Réfugiés

Au pétainisme transcendantal de la République réactionnaire, opposons les principes de justice, de fraternité et d'égalité de 1793 !

Les masques n'en finissent pas de tomber, ces jours-ci. 

Nombre de relais souvent affiliés - à tout le moins en déclarations - au Front de gauche et singulièrement au PG faisant par ailleurs foi d'une "laïcité" folle tant ils sont obsédés par les femmes portant un foulard et par les musulmans de façon générale, nombre de ces relais - auxquels j'ai eu ici personnellement souvent affaire - se lâchent désormais, hideux et sans fard (ici,  ou encore , par exemple), contre les réfugiés (hommes, femmes et enfants) qui espèrent fuir en venant ici en Europe un chaos dont nous sommes - comme pour les pires crimes de l'humanité dans l'histoire - responsables. Nos rrrépublicains reprennent désormais à leur compte la théorie fumeuse mais haineuse du "grand remplacement" de Renaud Camus.

Ce qu'illustre ce nouvel épisode de la "pensée" boueuse de la gauche républicaine, c'est que sous couvert de défendre la laïcité, le courant rrrrépublicain ne fait que soutenir l'idée d'une identité française, blanche dont la seule religion tolérée serait le judéo-christianisme (encore que pour le bon vivant fascisant qui rote, dégueule et pète - Victorayoli -, le judaïsme soit suspect). Ces billets néo-pétainistes, qu'on relève ici et là sur le Club de Mediapart, sont la version vulgaire et sans fard des plus récents délires de Jean-Pierre Chevènement tendant la main à Nicolas Dupont-Aignan, chef de DLF qui est partie prenante de la majorité municipale biterroise ; ils montrent ce dont personnellement je suis depuis longtemps convaincu, à savoir que seule la compassion pour "l'étranger" peut définitivement tenir une pensée politique à l'écart du fascisme ou de ses épigones dégradés comme le pétainisme et le lepénisme.
Que lit-on dans ces textes ? On y raille la compassion et l'émotion ? L'intelligence politique suprême, ce seraient la froideur et l'indifférence ? Eh beh, c'est à croire que la clique rrrrrépublicaine qui sévit en ce moment en parlant de "migranvahisseurs" (ce pourrait être un sketch des Inconnus mais hélas, non...) n'est constituée que de zombies déjà morts tant ils ont été et sont pourris par la vie, une vie de nantis (ah mais "de gauche") mus par un égoïsme qui leur assèche le coeur et les tripes.
Oui, la photo du petit Aylan est épouvantable. J'y ai vu mon fils, à vrai dire, qui a le même âge. Et que des gens puissent se vanter de rester de marbre face à cela est une étape supplémentaire dans la barbarie réactionnaire postpétainiste qui s'installe dans ce pays. Comment peut-on aspirer à ce point à être un salaud ?
Ah ça, nos grands républicains savent railler les "jeunes de banlieue" qui, vivant selon nos toutologues dans le virtuel, ne sauraient plus ce qu'est la mort. Est-ce vrai pour autant ? Cela reste à voir... En revanche, la froideur voire le concours d'immondices face à cet enfant mort entre les laïcards du Club laisse entrevoir des âmes mortes, dénuées de compassion et partant pourries jusqu'à la moëlle... Âmes républicaines, pourtant, c'est à dire (on peut le supposer) se réclamant de la Révolution française...
Cet héritage de la Révolution va pourtant, du moins pour son moment le plus incandescent qui correspond globalement à la "Terreur", contre le discours prétendu réaliste mais en vérité abject déversé par la gauche rrrrrépublicaine tendant la main aux souverainistes gaullo-pétainistes. La France, fort heureusement, ce n'est pas que ce pays rance, rabougri, refermé sur lui-même et capable de dire, sans sourciller, que ces pauvres hères de l'autre côté de la Méditerranée n'ont, ma foi, qu'à crever ! Non, la France, c'est aussi la Constitution de juin 1793 (ici) dont un article stipule que 

Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français.

Ce droit, inscrit dans une constitution hélas jamais appliquée, reflète l'idéal républicain de Robespierre, Saint-Just et leurs amis. La générosité de la France n'était alors pas soumise à des suffrages (encore moins à des sondages) ni suspendue à une approbation majoritaire des citoyens ; elle relevait du principe politique qui, lui, ne peut-être mis dans une balance électorale.
Dans la situation présente, nous ferions bien d'être authentiquement fidèles à notre Révolution et non à des fantasmes relevant du roman national. Les réfugiés ont leur place en France et en Europe. Que le vieux continent connaisse une crise économique féroce ne change rien à l'affaire. On sait, du reste, que quand bien même 10 millions de réfugiés viendraient s'installer en Europe, cela n'augmenterait la population continentale que de 2% (sachant que certains pays, comme l'Allemagne, ont bien besoin d'une croissance démographique). On sait aussi (des libéraux le disent) que l'immigration ne change rien sur le front du chomâge...
C'est donc une question de principes et non de sondages ou de suffrages.
Nos rrrrépublicains ont peur de l'islam ?  C'est dire, puisqu'ils mettent sans cesse la religion des réfugiés en avant, ce que vaut leur laïcité - qui n'est, comme pour beaucoup de chevènementistes et/ou nationaux-républicains, qu'un passage obligé vers le FN...
Enfin, le mot même d'accueil me heurte. Le droit du sol est attaqué alors qu'en vérité, il faudrait l'élargir. Nous ne sommes pas propriétaires de ce pays et il n'y a de pays démocratique qu'à condition d'énoncer clairement que le pays se compose de tous ceux qui y vivent.
Il y a un seul monde dans lequel chaque homme et chaque femme, où qu'il se trouve, est comptable de l'humanité entière. Nous sommes allés faire la guerre à des pays qui ne demandaient rien et nous avons détruit leurs équilibres... Et nous croiserions maintenant les bras devant des hommes, des femmes et des enfants qui, au contraire de ce que dit ce misérable Hollande, sont tout sauf fragiles, n'hésitant pas à embarquer sur des radeaux de fortune ?
Puisque le bonheur tarde à être une idée neuve en Europe, jetons l'idée mitée de République (elle est perdue, les brigands triomphent) par dessus bord et soyons une nouvelle fois dans notre histoire et plus de 220 ans après la première abolition de l'esclavage, dignes de l'humanité entière.

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