Pour la défense de l'Etat de droit.

L'avocat Dupond-Moretti était reçu ce matin sur France inter. Reçu est un grand mot en l'espèce puisque le fond de l'émission, que ce soit du fait de Nicolas Demorand ou des auditeurs et auditrices, était exclusivement à charge, oubliant ce que signifient droit, défense et justice. Un moment effroyable qui, parallèlement à l'état d'urgence permanent, en dit long sur la nuit réactionnaire actuelle.

Ce matin, donc, à 8h20 () puis 20 minutes plus tard (ici), l'avocat d'Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah, Maître Dupond-Moretti était invité sur France Inter. Chacun sait ou peu savoir que l'avocat est menacé du fait, précisément, qu'il défend le frère de l'auteur des assassinats de Montauban et du massacre abject dans une école juive de Toulouse, massacre que son auteur a filmé dans une absence absolue et partant glaçante de compassion pour ses victimes dont certaines étaient des bébés comme l'atteste cet enfant tué alors qu'il avait sa tétine à la bouche.

Ce crime est épouvantable.

Pour autant, le déchaînement consensuel, relayé ce matin par Nicolas Demorand lui-même et les auditeurs et auditrices sélectionnés par l'antenne, est absolument inquiétant et inacceptable pour ce qu'il dit du (non-)droit et de l'état d'un pays, la France, dont l'opinion moyenne semble totalement acquise à la plus rance réaction moins de 40 ans après l'abolition de la peine capitale (peine que Trump réclame à cor et à tweets en majuscules hargneuses contre l'auteur de l'attentat de New York).
La justice, si elle n'est réservée qu'à certains types de crimes, n'est plus la justice et un Etat de droit ne peut donner libre cours, par une décision du Parquet ou des émissions poujadistes qui réjouiront Élisabeth Lévy sur une radio publique à forte audience, à la vengeance en lieu et place du droit.
Qu'il faille rappeler ces principes élémentaires en dit long sur l'état de délabrement réactionnaire d'une société et d'un pays, la France.
Il n'est qu'à écouter ce que disait l'avocat Dupond-Moretti ce matin face (il n'y a, hélas, pas d'autre mot) à la meute de Demorand et des intervenantes et intervenants. Bien sûr que la mère de Mohamed Merah a perdu un fils, c'est un fait et bien sûr qu'un tueur, aussi cruel qu'il soit, fait partie de l'humanité. Lisez les Évangiles !
C'est qu'en effet, l'avocat d'Abdelkader Merah comme Maître Leclerc ou François Sureau (ici) semblent désormais bien seuls à défendre une société démocratique de libertés où lesdites libertés n'ont de valeur qu'universelles, c'est-à-dire y compris pour le pire salopard du moment (notons ainsi que si Maïtre Dupond-Moretti avait défendu Mohamed Merah, ç'aurait également relevé du droit qui n'est pas la vengeance).
Hé quoi ? Qu'aurait-il fallu à l'opinion hargneuse, poujadiste et postpétainiste ? Que les djihadistes ou leurs sympathisants n'aient pas le droit à une défense et à un avocat, a fortiori de renom ? Et à quoi ressemble cette justice livrée en pâture, à la radio, à des gens qui n'y connaissent rien sinon à un simulacre ?
Disons le clairement : il faut défendre l'Etat de droit et le droit. Que ce soit aux États-Unis, en Espagne/Catalogne ou en France. Il n'est pas de criminel injusticiable. Ou alors que cela s'énonce clairement : rétablissement de la peine de mort en place publique et sans procès.

Nous vivons des temps pas seulement sombres - mais aussi et surtout abjects.

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