http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=708

D'emblée, je mets un lien, histoire qu'on ne m'accuse pas de caviarder un texte politique afin d'en faire un commentaire malhonnête. Je le dis tout net, je me méfie gravement du Parti de gauche et, accessoirement, du Front du même nom.

Pourquoi cela ? Parce que cette gauche-là a une histoire et que, s'agissant particulièrement de M. Mélenchon, mitterrandolâtre au-delà du raisonnable alors que Mitterrand est une figure politique épouvantable et annonciatrice du sarkozysme, elle n'est pas constituée de perdreaux de l'année.

Dans son texte, M. Mélenchon s'en prend aux patrons étrangers ; "je crois en effet que plusieurs cas du même style nous alertent sur une nouvelle réalité dans les relations de travail quand le patron est un étranger", écrit ainsi le dirigeant du Parti de gauche.

De ce point de vue-là, il illustre l'éternelle antienne glauque de la gauche sociale-chauvine, celle que détestaient les internationalistes russes emmenés par Lénine et Trotsky, celle aussi qui a pour longtemps encore les bottes crottées de cette boue-là (Lénine et Trotsky parlaient à propos de Cachin de "planche pourrie" et déploraient qu'un pays aussi politique que la France eut un Parti communiste aussi misérable et stupide, englué dans la fange anarcho-syndicaliste). Il va d'ailleurs assez loin, notre transfuge du PS resté mitterrandiste, il raille par avance la gauche "prout, prout" et, continuant dans une veine destinée à ramener au bercail l'électorat "populaire" de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, reste ambigü sur le qualificatif de "nationalisme" qu'il revendique à moitié (la France est quand même comparée aux états d'Amérique latine, elle serait opprimée par le capital nord-américain, ce qui ne manque pas de sel quand on pense à nos soldats partie prenante de la guerre en Afghanistan).

Alors, les patrons, mauvais parce qu'étrangers ? Les patrons bleu blanc rouge seraient-ils, eux, valeureux ? Enfin, "produisons français", le slogan PCF dont un fasciste comme le minable Soral est resté amoureux, le retour ? Le capital, dès lors qu'il ne serait plus apatride, serait vertueux ? Serait-ce là un début d'explication au "concept" (arf !) du P"C"F, "l'altercapitalisme" ?

L'un des problèmes de la gauche (puisque après tout, c'est la seule disponible pour le pouvoir dans le cadre capitalo-parlementaire), c'est son rapport aux étrangers, son rapport à l'étranger, même. Celui-ci, quand il se double d'une mystique républicaine, est bien souvent à tout le moins catastrophique. Pensez donc, comment peut-on raisonnablement vouer un culte à la IIIème République, alors que celle-ci s'est installée en marchant sur les dépouilles des communards de 1871 et qu'elle a périclité en se révélant incapable, à un moment pourtant où nationaliste (bien que je préfère le nom de patriote) il fallait l'être, de défendre "la liberté, l'égalité, la fraternité" et l'indépendance nationale face à l'Allemagne nazie ?

Jusqu'à présent, M. Mélenchon a réussi à bien se tenir, à nous enfumer même de douces déclarations sur les sans-papiers, nous faisant oublier, en plus de son passage dans un ministère délégué de celui d'Allègre..., son silence sur les lois Chevènement et la fausse-régularisation sous Jospin. Mieux, la régularisation fait même partie de son programme (comme en 1997, peu avant les Législatives anticipées, elle était promise par Jospin qui, quelques mois plus tard, mettrait une telle "générosité" sur le dos d'un enthousiasme de meeting...) et certains du Front de gauche me disent "Oui mais nous avons changé".

Les faits sont têtus et je n'en crois pas un mot. Outre que la fonction de la gauche est de trahir les gogos qui votent pour elle, si l'on regarde de près les membres éminents du Front de gauche, on s'aperçoit rapidement que, comme je le dis plus haut, le républicanisme social-chauvin et son knout sont bien représentés. Régis Debray, par exemple, dont le journal L'Humanité a salué le ralliement au Front de gauche dénonçait ainsi, avec 9 autres "intellectuels de gauche", dans Le Monde daté du 4 août 1998 "l'aberrante naissance de zones de peuplement ethnique" et parlait de "communautés" vivant dans "l'ignorance totale de nos institutions et de l'idée même de loi". Certes, ces déclarations sont anciennes et Debray, de déceptions mitterrandiennes en révélations mystiques en compagnie de l'illuminé Max Gallo, peut très bien avoir changé et, soyons fous !, être dans l'idée de la France pour tous...

En ce cas, qu'il le dise, qu'il opère, publiquement et avec moult micros et caméras, une conversion ! Mais non, il déteste toujours autant le voile mais est bien plus conciliant avec la religion nationale... Ses idées réactionnaires, du reste, ne se cantonnent pas à la question des étrangers, singulièrement arabes ou africains, de ce pays puisque l'ancien compagnon du Che a participé avec Villepin à la destitution du Président haïtien Aristide, pourtant légitimement élu. Pour cela, il a marché main dans la main avec les Etats-Unis, c'est dire ce que son anti-américanisme recouvre... En outre, renverser Aristide, traiter comme une colonie Haïti, est-il utile de le préciser ?, révèle une lecture bien peu robespierriste de la Révolution française...

Evidemment, la réaction brute au sein du Front de gauche ne se cantonne pas à Régis Debray. Il n'y a qu'à penser aux renforts venus du MRC de Chevènement dont le programme politique tient en 3 points : centres fermés pour les mineurs, fouet pour les locuteurs de langues régionales et charters pour les sans-papiers. Enfin, il y a Jean-Pierre Brard, ancien maire de Montreuil, qui, lorsqu'il régnait sur la ville perpétua la vieille tradition P"C"F du bulldozer contre les foyers de prolétaires venus d'Afrique (http://www.yvelines-en-luttes.info/spip.php?article52).

Une fois encore, nul n'est condamné à rester toute sa vie un réactionnaire endurci. Voyez Maurice Blanchot, voyez Victor Hugo ! Mais ces hommes-là ont déclaré leur changement politique. Pour Hugo, cela est connu ; pour Blanchot, rappelons qu'il signa le manifeste des 121 contre la guerre d'Algérie avec, entre autres, Duras et Breton. Du côté du Front de gauche, rien de tout cela et, pis !, une sortie que je n'hésiterai pas à qualifier, malgré les précautions vulgaires prises par M. Mélenchon via la qualification "gauche prout, prout", de xénophobe. Je le ferai d'autant plus que le dirigeant du PG, hâbleur apprécié des médias, est resté bien silencieux lors du mouvement du Syndicat des travailleurs corses il y a quelques années (au PG, ils ne doivent pas spécialement goûter le STC...) et a eu la chance de constater que l'affaire Pupunat n'est jamais sortie. M. Franck Pupunat, en effet, conseiller du chef du PG, est par ailleurs membre de la direction de la FNAC et peu tendre avec les salariés à en croire ceux-ci. En revanche, M. Pupunat a une vertu, il est français... (http://www.legrandsoir.info/De-quoi-le-mot-gauche-est-il-porteur.html)

Dans la déclaration de Mélenchon, inutile de voir une maladresse. Au-delà du mot "patron", c'est bien "étranger" qui fait tilt. C'est une méthode de longue date éprouvée par le P"C" puis le PS dont on sait que, de toutes façons, ils laisseront les patrons tranquilles... En vérité, dans la lignée des déclarations du PS peu après la victoire de 1981 sur "les étrangers [chi'ites] aux réalités économiques de la France", M. Mélenchon et son parti envoient un signe politique extrêmement grave à l'opinion parlementaire.

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