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Billet de blog 6 février 2011

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L'Ecole en phase terminale (ou l'un des symptomes de la France en coupe réglée sous Sarkozy).

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Michel Sardouille - La Rupture Tranquilou © GFDGDFTGFDGFD

Je ne parle pas souvent de l'Ecole sur mon blog parce qu'en vérité, à peine sorti du boulot, des copies et / ou des préparations de cours, j'essaye de m'en extirper. L'Ecole, c'est fini. L'instruction pour tous est un idéal du passé et l'Education nationale prend le chemin d'une évolution à la France télécom, avec les drames que l'on connaît.

Je n'oublie pas, du reste, que cette sinistre évolution date de Jospin alors ministre de Mitterrand qui, en 1989, eut la bonne idée de mettre "l'élève au centre". Sous cette idée entra dans l'Ecole la fin des exigences, la fin de l'aspiration à un élitisme, certes, mais pour tous. L'Ecole devint l'antichambre du monde du travail, c'est à dire l'antichambre de l'ANPE appelée aujourd'hui Pôle Emploi. Claude Allègre, sous l'égide du même Jospin entre 1997 et 2000, a poursuivi ce travail de sape en désignant notamment les enseignants à la vindicte poujadiste. Feignasses, syndiqués, toujours en vacances, ne connaissant pas le monde de l'entreprise...

Au milieu des années 1990, les écoles de commerce s'ouvrirent aux classes préparatoires littéraires. C'était en réalité, déjà, un coup de canif contre des études qui, selon nos élites fondées de pouvoir du capital, ne servent à rien - sinon, je vous demande un peu !, à être prof (ce qui, bien entendu, constitue un faux travail). Ainsi les khâgneux entrèrent à HEC et les Ulmiens décidèrent eux aussi de faire carrière, de faire du fric. L'idée de la culture pour tous s'est alors sérieusement affaissée (est-ce absolument un hasard si cela a été contemporain du déclin définitif du PCF et de la mort d'Antoine Vitez, intellectuel communiste, qui voulait l'élitisme pour tous ?) et nous avons du reste, aujourd'hui, Mitterrand le neveu qui défend "la culture pour chacun".

Le métier de professeur, disait Freud, est impossible. Ceux qui, au PS puis à droite, ont liquidé l'Ecole n'ont même pas réfléchi à cela. Est alors arrivée dans l'Ecole la culture du résultat au point même de falsifier lesdits résultats ou de vider les programmes d'un intérêt quelconque. La boue poujadiste est devenue discours d'Etat alors que l'instruction, contre le Je-ne-veux-rien-savoir, nécessite d'être soutenue par l'Etat. Sans cela, elle tombe et meurt. C'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui et qui fait que chaque soir - et je ne suis pas le seul dans ce cas -, je réfléchis à une reconversion.

Le métier de professeur était particulier, le temps pour faire ce métier aussi. Imposer aux enseignants de rester des heures dans leurs établissements, mesure apparemment populaire, aura pour conséquence de baisser le niveau des professeurs et donc des cours dispensés. Un professeur est-il autre chose qu'un étudiant perpétuel qui partage et donne autant que faire se peut son savoir et ce que chaque jour, il apprend ? Je pense que non.

A l'inverse de cela (de cette idée de l'enseignant et de l'enseignement), le consensus parlementaire - Valls l'a rappelé il y a peu dans une émission où il se prenait pour le Président de la République... - est obsédé par la rentabilité capitaliste et, du coup, l'idée d'un travail aux effets non immédiatement visibles et exigeant une autre conception du temps est pour lui inacceptable. Au boulot, les feignasses !, comme dit Michel sardouille.

Je passe évidemment sur la dernière "idée" de Chatel-Sarkozy de remplacer les inspections par des entretiens individuels, sur les suppressions de postes et sur la mutation des chefs d'établissements en purs et simples petits chefs et je suis plutôt content d'avoir été lycéen au début des années 1990.

Mais je relaie la lettre d'un professeur stagiaire qui en dit long sur ce que sont devenus l'Ecole et le métier d'enseignant sous la férule d'un président inculte et barbare et de son ministre venu de l'Oréal...


Cher collègue,
Je me permets de vous envoyer ce mail car je voudrais témoigner directement de ce que vivent les professeurs stagiaires lors de leurs formations organisées par le corps d’inspection.
Lors de la réunion de « formation » du vendredi 3 décembre, qui s’est tenue au lycée Gustave Eiffel à Bordeaux, les professeurs stagiaires ont été conviés à suivre un cours magistral de 9h30 à 12h30. Les interventions successives n’ont répondu en rien à nos demandes les plus pressantes et à nos inquiétudes. La première traitait de l’organisation interne d’un rectorat, avec toutes ses strates de responsabilités, la seconde expliquait avec un tableau obsolète comment les IPR décident d’une note pédagogique lors de leurs visites etc… A la fin de la troisième intervention détaillant les droits et devoirs du fonctionnaire, un responsable des ressources humaines nous a rappelé que nous « devions » 35 heures par semaine à l’Etat et que nous n’étions pas une profession libérale et que nous dépendions d’une hiérarchie structurée. Inutile de vous préciser que
beaucoup d’entre nous ont très mal apprécié ce « petit rappel » qui, en plus de résulter d’un postulat douteux, prouve encore une fois (et c’est peut être le plus grave) que les autorités sont bien loin de la
réalité de ce que vivent les professeurs stagiaires !
D’ailleurs à la fin de l’intervention, un collègue a posé la question suivante : « tout ce que vous nous dites est certes intéressant et je suis d’accord qu’en tant que fonctionnaire, nous nous devons de connaître le fonctionnement de notre institution mais qu’en est-il de notre droit à la formation disciplinaire ? Nous
n’avons encore eu à ce jour aucune formation ! »
A cette invective fortement applaudie par tous, une inspectrice a pris la parole et a répondu : « Il faut savoir qu’il est du devoir de tout enseignant de s’autoformer et les tuteurs sont aussi là pour vous aider… ».
Pour la matinée de ce vendredi 3 décembre je regrette tout simplement que le contenu de la formation soit non pertinent par rapport à nos nombreuses attentes.
Ce problème de formation des profs stagiaires est un problème maintenant connu et je n’aurais pas pris la peine de vous écrire pour quelque chose que vous connaissez déjà. En fait, je voudrais surtout vous rendre compte de ce qui s’est passé l’après midi de cette « formation ».
A notre grande surprise, à 14h, lorsque la réunion a repris, nous avons vu se succéder à la tribune deux militaires, un major et un colonel (si je me souviens bien) accompagné d’un IPR d’histoire géographie et d’un professeur agrégé d’histoire, commandant de réserve.

Les thèmes abordés ont été alors plus exotiques les uns que les autres, « l’enseignement de la défense », « la défense aujourd’hui : nouvelles menaces, nouvelles configurations, les enjeux », « un exemple de partenariat Défense/lycée », « le recensement et la JAPD » etc.
Tous ces thèmes ont été servis avec une sauce idéologique particulièrement intéressante : « Grâce à dieu, grâce à dieu, grâce à dieu nous connaissons la paix en Europe depuis plus de 60 ans ». « La paix a été préservée grâce à la bombe nucléaire » etc… Nous avons aussi été incités à orienter nos élèves en difficulté vers des carrières militaires !! Tout ça avec en arrière plan des images de jeunes militaires avec des armes à la main en exercice de tirs etc…
Nous avons été plusieurs à nous demander si ce n’était pas une mauvaise blague avec une caméra cachée…
Evidemment beaucoup de nos collègues furieux que l’on se moque de leurs préoccupations quotidiennes (apprendre à construire des séquences de cours ou évaluer les élèves par exemple) ont déjà commencé à quitter massivement les lieux… l’IPR, irrité, alors lâche quelques remarques injurieuses allant jusqu’à remettre en doute notre posture professionnelle. Peut être aurait-il dû se féliciter d’avoir devant lui des enseignants avec un esprit critique !
La fin de la séance a été épique, l’IPR nous a interpelés en nous interpellant : « Bon… nous sommes en retard mais … A qui la faute ? »
… Il a ensuite apostrophé une professeur stagiaire qui était en train de se diriger vers la sortie et lui a dit « Mademoiselle, vous n’avez pas le droit de quitter la salle, vous êtes payée pour suivre ces formations »… A la professeur stagiaire de lui rétorquer courageusement « j’ai un train à prendre, il est 16h 31 et je ne suis payée que jusqu’à 16h30 ».
Face à l’hostilité généralisée et réciproque, beaucoup ont quitté la salle. Le commandant de réserve, visiblement en colère se permet une comparaison hasardeuse : «En salle des profs, on entend des conversations d’intellectuels qui ne servent à rien alors que nous dans l’armée on est dans l’action pour la nation » et enfin, un autre gradé de l’armée prend la suite en affirmant de manière décomplexée qu’il n’y a pas de déontologie dans l’éducation nationale !
Pour conclure, nous nous sommes tous sentis insultés tant par le choix des thèmes abordés qui témoignent d’une ignorance totale de nos problèmes quotidiens que par des propos inacceptables à notre égard et sur l’ensemble de la profession que, quelque part nous représentions ce jour là. J’attends une réponse des autorités
compétentes.
Je souhaite évidemment rester anonyme.
Cordialement

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