A l'intention de Donald Trump, cordialement (ou pas)

Billet d'humeur adressé à D. Trump en réaction à son annonce du retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climat.

trump

« We are getting out. »

            « Nous sortons », dites-vous. Vous prenez la porte, donc, mais savez-vous que vous ne pouvez quitter la maison ? Comme un adolescent impulsif, boudeur, vous vous repliez sur vous-même, accusant le monde d’être contre vous, le persécuté bafoué. Tout cela est d’une hypocrisie qui donne des haut-le-cœur, sinon de la rancœur. M. Trump, vous ne trompez personne à part vous-même et votre électorat. Jouant sur la peur et la division, vous vous plaignez de « pratiques commerciales impitoyables » de la part des autres pays du globe. Il serait temps de déciller votre regard sur les agissements américains au plan international des dernières décennies, mais je crains que 140 caractères, format qui semble correspondre à votre taux d’attention, ne suffisent pas pour en faire ne serait-ce que la liste.

Make America Great Again, dites-vous. Mais vous lui conférez seulement la grandeur du désastre et de la catastrophe annoncée. Les États-Unis ne sont plus que peau de chagrin, et nous pleurons avec. Sa carte rapetisse à mesure que vos décisions s’appesantissent sur les autres continents et que vos imbécilités incontinentes se déversent sur les réseaux sociaux. Chaque matin, nous guettons d’un œil votre dernière provocation, maladresse et surtout la nouvelle décision nocive et frelatée que vous comptez prendre. Crainte et tremblement. En quel temps vivons-nous ? Sans sombrer dans un catastrophisme tétanisant qui confine à la vaticination, la situation n’en demeure pas moins critique : le GIEC l’a mise en évidence à force de chiffres et graphiques, mais vos climatosceptiques sont restés sourds à ces analyses pourtant péremptoires. A l’ère de l’anthropocène, vous voulez nous convier à la dernière cène ? Vous ne manquez pas d’air. Mais bientôt, d’air, nous manquerons. D’air pur.  Finito l’accord de Paris, vous faites le pari du XXe siècle avec le pétrole en tête de gondole. Vous êtes désespérément anachronique, et manquez à une responsabilité historique, peut-être trop enfumé par vos supporters thuriféraires du rolling coal, ces rednecks qui trafiquent leur pick-up afin de polluer ad nauseam.  Requiem pour le climat, génération future en friture : nous avons l’alarme à l’œil tandis que vous refusez d’entendre les sirènes de la raison.

America First, dites-vous. Oui, première au rang des irresponsables, deuxième à celui des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. Votre horizon borné par les échéances à court terme n’est plus entraîné par l’esprit de la frontier : vous ne repoussez plus que les limites de l’inconscience. Isolez-vous : la conséquence de vos actes vous rattrapera, j’en ai peur, jusqu’à la Trump Tower. Le monde n’est pas un vase clos, contrairement à votre esprit. Je ne veux pas vous vendre la mèche, mais ça sent le roussi. Alors nous dirons : Eh bien, dansez maintenant !

Heureusement, certain-e-s se lèvent et disent stop ! Au « pays de la liberté » et de l’individu, vous pouvez être contrecarré par des initiatives plus locales, d'autant plus quand c'est un Etat fédéral. Gardez la tête dans votre bocal, et transformons votre retrait en avancée. L’Amérique n’apparaît plus comme un deus ex machina : il est temps pour d’autres de rentrer en scène dans le théâtre des négociations et le parlement des choses.

 

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