Je lis dans Mediapart des articles sur le socialisme hors les murs et, notamment, un article sur "comment redonner aux classes populaires l'envie de voter PS".

Sur de nombreux points, on peut dire des politiques des différents gouvernements socialistes qu'elles furent calamiteuses, à l'exception bizarrement des trois ans de Rocard qui a à son actif le RMI et le règlement pacifique de la question calédonienne.

Comme le dit Alain Badiou (après tout, parmi les intellectuels que Sylvain Bourmeau interroge sur le PS, il aurait été bon de le compter), la politique du PS fut avant tout une propagande procapitaliste à l'endroit des classes moyennes et la politique de ce parti peut du reste se juger à cette aune-là. Disparition des ouvriers.

On a oublié cela mais ce discours fut en vogue après le victoire de mai 1981. Il n'y avait plus d'ouvriers, que des machines ou des immigrés (non pas qu'il faille nier la provenance étrangère de milliers de prolétaires mais ce mot "immigré" venait précisément effacer ce prolétariat-là). Le mot "ouvrier" et, disons, sa présence dans la politique de ce pays commenceraient à revenir en décembre 1995 (que ce soit une fois Mitterrand parti est-il un hasard ?). Ces "étrangers aux réalités sociales" de la France, selon Mauroy, sont depuis devenus, dans les mots de l'Etat, "racailles", "islamistes", "délinquants"... Dans cette sordide dérive politico-sémantique, le PS a toute sa place. Et il faudrait que le peuple revienne vers les socialistes ? Diable, j'espère bien que non !

Vieilleries que tout cela !, pourrait-on me dire. Et Jospin, et Chevènement ? Vieilleries aussi ? Et la surdité de Martine Aubry envers les chômeurs de la fin des années 1990 qui réclamaient une prime de Noël ? Si la gauche ne peut entendre et ne peut s'exécuter face aux demandes des malheureux et des misérables au sens hugolien du terme, son devenir n'a aucune importance ! Le PS, dont le S est usurpé, peut bien périr !

Jospin donc. Il promit d'agir pour Vilvoorde et finit misérablement par dire à la télé son impuissance face à Michelin. Cela aussi, vieille rengaine du PS français. "Contre le chômage, on a tout essayé", disait Mitterrand ; "L'Etat ne peut pas tout", disait Jospin pour signifier qu'il ne pourrait rien et que, pis, il se fichait bien du peuple entier de ce pays !

Que maintenant, l'Etat sarkozyste n'entende aucun des mouvements politiques extraparlementaires (je pense notamment à celui des enseignants-chercheurs) peut bien dégoûter y compris des électeurs socialistes, mais la surdité, la monstruosité de l'Etat, cela non plus ne date pas d'hier.

L'Etat, en revanche, peut persécuter les étrangers. Il y a eu les lois Pasqua, Debré... mais on oublie trop facilement les lois Chevènement. Je me contenterai de les rappeler seulement.

Pour avoir droit à une carte de séjour d'un an renouvelable, il fallait prouver 10 ans de présence ininterrompue sur le territoire français et gare à vous, sans-papiers, s'il vous manquait un justificatif pour un mois dans vos demandes de régularisation à la préfecture...

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