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Billet de blog 12 juil. 2019

Le scandale de la pénurie de médicaments.

Des médicaments essentiels pour certaines maladies graves sont indisponibles ou en rupture de stock. Pour certains, cette situation dure depuis des mois et constitue un scandale de santé publique peut-être plus grave que la gestion de la canicule de 2003. Le discours sur l'homéopathie est-il destiné à faire un écran de fumée sur le vrai scandale que constitue cette pénurie de médicaments ?

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On savait déjà que la dialyse était une rente. Mediapart en avait parlé (ici) il y a quelques mois ou années et, plus récemment, Le Canard enchaîné a révélé un scandale autour de la dialyse sur l'île de la Réunion mais on sait que le profit engendré par ce substitut à un rein artificiel ou à une greffe ne se limite pas au territoire d'une colonie française. La logique du profit ruine la santé publique partout dans le monde.
La véritable alternative à la dialyse, alternative qui permet de mener une vie quasiment normale à condition de prendre quotidiennement et à heure fixe des anti-rejets, c'est évidemment la greffe rénale. Problème : quand manque un anti-rejet majeur - en l'occurence, le Cellcept - dans les pharmacies, le risque de voir la greffe échouer est grand. Je ne sais - et j'espère que non - si des transplantés rénaux ont dû suspendre la mort dans l'âme leur traitement quotidien mais je sais que quand je me suis rendu à la pharmacie à 10 mètres de chez moi dans une banlieue limitrophe de Paris - j'ai été greffé il y a un peu plus d'un mois - pour renouveler mes boîtes de médicaments, le pharmacien m'a dit qu'il n'en avait plus et qu'il ne savait pas quand ça reviendrait. Le jour de ma sortie de l'hôpital, c'était les corticoïdes - adjuvants de l'anti-rejet principal - qui manquaient et j'en ai finalement obtenu par un ami de mon père qui est, lui, médecin retraité. La débrouille, les réseaux, le fait d'avoir un père médecin est-il désormais la seule façon d'avoir des médicaments essentiels pour des pathologies graves et/ou lourdes ?

J'ai pris conscience avec angoisse de cette situation en étant confronté à la pénurie de Cellcept mais cette situation scandaleuse où le profit des laboratoires pharmaceutiques l'emporte sur toute autre considération concerne de nombreux médicaments. 600, dit le pharmacien en bas de chez moi. Toutes sortes de gens, de malades sont concernés : des cancéreux, des épileptiques, des psychotiques. Macron, qui se croyait malin et fin à dire de la politique fiscale de son ex-mentor Hollande qu'elle était digne de "Cuba sans le soleil" devrait être plus humble et respectueux. Disons le tout net : dans une démocratie populaire, cela n'arriverait pas. La santé publique à Cuba - ou au Venezuela - n'est pas un vain mot. L'Etat - socialiste - se soucie des conditions d'existence de sa population. Que font Macron et Buzyn ? Tapent-ils du poing sur la table ? On ne l'a pas constaté. Du reste, le pouvoir actuel étant le plus lié au patronat depuis très longtemps, il est dans la même logique que celle des labos pharmaceutiques avides de profits quitte à laisser mourir les malades de pays où les médicaments ne sont pas assez chers. Certains médicaments ne sont plus disponibles depuis 6 mois ! (Et, pour mon cas personnel, j'ai mis un jour et demi à trouver 4 boîtes de Cellcept tandis que, de Suisse, on me proposait une boîte de 150 comprimés à 400€ !)

Que fait donc le gouvernement ? Rien - ou pas grand chose. Sans doute que dans la logique libérale macroniste - elle a ceci de commun avec le fascisme -, seuls les premiers de cordée méritent de survivre. Sans doute que, des décennies après les horreurs de Delors (ici) qui trouvait que la médecine soignait trop, la Macronie voit dans la pénurie une forme de sélection naturelle. Propos outrancier ? Se soucie-t-elle de Steve à Nantes ou de ce qui est arrivé à Zaineb Redouane, octogénaire algérienne de Marseille ? Alors, pensez, des malades... Le gouvernement est bien embêté : comment protester vis-à-vis de labos avec lesquels il partage une vision inégalitaire, et méprisante pour les plus pauvres, du monde ? Les maladies graves, toutefois, ne touchent pas que les ouvriers.
Ce qu'il faut exiger est aux antipodes de la logique macroniste de liquidation de l'héritage de l'Etat social hérité du CNR, d'Ambroise Croizat et du PCF notamment. Il faut exiger, dans une campagne unitaire au moins aussi importante que celle contre la privatisation d'ADP, un pôle pharmaceutique public (ou d'Etat) qui fabrique, dégagé de toute notion de profit, les médicaments essentiels à la vie des malades chroniques ou souffrant d'une pathologie longue. Cela s'est fait en Afrique du Sud pour les traitements du Sida. Tant que l'Etat sera décidé à se dégager de toutes ses obligations (école, hôpital public - qui ne survit que grâce au dévouement de ses personnels à un niveau d'éthique à jamais étranger aux macronistes -, etc.), la pénurie gravissime qui touche la France ne se résoudra pas durablement, revenant périodiquement avec tous les risques que cela engendre.

Il faut exiger une nationalisation de la santé. Là aussi, nos vies valent plus que leurs profits.

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