L'hébertoféminisme

Hébertoféminisme parce qu'un semblant de combat émancipateur marche dans les traces peu reluisantes de la Gauche prolétarienne à Bruay en Artois. Tout cela commença par un appel à la délation ("Balance") et la suite est à l'avenant.

L'hébertoféminisme a commencé par un appel à la délation. Balance, disait-il, au pays du pétainisme transcendantal. Balance ton porc. Qu'on parle de porc à propos de gens inconvenants ou davantage avec les femmes ne me choque pas. Mais, balance, oui. Balance comme appel à dénoncer mais aussi, implicitement, comme alpha et oméga d'une justice sommaire. Qui est balancé est coupable. Enquête et jugement sont inutiles. Avoir un phallus est un crime. Jugé coupable. La rumeur fait le verdict.
Coupable, Caubère ; coupable, Joxe, etc. C'est la dimension proprement hébertiste du néo-féminisme bourgeois blanc (on ne l'a pas beaucoup entendu pour défendre les dames voilées, c'est son côté Charlie) : la meute a raison, forcément raison. L'outrance est justifiée et l'essentialisation des mecs ("Vous nous violez") en bêtes lubriques n'est contestée que par les connards ou les ringardes réactionnaires. Par les porcs, sans doute. En outre, pour illustrer le mépris de la nébuleuse hébertoféministe pour la justice, allez voir Place d'Italie : d'immenses affiches qui, en creux, demandent le jugement du jeune homme qui a tué Sarah Halimi.
Après "Balance", peut-être un peu violent (mais j'ignore les arcanes de l'hébertoféminisme), il y a eu #MeToo, exportation des USA (de Trump ?), pays dans lequel lorsqu'un prof, après un cours, parle à une étudiante, il laisse la porte ouverte, histoire de ne pas finir en taule.
#MeToo est intéressant en ceci, précisément, qu'il dit "Moi aussi". "Moi aussi", j'ai eu un regard insistant (ira-t-on en taule pour un regard jugé insistant ?) ; "Moi aussi", je me suis fait sifflée ; "Moi aussi", un pov' gars m'a proposé un verre dans un café alors que je ne lui avais rien demandé ; "Moi aussi, j'ai été agressée... Bref, "Moi aussi", je suis une femme. Mais si, par hasard, vous n'avez rien subi de tout cela, êtes-vous encore une femme ?
#MeToo est donc en un certain sens un énoncé anti-femme puisqu'en creux, il soutient que ne méritent le nom de "femmes" que celles qui séduisent, qui se font emmerder, etc. Les autres ? On ne sait pas. Peut-être n'ont-elles pas de nom.
Jamais, dans tout cela, il n'a été question de justice. La courageuse Marie Dosé (une "collabo", sans doute) a été moquée sur tous les réseaux sociaux de la nébuleuse. On peut aussi se passer de père et, avec Osez le féminisme, conspuer, comme Blanquer et Dehaene, la psychanalyse freudo-lacanienne en soutenant le film Le phallus et le néant. Quant à Polanski ou Ramadan, sait-on au juste ce qui est avéré ou non dans les accusations dont ils font l'objet ? Et l'art soumis à la morale, c'est ça, votre révolution ?
En vérité l'hébertoféminisme évoque la séquence Bruay en Artois de la GP quand celle-ci accusait un notaire de meurtre parce qu'il était notaire. Là, à la place du notaire, on a les hommes. Et la freudophobie de l'hébertoféminisme dit pourquoi : le phallus est un crime. 
Nombre de femmes ne supportent plus ce climat inquisiteur et mondain. Tout le monde le sait. Mais la société du spectacle a une visibilité hors pair. 
Et si la "une" de Valeurs actuelles est pitoyable, je remarque toutefois qu'elle atteste que ce torchon d'extrême droite et l'hébertoféminisme forment un couple politique subtil en mode "Je t'aime, moi non plus". J'ai toujours pensé que l'hébertisme était l'aile gauche de l'extrême droite française, du genre de celles qui crient "Vive les pédophiles ! Vive les pédophiles !" comme certains attaquaient Cohn-bendit il n'y a pas si longtemps. Bref, comme dans une manif d'extrême droite qui exige une justice expéditive.

Pour conclure, une histoire : j'ai un ami qui a eu il y a un peu plus de 8 ans un enfant par IAD. Le couple s'est séparé et la femme s'est mise en tête de dépaternaliser le père au nom des gènes (le père n'est pas biologique, pas racial). Toutes les amies de cette femme soutiennent son "combat" au nom de la sororité, sans doute. Au nom, aussi, de la contingence des pères et de leur foutu phallus.

L'hébertoféminisme nous prépare des jours radieux.


Un grand merci à Mediapart pour son rôle actif dans ce climat.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.