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Billet de blog 8 mai 2021

Ce que Zemmour dit de lui-même dans un "débat" avec Attali.

Le seul "intérêt" de regarder un "débat" avec la vedette de CNews est de répondre à la question suivante : de quoi Zemmour est-il le nom ?

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Pour commencer, je précise que je ne comprends pas qu'on aille débattre avec Zemmour. Celui-ci incarne quelque chose de proche du nazisme, très sérieusement. Une obsession meurtrière au nom d'une paranoïa identitaire et une volonté de liquider l'Etat de droit. Aller sur son plateau, c'est aller contre Sartre qui dans son livre sur l'antisémitisme rappelle fort justement que le racisme n'est pas une opinion. Y aller, même avec la meilleure volonté du monde, c'est se rendre complice de l'hégémonie fasciste étouffante en cours. Hégémonie qui risque de nous mener à la catastrophe avec une victoire de Le Pen à la prochaine présidentielle sur fond de rumeur putschiste post-OAS appuyée.
On me dira "Point Godwin !" pour discréditer mon analogie. Hélas non. Je la maintiens, l'étayant dans les lignes qui suivent.
Très simplement, Zemmour présente les musulmans comme les nazis les juifs. Une essentialisation (ou assignation identitaire rejetant des êtres humains aux frontières - ou au-delà - de l'humanité générique) à outrance le conduit à en faire des ennemis de la blanchité française. C'est très grave. C'est un appel explicite aux pogroms.
Deux livres de l'historien du nazisme Johann Chapoutot, La loi du sang et La révolution culturelle nazie appuient mon parallèle entre le publiciste d'extrême droite Zemmour et les harangueurs de brasserie nazis. Je ne connais pas celui de Noiriel mais son rapprochement entre Zemmour et Drumont est patent. Il en existe un autre avec Maurras, sur lequel je reviendrai à la fin de cette note.
Il apparaît clairement que le chapitre "Effacer 1789 de l'Histoire" dans un des deux livres de Chapoutot cités plus haut sied parfaitement à Zemmour.
En effet, la haine récurrente de Zemmour contre "l'Etat de droit" - qu'il ose le dire sans fard ni circonlocution est terrifiant et dit quelque chose de l'ensauvagement fasciste en cours en France - évoque inévitablement la pendaison symbolique du paragraphe par les nazis qu'évoque Chapoutot. La haine du texte, la haine de la loi (de la Loi, même) est un motif antisémite et sa reprise par Zemmour dans son effroyable furie islamophobe atteste une fois de plus l'analogie entre antisémitisme d'antan et islamophobie postraciale.
Cette haine du texte, de la loi mais aussi des conventions est évidemment ultralibérale. Mais ce qui nous frappe ici est qu'elle remet en selle une nature fantasmée - où les forts se débarrassent des faibles - que la loi monothéiste (juive mais aussi musulmane via la Charia) tenait à distance au nom de la justice et de l'égalité. Cette haine de la Loi précède la guerre fasciste de ceux qui veulent préserver leur sang, leur "culture" contre ceux qui selon eux les menaceraient. C'est, pour ce qui concerne la France, une guerre raciale contre une partie de la population de ce pays - les musulmans mais probablement aussi les Rroms et d'autres encore - désignée comme ennemie de la France (de la République par une partie de la gauche anticommuniste comme Valls, Fourest, Badinter, Clavreul et autres déchets PS). Au passage, cela éclaire le christianisme auquel le juif Zemmour s'est converti par piété pétainiste. Son christianisme est aussi celui de Maurras. Ce christianisme devenu chrétienté et partant vidé de son contenu révolutionnaire paulinien n'est plus qu'une défense de la pierre écclésiale de l'Occident blanc.
Cette guerre d'État - qu'un pouvoir FN rend dramatiquement possible - n'est rien d'autre qu'un massacre de masse pour ne pas dire davantage. Zemmour se drape dans un discours défensif ("C'est eux ou nous et si vous ne les tuez pas, eux vous tueront"). Goebbels ne disait pas autre chose pour justifier le génocide des juifs.

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