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Billet de blog 12 janvier 2011

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De quoi le dernier billet de M. Gavanon est-il le nom ?

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Monsieur Gavanon est venu mettre sous un de mes billets un lien vers sa dernière production dont "les purs" sont la cible. La désignation "purs" est de M. Gavanon. Je la lui laisse, donc, et ne souhaite aucunement la reprendre à mon compte. Je note juste qu'il semble vouloir clamer son impureté. Après tout, cela est son droit le plus élémentaire mais enfin, clamer cela au point d'en faire la pub ici et là sur les blogs mediapartiens est un peu pathologique.

Le texte de M. Gavanon est d'une rare abjection. Cette abjection est renforcée par son incohérence. Cette incohérence mêle bien sûr, comme dans un délire, tous ceux que M. Gavanon hait mais elle a aussi pour dessein d'enfumer et de désorienter de potentiels lecteurs.

Ce texte accuse les gens qui luttent au côté des sans-papiers d'être en loucedé pour la préférence nationale mais dans un même temps nostalgiques de Jules Guesde qui, lui, ne se piquait pas particulièrement d'être xénophile. La hargne sociale-démocrate de notre agité le rend extrêmement confus. Il accuse aussi, par un sophisme vulgaire, les opposants à Sarkozy d'être racistes (bah tiens, si l'on n'aime pas Sarkozy, c'est parce qu'il est d'origine hongroise) et, enfin, accuse les militants de la cause palestinienne d'être antisémites. Tout cela est déroulé sur un ton à la fois badin et gras. On imagine la garde rapprochée de Strauss-Kahn remplacer au pied levé Bouvard ou Ruquier (ah, mais avec Gavanon, faites attention, si vous critiquez DSK, c'est que vous êtes antisémite). Le fond est bêtement de gauche (personnellement, la gauche, je m'en fiche) mais le ton ferait des jaloux autour du zinc d'un bar aviné tard dans la nuit.

Ce texte est gras, en effet. Pis, il est rance. Il reproche à mon billet de se clore sur "A bas la société existante !". Alors, quoi ? Au nom d'un pur (catégorie qui est la sienne, nullement la mienne, et que, par conséquent, je lui laisse), au nom de la pureté dangereuse, donc, il faudrait être dans l'air du temps et se rallier à l'antienne mitterrandienne du "c'est comme ça" ? A l'inverse du camarade Mao Zedong qui disait lucidement : "Rejetez-vos illusions et préparez-vous à la lutte !", faudrait-il dire "Ah, notre existence d'animaux humains salariés, mal payés, maltraités, parqués dans le métro n'est pas si belle mais enfin, vouloir autre chose est encore pire" ? Ainsi, Gavanon nous dit la chose suivante : Ne soyons pas purs (i.e. n'ayons pas l'ombre d'un principe), ne croyons en rien, vivons sans idée sinon celle de notre confort, de notre bien-être matériel et de notre reproduction simple. Soyons réalistes, soumettons-nous au possible !, ainsi que nous le disent le personnel politique du capitalo-parlementarisme et leurs sbires médiatiques. Par conséquent, adaptons-nous. Inspirons-nous de Mitterrand (M. Gavanon, visiblement, ne veut pas qu'on touche à son idole, le pur Yveton peut bien crever une seconde fois). Pas de vague, pas de principe, pas de révolte ; un coup, vichyste , un autre, résistant et ainsi de suite. Suivons notre pente, même si ce n'est pas en montant. La vie, hein (oh, pas la vraie, celle-là, elle ne nous intéresse pas), ne vaut pas qu'on s'emmerde, hein. Rions, buvons et contentons-nous de notre beuverie ! Rotons dans notre mangeoire, comme eût dit Léo Ferré.

Car l'objet du texte de M. Gavanon, c'est bien cela. Dire des gens qui ont des principes politiques qu'ils sont des purs, c'est à dire, dans sa bouche, des assassins. Il oublie juste de dire que ses amis les impurs (je ne fais, une fois de plus, que reprendre ses catégories qui font froid dans le dos) sont tellement soucieux de la paix civile et de la justice - mais par étapes (ce qui est une vieille lubbie sociale-démocrate) - qu'en 1919, en Allemagne, ils furent de ceux qui assassinèrent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht (c'est vieux, oui, mais Gavanon nous renvoie Jaurès, Guesde et Blum) pour écraser la révolution. Il tait aussi la participation de l'éminent socialiste Jules Moch, alors ministre de l'Intérieur, à la répression des grèves insurrectionnelles de 1947. Bref, ceux que M. Gavanon appelle impurs, ce sont les tenants de la ligne d'Ismène et les purs qu'il hait, ce sont les descendants d'Antigone.

Gavanon a pris les devants, pas complètement bête, et a balancé dans sa production les mots dont il pouvait à juste titre craindre qu'ils lui retombent sur la figure comme un boomerang. Collaborateur est parmi ceux-là.

Précisément, je suis au regret de signaler que le propos général de M. Gavanon est homogène à la description du collaborateur faite par Sartre au sortir de la Seconde guerre mondiale et publiée dans Situations III (ah, mais, nous dira Gavanon, Sartre est un pur !). Pour Sartre, le collaborateur "pense que la soumission aux faits est une école de courage et de liberté virile". La dénonciation des purs par Gavanon cadre parfaitement avec cet aspect collaborationniste. Plus loin, Sartre écrit que "la thèse favorite du collaborateur - aussi bien que du fasciste - c'est le réalisme". Là encore, je retrouve une évocation de l'image que J.-M. Gavanon donne de lui dans son billet.

La camarilla capitalo-parlementaire des blogs peut donc bien se gausser des purs autant qu'il lui plaira, son ralliement piètre et sans condition au monde tel qu'il va est un avatar de l'esprit collaborateur. Que Gavanon ait senti que ce reproche pourrait lui être renvoyé ne fait qu'attester sa pertinence.

Enfin, il serait une erreur d'abonder dans le sens de la coupure faite par Gavanon entre les réalistes, impurs donc, du parlementarisme et les purs - les fous... - de l'aparlementarisme postrévolutionnaire. Que notre époque pue ne doit pas nous faire oublier quelques grandes figures de l'Etat et/ou parlementaires. Avec le Charles de Gaulle de Juin 1940, il y eut ainsi Jean Moulin, préfet de l'Eure qui, refusant de salir la mémoire des tirailleurs sénégalais, se trancha la gorge en 1940 (d'où son écharpe sur les photos ensuite) mais aussi Raymond Badiou, maire de Toulouse entre 1944 et 1958 et un temps député. Celui-ci, père du philosophe Alain Badiou, était un farouche militant anticolonial opposé, dans la SFIO, à la politique mollettiste et plus généralement réactionnaire de la gauche en Algérie. Pur qu'il était et par détestation de cette politique-là, il démissionna de tous ses mandats et reprit son poste de professeur de mathématiques sans jamais revenir sur sa décision.

Ce que M. Gavanon appelle la pureté, qu'il le sache, cela fait aussi les grandes figures. Les héros.

NB : En ce 12 janvier, je pense aussi à Daniel Bensaïd mort il y a juste un an. Lui qui aurait pu faire carrière, au PS notamment, ne l'a pas fait. Jusqu'à son dernier souffle, il a pu se regarder dans la glace. Chose que M. Gavanon n'est même pas en mesure de comprendre, lui qui cite Manuel Valls dès son deuxième paragraphe (tout est dit).

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