution française ! »

Vieilles pierres et idées archaïques, pays qui devrait être figé dans le marbre – et moi, je me demande : jusqu’à quand va-t-on me parler de De Gaulle ?!

Vulgaire esthétisation de la politique sur quelques élans de la 7e symphonie de Beethoven pour nous tirer quelques larmes et sonner soi-disant l’alarme, recherche d’un vernis intellectuel devant une bibliothèque d’apparat, mise en scène d’une voix off cherchant à raviver la flamme de la « passion France », inoculant des expressions comme « islamogauchisme » et « théorie du genre » – le mal est déjà fait, et par d’autres ;  Z agite de vieux chiffons en utilisant d'anciennes et d'autres plus originales ficelles médiatiques, peut-être grossières, mais indéniablement séduisantes pour une partie de la population désemparée.

Comme Trump, il a compris qu'être un homme médiatique était son plus grand atout en politique – n'a-t-il pas eu une scène quotidienne dans nombre de foyers pour répandre ses idées et rendre familière sa faconde ? Et comme Trump, il faut le prendre au sérieux plutôt que de se complaire, en refusant de voir nos propres défaites et manquements, en le balayant d'une main hasardeuse, en le traitant de pantin "fébrile".

L’équipe de Z n’aurait pas demandé les droits des images ? Va-t-on se contenter de ce coup de canif dans le vide pour contre-attaquer ? On peut légitimement se dire que certains ne veulent pas être associés à ce pastiche patriote. Mais en rester là démontre, encore une fois, le manque de vigueur d’une véritable opposition à même de promouvoir une vision qui, elle aussi, puisse créer un désir suffisamment fort et rassembleur, sans nous servir la soupe à l’oignon réac’.

S’il faut vraiment aller sur ce terrain-là, pour moi, la France, c’est aussi et surtout le Front Populaire, les services publiques, l’université gratuite (pour tous et toutes, y compris en dehors des frontières de l’Union Européenne), un hôpital qui soignerait sans discrimination, la Commune, Vallès, Rimbaud, Paris capitale cosmopolite, de grandes ambitions pour une culture élitaire pour toutes et tous, l’égalité réelle et la solidarité véritable…Bref, une France à gauche. Autant de choses dont nous avons cruellement besoin pour faire face aux défis d’un monde qui n’est plus du tout celui des images d’archives qu’on voudrait (vainement) ressusciter. Nostalgie, nostalgie quand tu nous tiens : le propre de cette dernière consiste d’ailleurs dans l’impossibilité du retour…

Il faudrait montrer les images qui se cachent, le contre-champ aux vidéos de l'« ensauvagement » d’une France qui a peur, mais aussi au récit national défendu par Z dans sa vidéo de campagne, presque point par point – des tirailleurs sénégalais aux milliers de morts des campagnes napoléoniennes, pour une gloire viriliste qui continue de faire bander *soupir*, aux Algériens dans la Seine, à Zineb assassinée par police à sa fenêtre – autant de choses que l’on doit prendre à bras le corps, même si c’est une tâche ardue, pour affronter d’autres spectres.

Castoriadis, philosophe grec devenu français (mais qui est resté Cornelius et non Jean-Paul), venu en France à bord du Mataroa (paquebot affrété pour acheminer des artistes et intellectuels grecs fuyant la guerre civile, accueillis comme boursiers à Paris, et dont on me parle encore avec émotion à Athènes) affirmait que l’Occident se caractérisait par sa capacité d’autocritique. Une telle exclusivité serait peut-être contestable ; toujours est-il que c’est sûrement, surtout, aussi, cet héritage qu’il faut défendre, plutôt que de se conforter, avec les œillères d’un nationalisme toujours inquiétant, dans une image ‘flatteuse’ pourtant pleine de poussière.

Hauts les coeurs ! L'extrême-droite a un boulevard ; à nous, tout de même, d’ériger des barricades, pour nous élever contre le c'était-mieux-avant* et vers d'autres horizons.

*(à savoir quand les femmes étaient des femmes, ne l'ouvraient pas trop, ne portaient ni voile ni crop-top, et que les étrangers étaient 'chez eux' – un chez-eux pris souvent pour un 'chez-nous', mais après tout c'était pour les "éclairer" de nos Lumières –, et qu'on lisait plutôt Voltaire que le dernier Goncourt, Mohamed Mbougar Sarr... Un nom qui provoque des sueurs froides alors qu'il est érigé comme étendard de la littérature francophone !) 

© Photomontage : Philippe Quesne.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Discriminations
En Haute-Loire, au « pays des Justes » : la rumeur et les cendres
Le village de Saint-Jeures, réputé pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre, n’est pas épargné par l’islamophobie. Quand Yassine, un jeune chef d’entreprise à son aise, décide d’y faire construire une maison et d’installer sa famille, les pires bruits se mettent à courir. Jusqu’à l’incendie.
par Lou Syrah
Journal — Extrême droite
Les « VIP » de Villepinte : l’extrême droite et la droite dure en rangs serrés
Parmi les invités du meeting de Villepinte, des responsables identitaires, des anciens d’Ordre nouveau et du Gud et des royalistes côtoient les cathos tradis de La Manif pour tous et les transfuges du RN et de LR. La mouvance identitaire s’apprête à jouer un rôle majeur dans la campagne.
par Karl Laske et Jacques Massey
Journal — Médias
« Le Monde » : Matthieu Pigasse vend la moitié de ses parts à Xavier Niel
Après avoir cédé 49 % de ses parts en 2019 au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le banquier en cède à nouveau 49 % au patron de Free, qui devient l’actionnaire dominant du groupe de presse. En situation financière difficile, Matthieu Pigasse ne garde qu’une participation symbolique.
par Laurent Mauduit
Journal — Politique économique
L’inflation relance le débat sur l’augmentation des salaires
Avec le retour de l’inflation, un spectre resurgit dans la sphère économique : la « boucle prix-salaires », qui serait synonyme de chaos. Mais ce récit ancré dans une lecture faussée des années 1970 passe à côté des enjeux et de la réalité.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener
Billet de blog
Le convivialisme, une force méta-politique
Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron... Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes. Les idées circulent, le convivialisme joue donc un rôle méta-politique. Par Alain Caillé.
par Les convivialistes
Billet de blog
Et si nous avions des débats constructifs ?
La journée internationale de l'éducation de l'UNESCO, le 24 janvier, est l'occasion de rappeler que les savoirs et expertises de toutes et de tous sont essentiels pour nourrir les conversations démocratiques.
par marie-cecile naves
Billet de blog
Une constituante sinon rien
A l’approche de la présidentielle, retour sur la question de la constituante. La constituante, c’est la seule question qui vaille, le seul objet politique qui pourrait mobiliser largement : les organisations politiques, le milieu associatif, les activistes, les citoyens de tous les horizons. Car sans cette réécriture des règles du jeu, nous savons que tout changera pour que rien ne change.
par Victoria Klotz